Importance de l’apport protéique dans le régime des carnivores domestiques - La Semaine Vétérinaire n° 1802 du 15/03/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1802 du 15/03/2019

NUTRITION

PRATIQUE CANINE

L'ACTU

Auteur(s) : MARINE GUEDE 

Si le métabolisme du chien s’est adapté à un régime riche en glucides, cette évolution n’est pas aussi aboutie chez le chat. Tous deux restent tributaires de l’apport nutritionnel en protéines, qui doivent être majoritairement d’origine animale chez le chat.

La domestication des carnivores domestiques, initiée il y a plus de 15 000 ans pour le chien et 5 000 ans pour le chat, a entraîné de profondes modifications d’ordre hormonal, comportemental et alimentaire, a rappelé Charlotte Devaux, titulaire du certificat d’études spécialisées (CES) de diététique canine et féline, à l’occasion d’une conférence organisée par Virbac le 13 mars à Paris. Une étape cruciale dans le processus de domestication du chien est l’amélioration de la digestion de l’amidon (le chien a sept fois plus de copies de gènes codant pour l’amylase 2B que le loup, à l’exception du type nordique1), impliquant des besoins nutritionnels moins restrictifs que le chat. Le chien peut notamment adapter sa synthèse d’amylase selon l’alimentation qu’il reçoit.

Le syndrome de domestication du chat est moins abouti que celui du chien. La notion de chat de compagnie voit en effet le jour tardivement, dans l’aristocratie au xviiie siècle, et jusqu’alors le régime alimentaire du chat est essentiellement composé de petites proies. C’est seulement dans les années 1950 que naît le pet food. De ce fait, l’appareil digestif du chat est encore très spécialisé et son adaptabilité est plus faible que celle du chien. Le chat utilise les protéines pour réaliser la synthèse des lipides et des glucides. La production de 52 %2 de son énergie est accomplie par les protéines (contre seulement 30 % pour le chien, qui utilisera les lipides pour en synthétiser 63 %3). De la même façon, le système digestif du chat ne peut pas incorporer correctement les oméga 3 et 6 s’ils ne sont pas d’origine animale.

De nouveaux modes alimentaires émergents

L’augmentation de la stérilisation des carnivores domestiques et leur sédentarisation requièrent une réflexion sur leurs besoins réels. Un chien sédentaire a un besoin énergétique moindre, nécessitant le même apport protéique qu’un chien entier et actif, mais une diminution de l’apport glucidique. Il est nécessaire d’être vigilant, car réduire la ration diminue les deux apports et aboutit à une mauvaise couverture du besoin. Le régime Barf (biologically appropriate raw food)est proche de l’alimentation ménagère et, s’il est bien réalisé, constitue une alternative de qualité, estime Charlotte Devaux. Les ingrédients sont frais, le volume satisfait la satiété et la mastication associée permet de prévenir l’apparition du tartre. En revanche, le risque de déséquilibre alimentaire (carence en vitamine D et sélénium) est fréquent si la ration n’est pas adaptée. L’ajout de fibres dans ce type de ration doit être prépondérant pour stimuler le microbiote et contribuer au maintien d’une flore intestinale saine. Néanmoins, il est nécessaire de rappeler aux propriétaires les risques sanitaires qu’ils encourent à la manipulation de viandes crues. Les croquettes sans céréales n’existent pas, car, par définition, l’extrusion nécessite la présence de céréales. Les céréales usuelles sont alors remplacées par des tubercules, comme la patate douce (favorisant la formation de cristaux d’oxalates, notamment chez le chat) et des légumineuses (mal tolérées par le tube digestif et entraînant de la diarrhée et des flatulences). Une relation entre une alimentation à base de croquettes sans céréales et la survenue de cardiomyopathies dilatées chez des races de chien non prédisposées sont rapportées par la US Food and Drug Administration en juillet 2018.

à la recherche d’une gamme vétérinaire adaptée

En raison du processus d’extrusion, les croquettes des carnivores domestiques ne peuvent être composées de moins de 20 % de glucides chez le chat et 25 % chez le chien. Une quantité importante de protéines doit être présente dans leur alimentation, et leur origine animale est fondamentale chez le chat (son besoin protéique est de 5,2 g/kg4, contre 3 à 5 g/kg5 pour le chien et 0,8 g/kg6 chez l’humain). à la lumière des nouvelles attentes des propriétaires, la gamme Veterinary HPM®de Virbac propose une composition en protéines proche de 45 % dans l’alimentation sèche pour les chats et de 35 % dans celle des chiens. La marque promet un apport proche de 90 % de protéines d’origine animale.

1 Axelsson E., Ratnakumar A., Arendt M. L. et coll. The genomic signature of dog domestication reveals adaptation to a starch-rich diet. Nature. 2013;495(7441):360-364.

2 Hewson-Hughes A. K., Hewson-Hughes V. L., Colyer A. Geometric analysis of macronutrient selection in breeds of the domestic dog, Canis lupus familiaris. Behav. Ecol. 2013;24(1):293-304.

3 Hewson-Hughes A. K., Hewson-Hughes V. L., Miller A. T. et coll. Geometric analysis of macronutrient selection in the adult domestic cat, Felis catus. J. Exp. Biol.;214(Pt 6):1039-1051.

4 Laflamme D. P., Hannah S. S. Discrepancy between use of lean body mass or nitrogen balance to determine protein requirements for adult cats. J. Feline Med. Surg. 2013;15(8):691-697.

5 Blanchard G. L’essentiel sur l’alimentation du chien : carnivore de compagnie. Pratique Vet. 2015;50:436-441.

6 Rand W. M., Pellett P. L., Young V. R. Meta-analysis of nitrogen balance studies for estimating protein requirements in healthy adults. Am. J. Clin. Nutr. 2003;77(1):109-27.

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