« Les mouvements animalistes constituent une nébuleuse complexe » - La Semaine Vétérinaire n° 1801 du 09/03/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1801 du 09/03/2019

ENTRETIEN AVEC EDDY FOUGIER

ACTU

Auteur(s) : PROPOS RECUEILLIS PAR TANIT HALFON  

Eddy Fougier est politologue. Spécialiste des mouvements contestataires, il suit les mouvements animalistes radicaux et nous éclaire sur leur évolution et leurs impacts.

Comment définir ces mouvements ?

On a trop tendance à associer tous ces mouvements au véganisme. Pourtant, il convient de distinguer différentes visions, intérêts et modes opératoires. Même si certains végans apparaissent plus militants que d’autres, le véganisme s’apparente plutôt à un mode de vie dans lequel l’idée est de ne pas être complice des souffrances infligées aux animaux. Quant à l’“antispécisme”, il doit être vu comme une idéologie qui revendique la fin de toute exploitation animale. Certaines associations se donnent pour objectif d’informer et de sensibiliser le consommateur. D’autres sont plus radicales et peuvent entreprendre des actions directes violentes et illégales. Celles-là s’inscrivent dans une logique plus politique de rejet du système capitaliste. Chacune a, de plus, un champ de compétence : par exemple, l’association L214 ne s’intéresse qu’aux animaux de rente, 269 Life France, à toute forme d’exploitation animale. Et ces différents groupes ne s’entendent pas forcément entre eux. C’est une nébuleuse complexe ! Leur discours est bien reçu par les jeunes, qui l’entendent plus comme un discours révolutionnaire. La cause animale est devenue le fer de lance du rejet du système.

Quel est le poids de ces mouvements en France ?

Les études montrent que les végans ne représentent que 0,2 à 0,6 % de la population française, les végétariens, environ 3 %. En outre, on dénombre quelques milliers d’individus militants, contre seulement quelques dizaines de personnes qui font partie des mouvements les plus radicaux.

D’où viennent ces mouvements ?

Ils découlent d’abord d’une radicalisation d’un certain nombre de mouvements déjà présents en France. Par exemple, au départ, L214 était une association uniquement opposée au gavage. En parallèle, se sont implantés des branches françaises de mouvements internationaux comme 269 Life.

Ces mouvements s’inscrivent-il dans la durée ou est-ce un effet de mode ?

C’est la “question à 1 000 €” ! Je pense cependant que ce nouveau rapport aux animaux s’inscrit dans un phénomène de société qui rejette désormais toute forme de violence et de souffrance. Dans ce contexte, certaines images deviennent insupportables. De plus, les jeunes, moins liés au monde rural, perçoivent aussi différemment les animaux de ferme, et les apparentent aux animaux de loisir. À cela, ajoutons une certaine obsession vis-à-vis de l’impact environnemental et sanitaire de notre consommation. À mon sens, ces changements de société opèrent presque indépendamment des mouvements animalistes qui ne sont qu’un écho de ce nouveau rapport aux animaux. Pour autant, le succès de ces mouvements, et leur grand impact médiatique, ne signifie pas que les Français vont tous devenir végans. En témoignent des études qui montrent que ce sont les jeunes, pourtant les plus sensibles à la cause animale, qui consomment le plus de viande. Une étude récente parle de cette contradiction en faisant référence à une « économie de la flemme », pour expliquer les réticences des jeunes à devenir végans.

La profession vétérinaire est-elle pointée du doigt par ces mouvements ?

Pas à ma connaissance, mais à partir du moment où certains groupes militent pour la suppression de l’élevage, il est évident que la profession est remise en cause. Sur le site de l’association L214, ils ne parlent que des services vétérinaires en abattoirs, qui seraient complices du système. Ce n’est pas une remise en cause de la profession, les vétérinaires ne sont pas ciblés en tant que tels.

Quelles conséquences pour les professionnels ?

Quand on regarde la filière viande, ça l’a amenée à se poser des questions sur son impact sur le bien-être animal et l’environnement, et lui a fait prendre conscience de l’intérêt de ces questions pour le consommateur et le grand public. Ce type d’attaque peut ramener des professions aux fondamentaux de leurs métiers.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr