Le sens de l’orientation - La Semaine Vétérinaire n° 1801 du 09/03/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1801 du 09/03/2019

Edito

Auteur(s) : TANIT HALFON 

Pour beaucoup d’entre nous, école vétérinaire et classe préparatoire sont intimement liées. C’est loin d’être faux. Pour la session 2019, cette voie d’accès, dite voie A, offre encore 72 % des places ouvertes au concours vétérinaire. C’est loin d’être immuable. Jusqu’en 2005, 85 % des places étaient encore accordées pour la classe prépa. Une (r)évolution du recrutement des étudiants vétérinaires est-elle engagée ? Peut-être bien. La question du “bon” profil des nouveaux étudiants se pose depuis plusieurs années, particulièrement du fait du manque de vétérinaires ruraux dans certaines de nos campagnes. Et la voie C est apparue être un meilleur vivier de futurs praticiens et praticiennes des élevages. Aussi, aujourd’hui, “diversifier” et “diversité” sont les maîtres mots de la Direction générale de l’enseignement et de la recherche1. La diversité amène, de plus, des étudiants potentiellement intéressés par d’autres activités peu occupées par la profession. Une thèse d’exercice vétérinaire sur l’orientation des étudiants2 avait d’ailleurs mis en lumière ce manque d’attractivité dont souffraient certains secteurs, tels que la recherche, la santé publique vétérinaire ou encore l’industrie. Pourtant, on aurait tort de penser que la “diversité” est le seul moteur du changement en cours. Moins visibles, d’autres mesures tendent à prouver qu’une nouvelle vision du recrutement dans l’enseignement supérieur pourrait s’imposer à l’avenir. Ainsi, dès 2013, toutes les voies parallèles à la A comportaient une épreuve d’entretien avec jury pour tester la motivation des futurs étudiants. En 2014, un nouvel oral nécessitant de disposer d’une solide culture scientifique s’ajoutait à la voie B. Enfin, aujourd’hui, des réflexions sont en cours pour intégrer une épreuve orale à la voie A. Ce n’est pas sans rappeler les modalités de recrutement outre-Atlantique. Aux états-Unis3, l’entrée en faculté vétérinaire passe, entre autres, par de multiples mini-entretiens avec un jury. Leurs principaux objectifs : préciser la motivation, la conscience de la réalité du métier et les qualités humaines – compétences en communication, sens de l’équipe, capacités décisionnelles éthiques et critiques, empathie, honnêteté et fiabilité. Quand la thèse citée plus haut révèle que le choix des études vétérinaires est souvent lié à un rêve d’enfant, dicté par la possession d’un animal étant petit et un stage de 3e dans une clinique, et que la majorité des étudiants vétérinaires ne semblent pas avoir de « relation directe avec la profession avant d’intégrer une école », la généralisation de l’entretien prend tout son sens. Et permettrait, sans doute, d’orienter certains sur la bonne voie… même si ce n’est pas celle de l’enseignement vétérinaire. ●

1 Lire pages 10 et 11 de ce numéro.

2 Enquête réalisée en 2005 auprès de 217 étudiants de première année des quatre écoles nationales vétérinaires. Le manque d’attractivité ne diffère pas suivant l’appartenance à une école (bit.ly/2Cqwwp8).

3 Conférence de Francis Fiéni, vétérinaire enseignant-chercheur à Oniris, présentée le 7 mars à l’Académie vétérinaire de France. Article à lire prochainement dans La Semaine Vétérinaire.

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