Les faux médicaments vétérinaires en 2019 - La Semaine Vétérinaire n° 1800 du 02/03/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1800 du 02/03/2019

ACTU

Depuis quelques années, les saisies de faux médicaments vétérinaires se multiplient, signe d’une intensification du trafic. Les risques portent sur les médicaments destinés aux animaux domestiques, ainsi qu’aux animaux d’élevage. Le trafic présente pour l’essentiel les mêmes caractéristiques que celui de faux médicaments à usage humain (faible dosage en principe actif, trafic par containers et sur Internet, etc.).

Quelle est l’ampleur du problème ?

L’Afrique semble être le continent le plus touché. Lors d’un contrôle effectué en 2001 dans 11 États africains, il s’est avéré que 32 % des échantillons étaient non conformes. Une étude menée en 2009 en Côte d’Ivoire a montré un taux de non-conformité de 41,8 %. L’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et la Global Alliance for Livestock Veterinary Medecines (GALVmed) ont estimé en 2010 que 67 % des médicaments vétérinaires utilisés en Afrique de l’Ouest étaient falsifiés.

Le trafic de faux médicaments vétérinaires constitue une triple menace : un risque direct pour l’animal, un risque indirect pour l’homme et un risque pour l’environnement.

Le marché du médicament vétérinaire – qui est 20 fois inférieur à celui du médicament humain – semble particulièrement perméable aux faux médicaments pour les raisons suivantes : les éleveurs professionnels sont souvent tentés de réaliser des économies importantes ; les médicaments vétérinaires ne sont pas remboursables et les animaux de compagnie ou d’élevage peuvent donner lieu à des coûts imprévus importants en cas de survenue d’une maladie.

Géographie et spécificités du trafic

Comme pour la santé humaine, le trafic de médicaments vétérinaires falsifiés par des gangs criminels internationaux constitue l’aspect le plus courant et le plus inquiétant. À l’échelle mondiale, le phénomène touche les pays en développement (les produits saisis sont le plus souvent en provenance d’Asie et à destination de l’Afrique subsaharienne), mais comme l’attestent certaines affaires récentes, les pays occidentaux (Pologne, France, Grande-Bretagne) sont également des cibles. En 2011, il a été mis fin à un trafic qui a écoulé 2,5 tonnes de médicaments illicites auprès de 4 000 clients au Royaume-Uni, pour un chiffre d’affaires de 13,5 millions de livres sterling.

La falsification de médicaments peut même constituer une source de financement majeure pour les organisations terroristes. Ainsi, 700 000 animaux auraient reçu des médicaments contrefaits par un laboratoire clandestin créé par l’IRA, l’armée républicaine irlandaise, à Miami dans les années 1990.

On constate également que certains produits vétérinaires tels que la kétamine ou la tilétamine sont détournés comme produits dopants à usage humain.

Pour conclure, je rappelle que l’Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments (IRACM) est même parvenu à organiser, avec l’Organisation mondiale des douanes, l’interception de 113 millions de produits vétérinaires illicites en containers, lors de l’opération Biyela 2 réalisée au printemps 2014, sur 10 jours, dans 14 pays Africains.

Il est possible de se procurer sur le site iracm.com la brochure réalisée par l’IRACM sur les faux médicaments vétérinaires.

BERNARD LEROY

est directeur de l’Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments (IRACM) qui développe une action pour approfondir la connaissance du phénomène des faux médicaments, conseiller les gouvernements dans leurs stratégies et mailler toutes les parties prenantes.
à l’origine, Bernard Leroy est un magistrat qui a consacré l’essentiel de sa carrière à la lutte contre la drogue au niveau national et international.
Juge d’instruction spécialisé dans le trafic de stupéfiants (1979-1988), il a été ensuite conseiller à la Mission interministérielle de lutte contre la toxicomanie (Milt), de 1988 à 1990, avant de devenir responsable du programme d’assistance juridique des Nations unies chargé d’aider les États à définir leur stratégie antidrogue et à améliorer leurs législations (1990-2010).
Par la suite, il a été avocat général à la cour d’appel de Versailles, responsable des chambres pénales (2010-2013) et coordonnateur de la politique des procureurs du ressort en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants et le blanchiment.
En 2015, il a été élu, par le Conseil économique et social des Nations unies (Ecosoc), membre de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), qui veille au respect des traités internationaux par les états.
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