Fin de vie des équidés : raison, sentiment et rôle du vétérinaire - La Semaine Vétérinaire n° 1800 du 02/03/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1800 du 02/03/2019

ACTU

Aujourd’hui, les activités de courses hippiques, d’équitation sportive et de loisirs constituent les principales utilisations des 1 063 000 équidés1 en France. Quand ceux-ci ne peuvent plus être utilisés pour leur vocation première, quel que soit leur âge, quel peut être leur devenir ? Il existe deux voies : une reconversion puis la mise à la retraite jusqu’à la mort, ou l’abattage.

Prise en charge de la retraite, quelles conséquences ?

La mise à la retraite des chevaux réformés répond le mieux à l’empathie de la société pour les équidés, animaux de rente utilisés pour le loisir. Elle présente aussi des opportunités pour des structures rurales : activités de pension ou valorisation d’herbages.

Elle génère cependant des coûts importants liés à l’entretien des équidés, aux pathologies chroniques qui s’accentuent avec l’âge et nécessitent des traitements parfois quotidiens à long terme, à l’euthanasie éventuelle et aux frais d’équarrissage. Ces coûts sont supportés par le dernier propriétaire et la retraite peut être longue chez les équidés. La population de chevaux âgés de plus de 20 ans est passée de 85 000 en 2008 à 120 000 en 2016. Une étude de 2015 de l’observatoire économique de l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE)2 a estimé que le retrait de l’abattage de 2 400 chevaux au motif d’exclusion de la consommation humaine (voir dernier paragraphe) aurait un impact global d’environ 30 millions d’euros répartis sur les 30 années suivantes.

Enfin, une saturation du marché du cheval de loisirs, qui serait majoritairement occupé par les réformés, entraînerait une diminution de la marge des professionnels, puis une diminution des prix de vente.

La mise à la retraite systématique des chevaux réformés présente donc des conséquences économiques importantes et il est nécessaire de conserver le débouché abattage.

Fin de vie, bientraitance et aspects sanitaires

À la mise à la retraite d’un équidé, l’enjeu est de lui assurer une bonne qualité de vie jusqu’à la fin, notamment par la prise en charge des pathologies chroniques et par le conseil du choix de l’euthanasie en cas de dégradation. Le vétérinaire peut détecter précocement les dérives : abandons, défauts de soins, etc. Aux États-Unis, l’interdiction de l’abattage a généré de nombreuses situations de maltraitance. Enfin, le vétérinaire est en première ligne pour conseiller les détenteurs sur les procédures à réaliser pour un enlèvement rapide du cadavre (notamment ATM)3, les dangers sanitaires et donc l’interdiction de l’enfouissement, ainsi que des solutions envisageables : équarrissage habituel ou coûteuse incinération.

Dans le cas de l’abattage, la bientraitance doit aussi être assurée. Les professionnels des abattoirs bénéficient d’un guide de bonnes pratiques pour les bovins ; un guide spécifique aux équidés doit être envisagé. Même si elles se heurtent à d’importantes considérations sanitaires et de traçabilité, les évolutions vers l’abattage de proximité, voire “à la ferme”, permettraient de limiter les transports, sources de stress et de maltraitance.

Exclusion de la consommation humaine : une situation problématique

Un propriétaire d’équidé peut, à tout moment et par choix personnel, souvent mû par la volonté de lui assurer une fin de vie “digne”, choisir de l’exclure de la consommation humaine, donc de l’abattage. Ce choix nécessite les conseils du vétérinaire. C’est le propriétaire final qui supportera, parfois 20 ans plus tard, la responsabilité morale et financière de ce choix.

Le vétérinaire est aussi confronté à ce choix lors de l’administration de certains médicaments. En dehors des situations dans lesquelles elle est obligatoire, les conséquences de cette exclusion définitive doivent être connues quand elle est facultative.

Enfin, se pose le problème des chevaux nés avant 2001, dont le document d’identification ne comporte pas de feuillet “traitements médicamenteux”. Ils sont ainsi exclus de fait de la consommation humaine alors que, pour certains, l’abattage était le seul débouché envisageable.

Notons qu’une exclusion systématique des équidés de l’abattage engendrerait des maltraitances. En effet, certains équidés sont déjà transportés de façon précaire vers des destinations parfois lointaines et surtout moins rigoureuses que l’Europe ou la France en matière de traçabilité. Elle favorise également le développement de circuits parallèles non contrôlés : filières de fraude qui réintègrent des animaux exclus en France.

1 Toutes les données économiques sont issues de l’observatoire économique de l’IFCE.

2 Fin de vie, les tendances en termes de pratiques et leurs impacts pratiques économiques, 8e journée du réseau économique de la filière économique, 23 avril 2015.

3 L’ATM (animaux trouvés morts) Équidés-Angee permet de déclarer en ligne la mort d’un équidé et de régler les frais d’équarrissage à un tarif mutualisé.

JEAN-ROCH GAILLET (L 85)

est inspecteur général de la santé publique vétérinaire et directeur général de l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) depuis octobre 2018. Seul opérateur public de l’État au sein de la filière équine, l’IFCE joue le rôle d’institut technique dédié au service des acteurs de cette filière.

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