Des spécialistes davantage présents dans la chaîne de soins - La Semaine Vétérinaire n° 1800 du 02/03/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1800 du 02/03/2019

ACTU

Succédant au Syndicat français des vétérinaires membres des collèges européens (SFVMCE), SpéVet est dorénavant le syndicat des spécialistes diplômés des collèges européens et/ou d’études spécialisées vétérinaires. Il s’inscrit dans le paysage syndical français aux côtés du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL), au sein de la Fédération des syndicats vétérinaires de France (FSVF), avec une domiciliation à la Maison des vétérinaires.

L’objectif de SpéVet est clairement une collaboration étroite avec les vétérinaires traitants pour une meilleure connaissance mutuelle et une meilleure fluidité de la chaîne de soins.

Aujourd’hui, plus de 450 spécialistes cliniciens irriguent peu à peu la profession au-delà de leur place reconnue depuis des décennies dans l’enseignement (écoles vétérinaires ou organismes de formation professionnelle continue).

Pour les spécialistes, l’année 2018 a été marquée par le remarquable rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) sur le développement de la médecine vétérinaire spécialisée des animaux de compagnie et des animaux de sport dans les écoles vétérinaires. Souhaitons que la proposition des rapporteurs, d’une société universitaire et de recherche rapprochant le public et le privé, stimule l’imagination de chacun. L’exercice spécialisé ne peut en effet se développer que sur la base d’une recherche clinique de haut niveau.

Parmi les actualités, la délégation d’actes fait l’objet d’échanges entre les instances ordinales, les structures techniques professionnelles et syndicales. Souhaitons là aussi une évolution constructive facilitant l’exercice des vétérinaires spécialistes. L’exercice professionnel des auxiliaires de santé animale mérite d’être valorisé au-delà d’une situation de personnel d’accueil, d’entretien ou de secrétariat pour intégrer complètement la notion de technicien en soins aux animaux et permettre des promotions professionnelles légitimes. Cette évolution probable s’accompagnera d’un coût supplémentaire pour la profession, s’ajoutant à ceux de l’astreinte à la continuité des soins, de l’exigence d’une qualité des soins croissante de la part des propriétaires, des attentes administratives, de l’encadrement des conditions d’exercice dans les établissements de soins et de la prise en compte du bien-être animal dans ses multiples composantes. Davantage de mutualisation financière par les assurances médicales ne sera-t-elle pas nécessaire pour assurer la viabilité de ce modèle économique ?

Au-delà de la chaîne de soins, les spécialistes sont désormais présents dans les conseils régionaux de l’Ordre des vétérinaires (CROV), dans les organismes techniques, dans les syndicats, au sein du Conseil national de la spécialisation vétérinaire (CNSV) et à l’Académie vétérinaire de France (AVF).

Dans ce cadre, comment ne pas évoquer l’avis de l’AVF 2018 sur la lutte contre les “hypertypes canins”liés à des exagérations de caractéristiques physiques favorisées par des phénomènes de mode1. Il s’inscrit dans le cadre de différentes actions européennes sur cette dérive qui conduit à une maltraitance différée à laquelle les spécialistes sont trop souvent confrontés et qu’ils tiennent à dénoncer. L’avis et le rapport de l’AVF sur la télémédecine vétérinaire en 2017 étaient déjà des documents de référence.

En bien-être animal et en protection animale, l’expertise des vétérinaires est également attendue. Dans un colloque de l’Académie des sciences sur le thème de l’expérimentation animale, j’entendais bien que la communication était déficiente sans que pour autant des propositions soient avancées. Davantage d’information sur les réglementations professionnelles et administratives, imposant la règle des trois “R” (réduire, raffiner, remplacer), s’impose. Des progrès en biologie des systèmes permettent un meilleur choix des modèles animaux. Les comités d’éthique veillent notamment à ce que davantage d’animaux de laboratoire soient réhabilités et accèdent à une retraite méritée grâce à l’engagement d’associations comme le Groupement de réflexion et d’action pour l’animal (Graal), primé par l’AVF en 2018.

Relevons qu’au Japon les instituts ou universités utilisant des animaux à des fins scientifiques érigent une stèle, un monument ou une statue, lieu de cérémonie en hommage à leurs animaux de laboratoire. Quant aux praticiens, au quotidien et dans un juste retour, ils font bénéficier leurs patients des traitements médicaux et chirurgicaux que d’autres animaux ont contribué à développer dans un large processus d’échange écosystémique au profit de chaque espèce.

Enfin, les mouvements et associations animalistes ont souvent des allures radicales, avec une part de dogmatisme ou d’intolérance. Selon les préceptes du neurophysiologiste Alain Berthoz, pour 2019, nous pourrions souhaiter que chacun accède à davantage de “pluralité interprétative”. Être capable d’adopter au moins temporairement d’autres points de vue que le sien pourrait favoriser un rapprochement salutaire de positionnements antagonistes.

1 academie-veterinaire-defrance.org.

JEAN-PIERRE JÉGOU (A 71)

est président du syndicat vétérinaire d’exercice spécialisé SpéVet et secrétaire général de l’Académie vétérinaire de France depuis 2016. Vétérinaire spécialiste en ophtalmologie, il a exercé sa spécialité pendant près de 30 ans dans une clinique privée en région parisienne. Conseiller au conseil régional de l’Ordre Île-de-France-départements et régions d'outre-mer (Drom) et membre du conseil d’administration de l’Association des anciens élèves et des amis de l’école d'Alfort (AAEAEA), il continue à offrir ses services à son ancienne école, en tant que consultant extérieur, deux jours par semaine.
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