Salon international de l’Agriculture - La Semaine Vétérinaire n° 1799 du 24/02/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1799 du 24/02/2019

ACTU

ENTRETIEN AVEC  LAURENT PERRIN 

« LA CONTRACTUALISATION EST EN MARCHE »

Quels nouveaux enjeux avez-vous identifiés pour le vétérinaire rural ?
Notre profession avance sur de nombreux sujets et nous souhaitions faire reconnaître notre expertise. Nous nous préoccupons du bien-être animal depuis que les vétérinaires existent. La médecine vétérinaire est en avance sur tous ces sujets de santé animale, humaine et environnementale. Pour autant, deux changements importants se profilent. La médecine individuelle commence à être largement dépassée par la médecine de groupe. Cette tendance s’explique par l’augmentation de la taille des troupeaux et de la technicité des éleveurs. Nous sommes moins appelés pour des actes très basiques. En revanche, nous faisons face à une demande importante en suivi et en prévention. La digitalisation nous permettra de répondre à ces attentes. Nous aurons à notre disposition de nouveaux outils de récupération des données. Ils doivent bénéficier aux vétérinaires dans leur pratique. Il faut absolument que les praticiens s’emparent de ce mode de travail. Mais nous devons également avoir la formation adéquate qui nous permette d’optimiser l’utilisation de ces données. De même, la question de leur accès se pose. De nombreux acteurs possèdent des données. Le risque est que celles-ci soient confisquées au détriment de l’éleveur. Ce dernier en est le propriétaire. Il doit en avoir la libre disposition pour en faire profiter l’acteur de son choix. S’il décide que le vétérinaire doit y avoir accès, il ne faudrait pas qu’il y ait d’obstacle.

Sur le salon, plusieurs partenaires des élevages se sont dit préoccupés par le maillage vétérinaire (qui a été évoqué lors de la journée nationale vétérinaire du 7 février). Où en est la réflexion pour faire avancer le sujet ?
Nous sommes régulièrement en contact avec les organisations professionnelles agricoles. La question du maillage revient souvent sur la table. Actuellement, nous sommes à la croisée des chemins. Le maillage existe encore. Mais certains points de tensions s’expriment, notamment en Corrèze. Il commence à y avoir une prise de conscience réelle du problème et des actions se mettent en place. Par exemple, la télémédecine est une piste intéressante. Elle va nous aider dans le suivi global des animaux et des élevages. Le nombre de déplacement pourrait être allégé par ce biais. Mais il faudra quand même se rendre sur les sites pour soigner les animaux. Le réseau de proximité reste indispensable. Pour maintenir ce maillage, il est nécessaire que les missions effectuées par les vétérinaires localement génèrent une rémunération. Nous faisons de l’épidémiosurveillance gratuite pour l’État. Il faut également bien se rendre compte que la permanence et la continuité des soins sont une charge importante pour les cabinets vétérinaires, ainsi que pour les vétérinaires eux-mêmes en matière d’acceptabilité pour nos jeunes confrères. Il s’agit d’une cause de désocialisation pour le vétérinaire. Toutes ces contraintes doivent être reconnues. La contractualisation peut être un premier pas vers cette reconnaissance. C’est un sujet sur lequel nous avançons et il va falloir convaincre tous les acteurs que c’est une bonne chose. Nous souhaitons accompagner les vétérinaires dans cette démarche. Elle est en marche depuis cette année, notamment dans le département de la Manche. Elle est poussée par des fonds publics qui accompagnent les jeunes agriculteurs. Cet exemple pourrait être repris par d’autres secteurs.

Pensez-vous qu’une autonomie des éleveurs, via une formation, soit une solution pour pérenniser l’élevage ?
L’autonomie des éleveurs existe déjà de fait. Le vétérinaire vient en appui. Ce partenariat entre ces deux acteurs ne peut être que bénéfique aux deux professions. Il est même indispensable. Les résultats du premier plan ÉcoAntibio en témoignent. Nous ne vivrons pas les uns sans les autres. Il n’y a pas de compétitions entre éleveurs et vétérinaires. Si elle existe, elle est stérile et sera probablement délétère.
Propos recueillis par Michaella Igoho-Moradel
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