L’intoxication aux glands - La Semaine Vétérinaire n° 1798 du 16/02/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1798 du 16/02/2019

CONFÉRENCE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : ANNE COUROUCÉ 

L’ingestion de glands provoque une intoxication chez le cheval qui se manifeste par des coliques, une diarrhée souvent hémorragique, des complications rénales avec, dans un grand nombre de cas, mort de l’animal. Peu de publications existent sur le sujet. C’est pourquoi une étude1 rétrospective a été mise en place au sein du Cisco, à Oniris, afin de mieux caractériser la survenue de l’intoxication aux glands, le tableau clinique, et de mettre en évidence d’éventuelles différences significatives entre les chevaux survivants et ceux non survivants.

La population de chevaux

Un nombre total de 25 chevaux, présentés au Cisco entre 2011 et 2018, a été retenu pour cette étude. Ces cas proviennent de l’ouest de la France, dans un rayon d’environ une centaine de kilomètres autour de Nantes (Loire-Atlantique).

Pour être inclus dans l’étude, les chevaux devaient satisfaire 4 critères parmi les 6 suivants :

- survenue à l’automne (n = 25/25),

- présence de glands dans le milieu de vie (n = 25/25),

- paramètres cliniques et biochimiques suggérant une atteinte digestive et/ou rénale (n = 25/25),

- coques de glands retrouvés dans les fécès ou dans le tube digestif (n = 17/25),

- comorbidité ou comortalité observée sur des chevaux vivant dans les mêmes conditions (n = 5/25),

- résultats d’autopsie et/ou d’histologie concordant avec une intoxication aux glands (n = 6/25).

Deux cas ont été présentés en 2011, 8 en 2015 et 15 en 2017. Aucun cas n’a été diagnostiqué en 2012, 2013, 2014, 2016 et 2018, soulignant une cyclicité certaine ainsi qu’une augmentation progressive du nombre de cas.

Résultats

Races

Plusieurs races étaient représentées : selle français, halfinger, poney, shetland, autre que pur-sang (AQPS), pur-sang, pur-sang arabe. Bien qu’une corrélation de la survie avec la race ne soit pas possible du fait du faible nombre de cas, notons que tous les shetlands (n = 3) sont morts.

Âge

L’âge moyen était de 16 ± 7 ans, âge plutôt élevé à relier à la proportion de chevaux retraités et vivant au pré (n = 6/25). L’âge de présentation était corrélé à la survie : plus les chevaux étaient âgés, moins ils avaient de chance de survie.

Signes cliniques à l’admission

La durée d’évolution de la maladie avant l’admission au Cisco variait de 4 à 144 heures avec une moyenne de 26 ± 34 heures. Notons que la survie des chevaux n’était pas reliée à la durée d’évolution des symptômes avant l’hospitalisation.

à l’admission, les chevaux présentaient :

- un abattement (25/25),

- des symptômes de coliques (7/25),

- de la diarrhée (17/25), dont diarrhée hémorragique pour 6 d’entre eux,

- une température anormale (< 36,5 °C ou > 38,5 °C) (5/25).

Les chevaux avec une diarrhée hémorragique à l’admission avaient significativement moins de chance de survie par rapport aux autres.

La fréquence cardiaque moyenne était de 73 (± 19) bpm avec une différence significative entre les survivants (63 ± 17 bpm) et les non-survivants (80 ±17 bpm). Au-delà d’une fréquence cardiaque de 65 bpm à l’admission, les chevaux avaient 95 % de chance de ne pas survivre.

La majorité des chevaux (24/25) présentaient des muqueuses anormales. Notons que les chevaux présentant des modifications importantes des muqueuses (liseré congestif, muqueuses congestives et ictériques, ou muqueuses cyanosées) avaient nettement plus de chances de mourir que les chevaux avec des anomalies moindres (muqueuses sèches, pâles ou congestives seules).

Analyses sanguines

Les chevaux avaient 95 % de probabilité de ne pas survivre dans ces 3 cas :

- hématocrite au-dessus de 55 %,

- valeurs de lactatémie supérieures à 5 mmol/l, malgré l’absence de différence significative pour les lactates entre survivants et non-survivants,

- une valeur de créatininémie supérieure à 25 mg/l à l’admission.

Examens complémentaires

Des coques de glands étaient retrouvées dans les fécès dans 14/25 cas.

à l’échographie abdominale, l’élément majeur était un épaississement très sévère de la muqueuse du colon avec des valeurs rarement retrouvées dans d’autres affections. Ainsi, l’épaisseur moyenne maximale mesurée était de 29 ± 17 mm, avec une différence significative entre les survivants (19 ± 6 mm) et les non-survivants (36 ± 19 mm). Notons de plus qu’au-delà de 22 mm d’épaisseur de paroi du colon à l’échographie, les chevaux avaient 95 % de chance de ne pas survivre. Remarque : la valeur de référence pour l’épaisseur normale de la paroi du colon varie de 3 à 4 mm environ.

Hospitalisation et survie

La durée d’hospitalisation a varié de 1 heure à 9 jours avec une moyenne de 3 jours (71 ± 67 heures).

Le nombre de survivants était de 11 sur les 25 animaux admis (survie de 44 %), ce qui est un peu meilleur que dans la seule série de 9 cas déjà publiée (33 % de survie2). Notons que les 48 premières heures étaient critiques avec un nombre de décès ou d’euthanasie de 9 chevaux pendant la première journée, de 4 chevaux supplémentaires pendant la journée suivante, soit près de 93 % (13/14) des non-survivants.

Pendant l’hospitalisation, les facteurs semblant influencer le plus la survie étaient le contrôle des fuites protéiques, le retour rapide de l’appétit et la normalisation des paramètres rénaux.

Autopsie

Parmi les 25 chevaux, 6 ont été autopsiés (4 en 2017, et 2 en 2015). Des glands en grande quantité ont été retrouvés à chaque fois dans le tube digestif des chevaux, associés à des lésions marquées du gros intestin avec un œdème pariétal, des ulcérations, des hémorragies et un épanchement abdominal. Des ulcérations gastriques, pyloriques, œsophagiennes, voire linguales, ont également été notées.

Discussion et conclusion

L’intoxication aux glands a été rapportée récemment au Royaume-Uni2 et en France sur une population de chevaux autopsiée3, ainsi que de façon plus anecdotique en Allemagne ou aux états-Unis. Les ruminants sont également touchés. Cette étude est la première présentant une série aussi importante de cas cliniques d’intoxication aux glands.

L’intoxication survient sur une période assez courte en automne (entre mi-septembre et fin octobre), avec une cyclicité annuelle variable. Le tableau clinique est assez typique avec des symptômes essentiellement généraux et digestifs, d’évolution aiguë à suraiguë, compliqués d’un état de choc endotoxique et d’une atteinte rénale et hépatique. à l’admission, la fréquence cardiaque, l’hématocrite, les lactates sanguins, ainsi que la créatinémie mais aussi l’épaisseur du gros intestin à l’échographie sont des facteurs prédictifs de la survie. Au global, le taux de survie, bien qu’un peu meilleur que dans la série de cas déjà publiée, reste faible (44 %) avec apparition de complications nombreuses, soulignant l’importance des mesures préventives.

Du côté épidémiologique, une quantité anormalement élevée de glands, notamment verts, un certain manque de nourriture (pas assez de foin, pas de complémentation en granulés), une densité importante de chevaux, et des facteurs individuels comme un comportement gourmand ou dominant semblent être des facteurs favorisants. Au niveau climatique, bien que certains facteurs admis comme influençant la production de glands (froid tardif en hiver, et dans une moindre mesure sécheresse et ensoleillement important) semblent corrélés aux années avec des cas d’intoxication, il reste difficile d’établir une corrélation absolue.

Si l’accroissement du nombre d’intoxication aux glands venait à se confirmer dans les prochaines années, une étude à plus large échelle avec une cartographie précise et des dosages biochimiques, seraient intéressants pour mieux cerner le phénomène.

1 Cette étude s’appuie sur le travail de thèse de doctorat vétérinaire de deux étudiants d’Oniris, Basile Ruault et Paul Flambard. Ces deux thèses seront soutenues en 2019.

2 Smith et coll., 2015.

3 Linster et coll., 2018.

Tanguy Hermange Praticien hospitalier au Cisco, à Oniris. Article rédigé d’après une présentation faite aux rencontres du Respe à Reims (Marne), le 29 novembre 2018.

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