2019, année de tous les défis - La Semaine Vétérinaire n° 1798 du 16/02/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1798 du 16/02/2019

AGRICULTURE

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE 

à la veille de l’ouverture du Salon international de l’agriculture, les membres de l’Académie d’agriculture de France ont organisé une rencontre pour rappeler les enjeux et perspectives de l’agriculture française en 2019.

La réconciliation   », telle est la grande problématique actuelle de l’agriculture française à laquelle le colloque organisé par l’Académie d’agriculture de France le 13 février dernier, quelques jours avant l’ouverture du Salon de l’agriculture, devait tenter de répondre. Ainsi, Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, a annoncé que «   face à tous les bouleversements auxquels l’agriculture française doit faire face actuellement, il faudra que la société française dispose d’une image plus conforme de la réalité de l’agriculture en 2019 et cela passera par un dialogue et une meilleure communication   ».

Une pression sociétale croissante

C’est pourquoi, à cette occasion, les différents intervenants présents ont apporté des éclairages sur la situation de l’agriculture française en 2019. Comme l’a indiqué Éric Maerten, rédacteur en chef de La France agricole,le fait majeur auquel le monde agricole est de plus en plus confronté est l’«   agri-bashing   ». Pour tenter d’y répondre il faudrait selon lui «   remettre l’animal à sa place et rappeler l’importance de préserver notre agriculture par l’intervention de sociologues ou de philosophes, par exemple, qui peuvent jouer un rôle de “by-pass” avec la société   ». Par ailleurs, comme l’a rappelé Pascale Hébel, directrice du pôle consommation et entreprise au Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc), on constate actuellement un véritable bouleversement des comportements alimentaires1. Il y a un renouvellement générationnel avec une montée des préoccupations sanitaires, environnementales et éthiques et l’arrivée de nouveaux modes de vie comme l’externalisation de notre consommation hors foyer (10 g/j de sandwich il y a 50 ans, aujourd’hui 50 g/j pour les jeunes de 15 ans). Face à cela, «   il faut trouver comment répondre sans rester seulement spectateurs   », a indiqué Bruno Dufayet, le président de la Fédération nationale bovine, qui a ainsi donné l’exemple du plan protéines2 mis en place par la filière pour promouvoir une alimentation plus durable – moins de viande et de meilleure qualité. De même, l’agroécologie pourrait être une piste à encourager car elle «   est à l’origine de systèmes plus robustes, plus résistants et/ou plus résilients  », a indiqué Christian Huyghe, directeur scientifique adjointagriculture de l’Inra.

une forte compétition internationale

Un autre enjeu majeur pour l’agriculture française actuelle est de répondre à une compétition internationale croissante. Ainsi, en 2018, l’arrivée de l’Ukraine comme nouveau vrai compétiteur pour les productions animales et les investissements de la Chine dans les entreprises agroalimentaires françaises ont modifié le paysage agricole. Face à cela, «   la France, qui a pourtant la surface agricole la plus élevée au sein de l’Union européenne ainsi qu’un solde de la balance économique du secteur agroalimentaire excédentaire, souffre d’un véritable problème de positionnement   », selon Thierry Pouch, responsable du service études-références-prospectives à l’Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA). Comme il l’a souligné, notre agriculture est passée du second rang d’exportateur de produits transformés au cinquième (concurrence des Pays-Bas, de l’Allemagne et du Brésil). Toutefois, «   la situation n’est pas catastrophique, nous avons encore beaucoup de ressources (faible coût du foncier, image positive de nos produits et capacité à monter en gamme) et notre position à l’international reste globalement forte actuellement   », a-t-il ajouté. En mettant en place une politique commerciale commune plus favorable au sein de l’Union européenne par rapport à la concurrence internationale, la France pourrait selon lui reconquérir des parts de marché.

Une tertiarisation du secteur

Dans le même temps, de nouvelles formes d’entreprises agricoles voient le jour : les exploitations sont plus diversifiées, par leur taille et leurs activités (10 % des exploitations françaises ont des allures de «   firmes   »). De plus, comme l’a indiqué le sociologue François Purseigle, l’organisation du travail évolue : la délégation du travail aux salariés s’accroît et l’on constate une véritable tertiarisation de l’activité agricole avec la présence de nouveaux acteurs (société de prestation de services). Selon lui, «   on est passé petit à petit du paradigme du “faire ensemble” à celui du “faire faire” ». Les agriculteurs de 2019 devront donc mieux communiquer et continuer de s’adapter. «   Seront-ils soutenus dans cette transition par la nouvelle politique agricole commune (PAC) ?   », s’est interrogé Constant Lecœur, secrétaire perpétuel de l’Académie d’agriculture de France, à l’issue de la journée.

1Voir La Semaine Vétérinaire n° 1796 du 15/2/2019, page 30.

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