Le Comité national d’éthique des abattoirs donne les directions à prendre - La Semaine Vétérinaire n° 1797 du 10/02/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1797 du 10/02/2019

ÉLEVAGE

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE  

Le CNEAb a publié une synthèse des pistes de progrès réglementaires à envisager en France pour améliorer les conditions de bien-être animal lors de l’abattage.

Des progrès réglementaires peuvent être apportés à l’ultime étape de la vie des animaux d’élevage. La démarche répond à des enjeux multiples, qu’ils concernent le bien-être animal (BEA), l’éthique, l’aspect sanitaire, social ou scientifique. Une analyse des attentes sociétales, de la politique publique, de l’évolution de la législation et de la réglementation relatives à l’amélioration de la protection animale dans les établissements d’abattage a été réalisée par le Comité national d’éthique des abattoirs (CNEAb), qui en a publié la synthèse1 le 7 février 2019.

53 recommandations

Pendant 18 mois (de septembre 2017 à janvier 2019), le CNEAb, mis en place par le Conseil national de l’alimentation (CNA)2 et dont les travaux ont été encadrés par Jean-Luc Angot3 et Pierre Le Neindre4, a réuni les principaux acteurs concernés, ainsi que des chercheurs (sociologues, juristes, philosophes, scientifiques, etc.) pour tenter de dessiner de manière concertée l’abattoir de demain. Ils se sont intéressés aux différentes étapes de l’abattage (du transfert au contrôle post-mortem) des animaux de boucherie (bovins, ovins, caprins et porcins) comme des volailles et des lapins. Ce long processus a abouti à 53 recommandations, dont 12 « recommandations clés consensuelles », considérées par le comité comme « nécessaires pour atteindre les objectifs communs partagés de l’existence des abattoirs sur le territoire français, de l’amélioration de la protection animale et des conditions de travail des salariés et des contrôleurs ».

Et les enjeux sont de taille. En effet, tout d’abord, selon les rapporteurs, il existe « une réelle difficulté actuellement pour recruter des salariés des abattoirs et des services vétérinaires d’inspection, notamment due à un manque de reconnaissance de leurs métiers ». De plus, sur le territoire, on observe, depuis une cinquantaine d’années, une concentration d’un plus petit nombre d’abattoirs privés, dont certains font face actuellement à des problèmes de rentabilité et de financement d’investissements. Enfin, la reconnaissance scientifique récente de la sensibilité et de la conscience animales devraient, selon le rapport, permettre « une meilleure prise en compte de leur bien-être (amélioration des conditions d’hébergement et de mise à mort), ainsi qu’une amélioration des conditions de travail des salariés (anticipation des réactions des animaux pour éviter au maximum les accidents) ».

S’assurer du respect des bonnes pratiques

Face à ces constats, certaines pistes d’améliorations des conditions d’abattage ont été évoquées et détaillées dans des fiches pratiques. Il s’agit tout d’abord de « s’assurer du respect par les opérateurs de la filière du Guide de bonnes pratiques de maîtrise de la protection animale des bovins à l’abattoir (2004) », aussi en cours d’élaboration pour les porcs, les moutons et la volaille, qui décrit le système de contrôle de l’efficacité de l’étourdissement à mettre en place et formalise les modes opératoires normalisés (MON). Par ailleurs, le rapport rappelle l’importance de suivre les mesures sanitaires actuellement en place dans les abattoirs (agrément sanitaire) et de renforcer les contrôles vétérinaires. Pour cela, le responsable de la protection animale et des lanceurs d’alerte devront être protégés. Des espaces d’échanges entre acteurs au sein des abattoirs devront être mis en place. Par ailleurs, « les métiers et les qualifications professionnelles devront être mieux valorisés et reconnus et les conditions de travail des salariés dans les abattoirs améliorées ». De plus, les rapporteurs précisent aussi le rôle crucial joué par l’État, qui devra investir avec les opérateurs privés pour « optimiser la répartition des abattoirs de boucherie et de volailles sur le territoire national, améliorer les infrastructures et le matériel et inciter les opérateurs privés en soutenant financièrement ceux qui mettent en place des pratiques garantissant une amélioration des conditions de manipulation et d’abattage des animaux ». Enfin, la nécessité de fournir aux consommateurs une meilleure information sur l’abattage mais aussi sur la bientraitance à l’abattoir, par exemple, par un étiquetage sur le produit, a été rappelée et « la recherche transversale sur les abattoirs devra être encouragée ».

Des travaux à poursuivre

Cet avis n’est cependant qu’un point d’étape et, pour vérifier que toutes ces propositions voient le jour, l’État devra pérenniser l’action du CNEAb, selon le rapport. En effet, alors que la loi Egalim de 2018 s’est limitée au niveau de l’abattage à inscrire une expérimentation de quatre ans des dispositifs d’abattoirs mobiles (loi n° 2018-938), les travaux du CNEAb devraient se poursuivre, afin que ce sujet puisse continuer à être abordé.

1 Protection animale et conditions de l’abattage dans les abattoirs français : quelles pistes de progrès législatif et réglementaire au regard des attentes sociétales ? bit.ly/2Dn5YVt

2 Instance consultative indépendante, placée auprès des ministres chargés de l’environnement, de la consommation, de la santé et de l’agriculture (cna-alimentation.fr).

3 Président du comité, inspecteur général de la santé publique vétérinaire, président de la 7e section du conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux “prospective, société, international” au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, membre de l’Académie vétérinaire.

4 Vice-président du comité, directeur de recherche honoraire (Inra), éthologue et zootechnicien spécialisé en éthologie appliquée, membre de l’Académie d’agriculture de France.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr