Ne plus séparer l’animal de son maître dans les maisons de retraite - La Semaine Vétérinaire n° 1796 du 03/02/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1796 du 03/02/2019

SOCIÉTÉ

ACTU

Auteur(s) : BÉNÉDICTE ITURRIA  

Encore peu de maisons de retraite acceptent les animaux domestiques. Un projet de l’association TERPTA vise à favoriser cette intégration.

D’après une enquête1 de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), réalisée fin 2015, 728 000 personnes vivent dans des structures pour seniors en France, soit 35 000 de plus qu’en 2011. Huit sur 10 sont accueillies en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

Environ 10 000 personnes accueillies chaque année en Ehpa (non dépendantes) ou Ehpad possèdent au moins un animal de compagnie. Il est aujourd’hui indéniable que la présence d’un animal auprès d’un senior dans une maison de retraite joue un rôle positif fondamental sur sa santé physique et mentale. Il favorise également les interactions sociales, en particulier auprès de résidents atteints de déficiences psychiques.

Les limites des établissements

D’un point de vue réglementaire, rien n’interdit la présence d’un animal de compagnie dans une telle structure. Le 11 mars 1986, le ministère chargé des affaires sociales a publié une circulaire, toujours en vigueur, stipulant que « les personnes qui ont un animal familier doivent être autorisées à le garder avec elles, dans la mesure où il ne créera pas une contrainte anormale pour le personnel et où il ne gênera pas la tranquillité des autres résidents ». Un animal peut donc suivre son maître lors de son admission, sous réserve que le règlement intérieur l’y autorise et que la personne âgée concernée soit en capacité de s’en occuper. Actuellement, les maisons de retraite acceptant les animaux domestiques ne représenteraient qu’environ 40 % du parc des Ehpa. La médicalisation de ces structures et le respect des normes d’hygiène sont souvent les raisons invoquées pour exclure cette possibilité dans le règlement intérieur. Mais c’est aussi principalement le manque de matériel et d’effectifs qui conduit, hélas, à refuser les animaux.

De nombreux pensionnaires doivent donc se résoudre à se séparer de leur fidèle compagnon. Une situation vécue comme un réel traumatisme par le maître, contraint d’abandonner son animal dans un refuge, voire de le faire euthanasier si personne ne peut le prendre en charge. Afin de remédier à ce cruel problème, l’association TERPTA2 (Tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé, en référence à une citation du Petit Prince de Saint-Exupéry) a développé un projet empreint d’humanité. Dans le but d’intégrer l’animal de compagnie au mode ou au changement de vie de leur propriétaire, elle propose aux Ehpa(d) « une solution clé en main ne générant pas de charges supplémentaires en matière de personnel ni de logistiques ».

Des aménagements dédiés

TERPTA souhaite aménager, dans une partie des espaces extérieurs que les établissements mettront à sa disposition, des chalets de jardin entièrement équipés (électricité, chauffage, etc.) et un enclos pour recevoir les animaux de compagnie des résidents. Un bungalow de 36 m2 sera destiné aux rencontres entre les animaux et leurs maîtres, auxquelles pourront se joindre les autres pensionnaires. Dans le cas où l’Ehpa(d) n’autorise pas les animaux à vivre dans la chambre des résidents, cinq chalets de 4 à 5 m2 pourront être ajoutés pour les héberger (jusqu’à deux chiens par chalet). Dans la journée, ils évolueront dans l’enclos et le bungalow principal, afin de se dégourdir les pattes et de rencontrer d’autres congénères. à l’heure actuelle, TERPTA propose de mettre en place des structures pouvant accueillir neuf animaux par Ehpa(d).

Les rencontres seront supervisées par des accompagnateurs (bénévoles, retraités, travailleurs sociaux, etc.) et l’animal recevra des soins quotidiens, prodigués 7 J/7 par des assistants vétérinaires bénévoles ou stagiaires. Un vétérinaire effectuera des visites à chaque introduction d’un nouveau petit pensionnaire et des contrôles réguliers pour vérifier qu’il s’adapte bien à son nouvel environnement. Le rythme des visites sera laissé à l’appréciation du praticien. Le Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL) encadre ce projet et TERPTA espère bientôt recevoir le soutien des écoles nationales vétérinaires.

L’association lance actuellement un appel aux partenaires, sponsors et mécènes pour soutenir cette initiative, qui contribue à un véritable changement sociétal. La première convention devrait être signée ces prochains mois avec un Ehpad de la région parisienne.

1 bit.ly/2CQQBre.

2 bit.ly/2SsxbjL.

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