Broutards en engraissement : un nouveau traitement alternatif ? - La Semaine Vétérinaire n° 1796 du 03/02/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1796 du 03/02/2019

CONFÉRENCE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE  

Les bronchopneumonies infectieuses (BPI), maladies multifactorielles (Mannheimia haemolytica, Pasteurella multocida, Histophilus somni, Mycoplasma bovis,virus respiratoire syncytial bovin [VRSB], virus parainfluenza de type 3 [PI3], etc.), sont à l’origine de 75 à 80 % des problèmes sanitaires observés dans les semaines qui suivent l’introduction des jeunes bovins (JB) en atelier d’engraissement1. Les éleveurs ont alors généralement recours à un traitement antibiotique à titre curatif sur les animaux malades ou en métaphylaxie sur l’ensemble d’un lot. Or, des études2 ont montré que la conduite d’élevage, notamment le stress de la période d’engraissement (mélange d’animaux non familiers), augmente le risque de survenue de BPI par action sur le système immunitaire des jeunes bovins3. De nouvelles pistes pour réduire le stress ont, par conséquent, été étudiées et il s’avère que la phéromone d’apaisement, produite par la mère directement après la mise bas, a montré son intérêt pour réduire le stress dans d’autres espèces animales4.

Les phéromones : efficaces sur le stress des bovins ?

C’est pourquoi, dans un objectif de réduction de l’usage d’antibiotiques en élevage, une nouvelle étude5 a tenté d’évaluer l’efficacité du traitement avec la phéromone d’apaisement pour lutter contre l’apparition de BPI chez les JB dans les quatre premières semaines d’engraissement.

Pour cela, 265 broutards charolais non vaccinés contre les maladies respiratoires ont reçu, dans le lot “phéromone” (P), 5 ml d’une solution liquide contenant une phéromone d’apaisement et, dans le lot témoin (T), un placebo. Leurs activités et leurs comportements ont été observés à J0 (entrée en engraissement), à J8 et à J30. De même des examens cliniques à distance ont été réalisés à J8 et J30 et les performances de croissance (GMQ global), ainsi que la conformation des carcasses ont été analysées.

Des symptômes moins marqués

L’analyse statistique des résultats obtenus dans les deux lots n’a pas permis de mettre en évidence de différences entre les activités, le comportement et les performances de croissance ou la conformation des carcasses des JB. Seuls les déplacements des animaux du lot P sont supérieurs à ceux du lot T, 30 jours après leur entrée en engraissement. De plus, à ce stade, le nombre de JB présentant une combinaison de signes cliniques (jetage et/ou écoulement oculaire et/ou toux) en lien avec les troubles respiratoires était significativement inférieur de 10 % dans le lot P par rapport au lot T.

L’impact de la phéromone d’apaisement n’est donc pas de nature à modifier les activités des JB (hors déplacement) dans cette étude, ce qui est en contradiction avec l’hypothèse de départ selon laquelle les animaux du lot T, censés être plus stressés, se déplaceraient plus, présenteraient davantage d’interactions agonistiques et de stéréotypies que les animaux du lot P. Selon les auteurs, cela peut s’expliquer par le fait que les animaux du lot T, soumis à un stress chronique davantage impactant que les animaux du lot P, présenteraient un désintérêt total pour leur environnement et apparaîtraient donc calmes6. En revanche, l’effet positif de la phéromone à J30 avec la réduction des signes cliniques est en accord avec les diverses études qui montrent que l’application d’un stress à un animal augmente sa sensibilité à l’infection par un pathogène de type viral ou bactérien7. L’hormone d’apaisement permettrait donc de mieux maîtriser les phases de stress pour réduire l’incidence des troubles respiratoires en engraissement.

Des résultats à compléter

Les derniers travaux sur ce sujet, combinant l’application de la phéromone d’apaisement avec de nouvelles modalités de conduite des animaux, devront être étudiés. Ainsi, l’application de la phéromone pourrait se faire lors d’une phase de “préparation”des JB en bâtiment chez le naisseur, afin de les habituer à la conduite d’élevage en bâtiment, au mélange avec des congénères non familiers et à l’entrée en atelier d’engraissement.

1 Assie, 2009.

2 Timsit et coll., 2011.

3 Sporer et coll., 2008 ; Blecha et coll., 1984 ; Hickey et acoll., 2003.

4 Taylor et Mills, 2007 ; Gandia Estellés et coll., 2006 ; Gaultier et coll., 2003.

5 Guiadeur M., Mounaix B., Brun Lafleur L., Michel L., Boullier J., Assié S., 2018.

6 Relic et coll., 2012.

7 Aich et coll., 2007.

Sébastien Assié Oniris. Article rédigé d’après une présentation faite lors des journées 3R à Paris, les 5 et 6 décembre 2018.

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