Carences en oligoéléments : un nouvel outil de diagnostic - La Semaine Vétérinaire n° 1795 du 27/01/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1795 du 27/01/2019

NUMÉRIQUE

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE 

Alors que Tiphaine Ragueneau vient de finaliser son travail de thèse visant à faire un état des lieux des principales carences en oligoéléments retrouvées dans les élevages de bovins français, le laboratoire Vétalis a présenté, le 28 janvier, la nouvelle plateforme digitale d’information, qu’il a créée avec notre consœur, pour présenter les résultats.

C’est le plus gros observatoire sur les oligoéléments connu au niveau mondial », selon la vétérinaire Tiphaine Ragueneau, qui a collecté les données issues de 12 000 prélèvements effectués sur des bovins (2 600 élevages) entre 2007 et 2017 et a ainsi actualisé les dernières cartographies des profils plasmatiques en oligoéléments des bovins réalisées en 20131. En effet, les ressources existantes nécessitaient d’être étoffées et mises à jour, car les carences en oligoéléments sont encore présentes dans de nombreuses régions, alors qu’elle peuvent être facilement traitées.

Des carences souvent sous-estimées

Selon Nora Cesbron, vétérinaire au laboratoire de l’environnement et de l’alimentation de la Vendée (LEAV 85), qui a procédé aux analyses des échantillons de cette étude, une carence en oligoélément conduit irrémédiablement à des troubles plus ou moins marqués chez les animaux (signes cliniques ou métaboliques au niveau individuel et signes indirects de baisses de performance à l’échelle du troupeau). Or, comme des phénomènes d’inhibition, de compétition ou de synergie existent entre les différents oligoéléments, il est intéressant de réaliser des profils complets, mais aussi de connaître le contexte dans lequel se trouve l’animal : nutrition, système d’élevage et présence éventuelle d’affection ou d’une période à risque. Ce bilan permet d’avoir une idée globale de la situation de chaque élevage et d’envisager ensuite des traitements curatifs ou préventifs.

Des demandes d’analyse en augmentation

Dans le cadre de son travail, Tiphaine Ragueneau a analysé (bilan d’élevage et analyse individuelle en oligoéléments) davantage d’échantillons provenant d’élevages allaitants qu’en 2013 (+ 7 %). De plus, ce sont principalement des dosages préventifs qui ont été réalisés lors de troubles de reproduction et de maladies néonatales dans l’élevage. Les éleveurs seraient, par conséquent, selon elle, peut être davantage conscients de l’importance de la complémentation et de la prévention en oligoéléments de leurs animaux.

En 2017, des bovins allaitants toujours plus carencés

Par ailleurs, il semblerait que, suivant les régions étudiées (« régions agricoles »), les principales carences retrouvées chez les bovins sont des carences en cuivre (Est, Limousin et Poitou-Charente), zinc (Centre, Auvergne et Bourgogne), en iode et en sélénium (Auvergne, Midi-Pyrénées Bretagne et Pays de la Loire). En effet, environ 60 % des bovins allaitants (va) présentent des carences en cuivre, en iode et en sélénium, avec pour 20 à 30 % d’entres eux des carences fortes, tandis que 40 % des bovins laitiers (vl) sont carencés modérément en cuivre et seulement 20 % en iode et en sélénium. En ce qui concerne le zinc, ce sont 47 % des va qui sont modérément carencées. Globalement, les insuffisances sont plus fréquentes et marquées chez les va que chez les vl, surtout pour l’iode et le sélénium. De même, 20 % des va sont fortement carencées en cuivre contre seulement 2 % des vl. En revanche, aucune prédisposition raciale n’a pu être mise en évidence. Enfin, lors de maladies néonatales, des carences en un ou plusieurs oligoéléments associés, à l’exception du molybdène, sont souvent présentes.

Un nouvel outil digital

Face à ces carences persistantes, Nora Cesbron a indiqué « qu’il reste un gros travail de sensibilisation à faire auprès des éleveurs, car beaucoup d’animaux restent encore peu, pas ou mal complémentés ». C’est pourquoi, afin « d’aider les vétérinaires à mettre en place un plan d’action cohérent pour l’éleveur tenant compte des conditions globales de l’élevage », le laboratoire Vétalis vient de créer une nouvelle plateforme digitale d’information gratuite sur laquelle les données statistiques collectées par l’observatoire des oligoéléments ont été répertoriées (cartes interactives des principales carences en oligoéléments). Par ailleurs, le site permet de répondre aux questions des éleveurs sur les liens entre les maladies présentes au sein de leurs élevages et la présence d’une éventuelle carence en oligoéléments. De plus, des vidéos didactiques (rôle des oligoéléments et période de la mise à l’herbe) à destination des éleveurs sont aussi disponibles pour les inciter à complémenter leurs animaux.

1 D. Trumeau, 2013 (6 620 prélevements).

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr