Quelles alternatives aux antibiotiques ? - La Semaine Vétérinaire n° 1792 du 06/01/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1792 du 06/01/2019

PLAN ÉCOANTIBIO

PRATIQUE CANINE

L'ACTU

Auteur(s) : GWENAËL OUTTERS  

Les solutions alternatives aux antibiotiques se heurtent à un manque de données in vivo et d’informations permettant l’obtention d’une AMM. Des recherches sont donc encore nécessaires.

L’antibiorésistance est un enjeu majeur et mondial de santé publique, avec une augmentation continue de la résistance bactérienne en parallèle d’un faible développement de nouveaux antibiotiques. Cela implique la nécessité d’un usage prudent, responsable et raisonné des antibiotiques et la recherche de solutions alternatives. Cette problématique fait ainsi l’objet, depuis plusieurs années, d’un module dédié au congrès de l’Afvac.

« Les mesures zootechniques restent la principale alternative aux antibiotiques », rappelle Damien Bouchard, expert en évaluation des médicaments chimiques à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Elles sont déjà associées aux vaccins, à la phytothérapie, aux peptides ou aux immunomodulateurs. Quant aux nouvelles thérapies, « elles vont amener de nouveaux problèmes, la réglementation n’étant pas adaptée », souligne l’expert. L’obtention d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) est en effet soumise à des questions de qualité pharmaceutique, d’innocuité, d’efficacité et de pertinence en tant qu’alternative.

Les bactériophages : encore beaucoup de questions

Les bactériophages sont des virus capables d’entraîner la destruction de bactéries ou de les sensibiliser à un antibiotique. En médecine vétérinaire, les publications sur le sujet sont nombreuses ; la majorité d’entre elles portent sur les animaux producteurs de denrées. Des résistances, acquises ou naturelles, des bactéries aux bactériophages sont décrites. La recherche fondamentale est nécessaire pour apporter du crédit scientifique aux données disponibles : maîtrise génomique du phage, évaluation de l’innocuité pour l’animal (chocs anaphylactiques décrits), l’utilisateur, le consommateur et l’environnement, étude de la résistance, identification des bactériophages spécifiques d’une bactérie, connaissance des protocoles d’administration.

Les probiotiques : effets positifs, mais risque de transmission de résistance

L’Organisation monsiale de la santé (OMS) définit les probiotiques comme des micro-organismes vivants, qui, lorsqu’ils sont administrés en quantité adéquate, exercent une action bénéfique sur la santé de l’hôte. Ils agissent sur l’équilibre des microbiomes de l’organisme (compétition avec la flore pathogène, stimulation des défenses de l’hôte et autres mécanismes). Ils sont actuellement reconnus en médecine vétérinaire comme des additifs alimentaires (quatre médicaments en médecine humaine) et exercent un effet positif sur la santé (allégation santé et non thérapeutique). Leurs effets sont essentiellement étudiés sur la filière d’animaux producteurs de denrées (amélioration de la croissance, de la fermentation et de l’absorption intestinale, réduction de la colonisation par des flores pathogènes aux niveaux gastro-intestinal, urogénital ou mammaire, limitation des diarrhées, etc.). Les études naissantes chez les chats et les chiens montrent les mêmes impacts sur la santé. Ils sont susceptibles de transmettre des résistances aux antibiotiques.

Les peptides antimicrobiens : des indications limitées à l’usage topique

Ces peptides sont synthétisés naturellement pour agir comme défense contre les maladies provoquées par divers micro-organismes. Il existe une résistance naturelle et acquise. Des produits d’hygiène auriculaire à base de peptides antimicrobiens existent en médecine vétérinaire (sans allégation thérapeutique). Ces peptides ont une très courte demi-vie in vivo, ce qui explique des investigations en faveur d’un usage topique plutôt que systémique. Ils sont plutôt indiqués pour des lésions superficielles, car franchissent peu la barrière cutanée. Ils présentent une cytotoxicité qu’il est nécessaire d’investiguer. Leur coût de production est élevé.

Les huiles essentielles : l’obtention d’AMM, frein à leur développement

In vitro, les huiles essentielles ont démontré des propriétés antimicrobiennes, anti-inflammatoires et antioxydantes. Leur développement en médecine vétérinaire se heurte à la difficulté d’obtention d’AMM en raison de la complexité de leur composition (de 100 à 150 molécules), de leur variation en fonction de facteurs intrinsèques et extrinsèques des matières premières et du manque de connaissance sur leur innocuité, leur protocole d’emploi (voie, dose, durée, etc.) et leur effet clinique, explique Damien Bouchard. Ainsi, ces molécules ne pouvant être brevetées, les financements de projets sont restreints. Actuellement, seul Cothivet® possède une AMM.

Les médecines alternatives : une aide à ne pas exclure

Les médecines alternatives utilisent des substances contenant souvent plusieurs molécules dans un abord global du malade et de la maladie et intégrant une notion de terrain. Ces médecines (phytothérapie, homéopathie, acupuncture, etc.) peuvent être une alternative et/ou une aide à la limitation de l’utilisation des antibiotiques, souligne Richard Blostin, président du groupe d’études en biothérapie de l’Afvac.

IMPORTANCE DE L’ORIGINE D’UNE HUILE ESSENTIELLE

LES HUILES ESSENTIELLES SONT-ELLES EFFICACES ET INOFFENSIVES ?

Les huiles essentielles visent à assurer un complément de soin préventif ou curatif, tant au niveau de la destruction des foyers infectieux pathogènes que de la gestion des symptômes associés. Beaucoup d’études in vitro, mais peu d’études in vivo ont prouvé l’efficacité des huiles essentielles sur les agents infectieux, souligne Isabelle Lussot-Kervern, praticienne en exercice exclusif en phyto-aromathérapie, ostéopathie et acupuncture. Elles contiennent des aldéhydes aromatiques (cannelle écorce, cannelle de Chine), des phénols (thym à thymol, origan compact, sarriette des montagnes, clou de girofle), des alcools terpéniques (bois de hô, palmarosa, géranium rosat, tea tree) et des oxydes terpéniques (eucalyptus radié, ravintsara, niaouli, romarin à cinéole). Les études montrent qu’elles possèdent des effets synergiques entre elles (par exemple, la cannelle et le clou de girofle) et avec les antibiotiques, ainsi qu’une efficacité sur les biofilms. Les études émergentes sur ce sujet dans le monde vétérinaire doivent être confortés par des données in vivo à grande échelle. Pour l’instant, les études montrent qu’il n’existe pas de résistance aux huiles essentielles, même si les concentrations minimales inhibitrices augmentent au fur et à mesure des passages. « Il n’est pas interdit de penser qu’une utilisation erratique (puisqu’en vente libre) pourrait déclencher des résistances bactériennes », prévient Isabelle Lussot-Kervern. Par ailleurs, les huiles essentielles contiennent des molécules actives qui peuvent se révéler dermotoxiques (phénols et aldéhydes), hépatotoxiques (phénols), neurotoxiques (cétones) ou néphrotoxiques (monoterpènes). Le chat est particulièrement sensible aux phénols et, dans une moindre mesure, aux cétones et aux aldéhydes.

Retrouvez les références bibliographiques de cet article sur bit.ly/2DbkbWM.
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