Quelle place pour les femmes en pratique rurale actuellement ? - La Semaine Vétérinaire n° 1789 du 07/12/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1789 du 07/12/2018

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Auteur(s) : LORENZA RICHARD 

LA PROFESSION DOIT S’ADAPTER À SA FÉMINISATION

Le souci actuel est que 80 % des vétérinaires qui sortent des écoles sont des femmes, alors que notre métier n’a pas évolué et ses dirigeants, en majorité des hommes, non plus. Beaucoup de jeunes consœurs souhaitent travailler en rurale. La force physique n’est pas un frein. En revanche, celles qui commencent leur carrière en pratique rurale arrêtent dès qu’elles ont des enfants. Il faut une force de caractère hors normes pour exercer en ayant peur de recevoir un coup jusqu’à la fin de la grossesse et en ne pouvant prendre qu’un congé maternité réduit. Des exceptions confirment la règle. Cependant, les femmes associées perdent de l’argent à chaque grossesse, si elles doivent embaucher un remplaçant pour assurer notamment l’obstétrique, et ce choix peut être difficile à assumer pour les consœurs. Le paysage vétérinaire français se féminise, mais le taux de femmes associées est faible, car elles sont orientées malgré elles vers une pratique canine, moins risquée lors de la grossesse, et salariée. Il serait bien qu’un équilibre soit rétabli à la sélection d’entrée dans les écoles. En attendant, pour que les femmes trouvent leur place en pratique rurale libérale, il est nécessaire que la profession s’adapte.

EDWIGE BORNOT

RÉFLÉCHIR ENSEMBLE AU MAILLAGE TERRITORIAL

Des consœurs avaient ouvert le chemin en pratique rurale, j’ai fait mes premières armes avec elle. J’ai été très bien accueillie par les éleveurs. Les femmes ont une approche différente de l’accompagnement des éleveurs et du management de l’équipe vétérinaire : aborder l’humain permet de mieux collaborer main dans la main. Les femmes n’ont plus vraiment besoin de se faire une place en milieu rural, elles y sont bien présentes, et en élevage aussi. Le problème est de perdurer dans la profession (homme ou femme), avec les contraintes qu’elle impose (gardes, horaires, etc.) lorsque l’on devient maman, par exemple, ou en cas d’accident. Beaucoup de jeunes vétérinaires abandonnent la pratique rurale après quelques années, à contrecœur, car l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle est menacé. La profession doit évoluer dans le sens de notre société, qui aspire à plus de respect pour le bien-être animal, des pratiques plus écoresponsables, et en remettant l’humain au centre des démarches. Il faudra donner sa place à chacun en respectant au mieux ses contraintes et ses envies, afin d’améliorer les conditions de travail et de pérenniser le maillage vétérinaire de nos territoires.

KARINE DURREY

UNE ACTIVITÉ RURALE 100 % FÉMININE, C’EST POSSIBLE !

J’ai repris une structure mixte avec une consœur en 2015. Nous sommes désormais quatre vétérinaires et trois auxiliaires, pour une activité 100 % féminine. Seules des femmes ont répondu à notre annonce, et les structures autour de nous se féminisent aussi. Les éleveurs n’ont donc pas le choix, mais cela ne leur pose aucun problème. J’ai la chance d’avoir été toujours bien accueillie par les vétérinaires et les éleveurs. Certains éleveurs ont eu des préjugés concernant le petit gabarit de mes consœurs, estimant le mien “plus adapté à la pratique rurale”, mais l’essentiel est que le travail soit fait, et ils se sont habitués à nos techniques différentes. Ils sont même un peu plus prévenants avec les femmes : ils tiennent spontanément les vaches “pétillantes”, par exemple. Le seul point négatif est qu’ils ont parfois du mal avec les débutants, mais quel que soit leur sexe. De plus, nos clients nous trouvent plus sensibles à la douleur animale que nos confrères hommes et les éleveurs (surtout les éleveuses) apprécient que nous fassions des antidouleurs après une mise bas difficile, par exemple. Nous manifestons aussi beaucoup d’empathie et faisons passer nos messages avec humour plutôt qu’en force, ce qui entretient une bonne ambiance.

JULIE VALLOIRE-LUCOT
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