Vers des élevages plus autonomes ? - La Semaine Vétérinaire n° 1779 du 28/09/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1779 du 28/09/2018

ÉTUDE

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE 

Les résultats d’une étude consacrée aux élevages ayant des systèmes de production économes et autonomes en intrants, menée à la demande du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation par AgroParisTech, l’Institut de l’élevage et le Réseau agriculture durable, viennent d’être publiés.

Alors que, jusqu’au milieu du xxe siècle, la plupart des systèmes de production associaient élevage et culture en optimisant les complémentarités agronomiques entre les espèces végétales, le temps passant, la majorité des exploitations d’élevage se sont fortement spécialisées avec un fort recours aux intrants. Les élevages actuels sont donc de moins en moins autonomes. Or on constate une certaine volatilité des prix des intrants depuis une décennie, ce qui tend à fragiliser la productivité économique du travail et par conséquent le revenu agricole. C’est pourquoi une étude s’intéressant au retour à des modes de production d’élevage de ruminants plus économes en intrants a été commandée par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation à différents acteurs de l’élevage (AgroParisTech, l’Institut de l’élevage et le Réseau agriculture durable). Cette dernière a été menée depuis 2006 dans des élevages français “autonomes” en fourrages et en protéines alimentaires et “économes” par la réduction de leurs coûts de consommations intermédiaires et de capital fixe. Les travaux se sont surtout concentrés sur les exploitations laitières situées dans des zones de plaines où les enjeux environnementaux et économiques sont majeurs.

Une grande variabilité entre les types d’exploitations

Les résultats de l’étude ont montré qu’il existait une grande variabilité entre les exploitations françaises en matière d’autonomie. En effet, tandis que les exploitations les plus économes et autonomes en intrants ont consacré en moyenne 13 % du produit de la vente de lait aux achats d’aliments, celles les moins autonomes y ont consacré jusqu’à 35 %. Ce phénomène s’explique car ces exploitations moins autonomes font beaucoup appel à l’achat d’intrants tels que le maïs ensilage (43 % de la surface fourragère principale, en moyenne). Les systèmes herbagers “économes et autonomes” présents dans les régions de plaine reposent sur un fort allongement de la durée d’alimentation du troupeau au pâturage, en limitant le plus possible les apports de fourrages conservés. Dans les exploitations où les conditions pédoclimatiques sont favorables au développement de l’herbe et au pâturage, ce sont des prairies temporaires de longue durée associant graminées et légumineuses (ray-grass anglais et trèfle blanc) qui sont exploitées sans apport d’engrais azoté de synthèse. Tandis que, dans les zones où les conditions pédoclimatiques sont moins favorables, la composition des prairies doit être adaptée à leur utilisation ainsi qu’aux caractéristiques des sols et au climat. Ces systèmes de production requièrent donc de la technicité et de bonnes connaissances des agro-écosystèmes.

Une résilience économique et des performances sociales et écologiques élevées

D’un point de vue économique, la productivité est moindre (production de lait par vache et par hectare) dans les élevages plus économes, et ce sur des surfaces plus importantes. Cependant, ces élevages “non conventionnels”, ont une autonomie en concentrés de 70 à 100 %, qui leur permet, notamment grâce à une présence réduite des animaux en bâtiment et à une modération des niveaux de production, de réduire leurs coûts en frais vétérinaires. Ces systèmes permettent aussi une meilleure préservation de l’environnement (protection des paysages, de la biodiversité et meilleur bilan carbone). Ces modèles d’exploitation sont donc plus créateurs de valeur ajoutée car ils conjuguent résilience économique et performances sociales et écologiques élevées.

Des pistes d’évolution

Face à ces bons résultats, les auteurs de l’étude ont cherché les pistes permettant de s’orienter vers ce type d’exploitation. La priorité devrait être donnée à des indicateurs d’évaluation des performances d’élevage qui mesurent la productivité par actif et par hectare intégrant les impacts environnementaux (logiciel Dia’terre® de l’Ademe). Les groupes d’échanges entre agriculteurs, permettant de capitaliser les savoir-faire propres à chaque territoire ainsi que la formation devraient aussi être encouragée. L’idée d’une fiscalité écologique européenne favorisant la sobriété a enfin été évoquée.

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