La fièvre de la rentrée - La Semaine Vétérinaire n° 1776 du 07/09/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1776 du 07/09/2018

ÉCOLES VÉTÉRINAIRES

ACTU

Auteur(s) : TANIT HALFON 

Évolutions des stages, enseignements personnalisés, nouveaux outils d’apprentissage…Dans les écoles vétérinaires, la rentrée étudiante est associée à un bouillonnement d’idées pour faire évoluer la pédagogie. Cette année, elle est notamment marquée par la mise en œuvre du nouveau référentiel de l’enseignement vétérinaire et la hausse du numerus clausus .

Le lundi 27 août, vêtus de toges, la directrice, Emmanuelle Soubeyran, et plusieurs enseignants-chercheurs de VetAgro Sup ont accueilli les nouveaux étudiants au sein de l’amphithéâtre d’honneur. Si VetAgro Sup est la seule école vétérinaire française à se “draper” de cet habit solennel, toutes organisent chaque année une journée spécialement dédiée à l’accueil des élèves de 1re année1. Ponctué notamment du discours des chef(fes) d’établissement, de démarches administratives et d’une visite des lieux, le premier jour d’école peut sembler intense pour les nouveaux. En réalité, l’effort se trouve du côté des “anciens”. Avec le travail préparatoire de plusieurs mois pour accueillir une nouvelle promotion, incluant, en 2018, des réflexions sur l’application du nouveau référentiel de l’enseignement vétérinaire2 et la bonne gestion de la hausse du numerus clausus, la mobilisation du personnel des écoles est particulièrement marquée. En résultent des évolutions pédagogiques dont profiteront les nouvelles promotions. Petit tour d’horizon de ce qui se cache derrière cette rentrée.

1 Chaque promotion dispose d’un accueil spécifique. Pour exemple, à Oniris, les élèves de 5e année sont pris en charge par les équipes pédagogiques de leur année d’approfondissement.

2 bit.ly/2EDIuho.

LA RENTRÉE, SYNONYME DE NOUVEAUTÉS

L’évolution constante et nécessaire de l’enseignement vétérinaire amène son lot de nouveautés à chaque nouvelle rentrée étudiante. À VetAgro Sup, les étudiants commenceront une sensibilisation aux cliniques par une semaine de rotation dès leur 2e année1. Ils auront aussi accès à une toute nouvelle salle de simulation pour l'apprentissage des gestes techniques. Côté scolarité, l’outil informatique évolue avec la finalisation d’une plateforme pédagogique, utilisée notamment pour le partage des cours. Un exercice de “speed dating” pour le recrutement est également organisé pour les élèves de 4e et 5e années, avec la participation de vétérinaires extérieurs, potentiels recruteurs. À Toulouse, les changements sont également nombreux. L’école se dote d’un nouveau logo, dont le lancement est prévu le 13 septembre, en présence du président et des joueurs du Stade toulousain2. L’école propose aussi à ses premières années un nouveau module : Éthique, éthologie et bien-être animal.
« Son objectif est d’aiguiser l’esprit critique des étudiants, afin qu’ils abordent de manière sereine et professionnelle les dilemmes éthiques auxquels ils seront confrontés en clientèle, explique Annabelle Meynadier, enseignante en charge du module et référente éthique de l’école.
Je parle, par exemple, de l’euthanasie de convenance ou de la maltraitance en élevage face à un éleveur en détresse psychologique. » D’ici la fin de l’année, l’école aura sa première salle de simulation. Depuis le mois de juin, elle dispose de nouveaux locaux pour les urgences canines et ouvrira, en novembre, le service des urgences équines. « Ces remaniements ont été l’occasion d’organiser pour la première fois, fin août, un séminaire de rentrée à destination de l’ensemble des formateurs de l’école, pour leur présenter la nouvelle organisation de la Direction de l’enseignement et de la vie étudiante et les missions des différents protagonistes, précise Isabelle Chmitelin, directrice de l’ENVT. Cette présentation a été suivie d’une conférence-débat, animée par Pierre Mathevet, sur les nouvelles générations d’étudiants et de vétérinaires. » À l’ENVA, le principal changement est structurel, l’école étant engagée dans des travaux de réhabilitation et de préservation de son patrimoine immobilier. Son directeur, Christophe Degueurce, s’enthousiasme pour ces réalisations en cours : « La nouvelle promotion va vivre la transformation complète de l’école ! »

1 Auparavant, la clinique débutait en 3e année.
2 L’école a été à l’origine de la création de l’équipe de rugby de la ville de Toulouse.

LES STAGES, LE NERF DE LA GUERRE

Avec le nouveau référentiel de l’enseignement vétérinaire, le stage se hisse au plus près de l’enseignement clinique des hôpitaux, précisant que« chaque situation peut avoir été vue dans les rotations cliniques ou lors des stages (…) ». Dans ce contexte, les écoles réfléchissent à la façon de prendre davantage en compte les stages comme outil pour acquérir de nouvelles compétences. « L’idée serait d’accorder une meilleure place aux stages dans notre calendrier et de définir les moyens à mettre en place pour qu’un professionnel encadre et évalue le stagiaire qu’il accueille, explique Catherine Magras, enseignante à Oniris et directrice de formation. En octobre, nous allons donc relancer notre conseil de perfectionnement sur cette thématique. » Le stage réussi se révèle aussi un levier pour attirer les jeunes en clientèle. « Cette année, nous généralisons la charte Envie de clientèle à tous nos stages réalisés en clinique ou cabinet vétérinaire », souligne Isabelle Chmitelin, directrice de l’ENVT. La charte, proposée par le groupe de travail du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL), repose sur l’idée qu’un stage raté, c’est un étudiant perdu. Et pour éviter cette situation, elle prône le compagnonnage. « Signée par l’étudiant et le praticien, elle rappelle au maître de stage comment accueillir le stagiaire et lui faire découvrir les différentes facettes de son métier », précise la directrice. Ce dernier pourra se voir ainsi proposer différentes missions, des exemples étant listés dans la charte1. « Toutes les écoles sont pleinement engagées avec la profession sur la question du stage, complète Christophe Degueurce, directeur de l’ENVA, dont les conventions de stages sont aussi accompagnées par la charte. Mais cela ne sera pas neutre pour la profession, car les maîtres de stage devront devenir des acteurs engagés de la formation, ceci afin de coller aux normes européennes en matière d’enseignement vétérinaire. »


1 Rédiger une fiche sur la ration alimentaire d’un chien sain, réaliser une fiche résumant les protocoles d’anesthésie, rédiger le business plan d’un nouveau service, etc.

UNE RÉFORME PÉDAGOGIQUE EN CONSTRUCTION

Pour coller au nouveau référentiel d’enseignement vétérinaire, les quatre écoles passent au crible, depuis plusieurs mois, leurs programmes, afin d’y détecter d’éventuels manques ou changements à y apporter. Certaines sont plus en avance que d’autres. « À Alfort, nous avions déjà entrepris une réforme pédagogique de fond en septembre 2014, qui s’est achevée cet été, explique Christophe Degueurce, directeur de l’ENVA. Nous avons favorisé la transversalité en rassemblant les disciplines traditionnelles au sein d’unités de compétence au nombre réduit. Les cours magistraux ont été restreints au profit de séances en plus petits groupes, suivant la méthode de la classe inversée. La mise en œuvre du référentiel a été ainsi fortement préfigurée et les adaptations seront marginales1. » À l’ENVT, la directrice, Isabelle Chmitelin, explique que cette méthode sera notamment mise en œuvre pour l’enseignement d’anatomie. À VetAgro Sup, la poursuite de la personnalisation de la formation2, notamment avec la création en 2013 du Collège des hautes études Lyon Science(s)3 apparaît comme un tremplin pour développer le savoir-être des étudiants, voulu par le référentiel4. Ce dernier repose sur une approche par compétences, telle que souhaitée par l’Association européenne des établissements d’enseignement vétérinaire (AEEEV)5. Ce qui nécessite la mise en œuvre de nouvelles modalités d’évaluation. Ainsi, les quatre écoles travaillent-elles sur un projet commun de carnet numérique qui suivrait l’étudiant tout au long de son cursus, et faciliterait l’évaluation de l’acquisition progressive des compétences attendues.


1 La classe inversée est une approche pédagogique basée sur une préparation du cours par l’élève avant d’échanger en classe avec l’enseignant.
2 Sur les crédits à valider pour l’obtention du diplôme, un certain nombre correspond à des enseignements personnalisés pour lesquels l’étudiant est libre de suivre des enseignements transversaux, à l’extérieur de l’école ou élaborés en interne par le corps enseignant.
3 Chel(s). Voir La Semaine Vétérinaire n° 1768 du 15/6/2018, page 18.
4 bit.ly/2EDIuho.
5 La dernière version des procédures d’accréditation des établissements vétérinaire liste les 36 compétences que doit maîtriser un vétérinaire au premier jour de sa diplomation.

LE DÉFI DE LA HAUSSE DU NUMERUS CLAUSUS

Avec 611 places offertes au concours cette année, les écoles vétérinaires ont vu leur effectif augmenter. Une volonté du ministère, obligeant les écoles à accueillir près de 500 étudiants supplémentaires d’ici 2024. Quand Alfort et Nantes ont décidé d’y aller progressivement1, Toulouse et Lyon ont choisi d’intégrer directement une promotion de 160 élèves pour cette rentrée 2018. Ce qui nécessite quelques ajustements. « Pour accueillir des promotions plus importantes et pour un enseignement plus numérique, des travaux de réaménagement et d’équipement numériques des salles de travaux pratiques et dirigés ont été réalisés cet été », précise Emmanuelle Soubeyran, directrice de VetAgro Sup. À Toulouse, Isabelle Chmitelin, directrice de l’ENVT, précise que « face à la hausse des effectifs, nous devons reconsidérer notre organisation et nos méthodes d'enseignement dans un contexte de moyens contraints. » Cependant, les chef(fes) d’établissement ne s’alarment pas. À Alfort, le directeur, Christophe Degueurce, explique : « On ne ressent pas vraiment de difficultés cette année. L’enjeu sera l’accueil de la promotion des 160, mais nous avons choisi d’accroître le nombre d’étudiants progressivement. » À Lyon, la directrice Emmanuelle Soubeyran ne s’étend pas trop sur la question : « La promotion des 160 étudiants nécessite que nous nous adaptions. On peut imaginer des conséquences en matière de moyens. » À Oniris, Catherine Magras, enseignante à Oniris et directrice de formation, indique tout de même que « la question sécuritaire relative aux capacités d’accueil des salles n’a pas encore été résolue ». La hausse des effectifs n’est pas le seul point évoqué parmi les difficultés de la rentrée. « Comment mieux accueillir les étudiants Erasmus et, au contraire, favoriser la mobilité internationale des nôtres, sont des points auxquels nous devons nous atteler », souligne Catherine Magras. À Toulouse, on fait face à une problématique de recrutement, comme l’explique Isabelle Chmitelin : « Une des principales difficultés à laquelle nous avons à faire face est le manque d'attractivité des postes d'enseignants, en particulier dans les disciplines cliniques, certains postes étant à ce jour encore vacants. »


1 Alfort et Oniris ont accueilli respectivement 148 et 143 étudiants.
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