Consensus pour la prise en charge de la douleur lors de césarienne (partie 2) - La Semaine Vétérinaire n° 1776 du 07/09/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1776 du 07/09/2018

CONFÉRENCE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE 

La césarienne est reconnue dans de nombreux pays comme un événement douloureux tant par les éleveurs que par les vétérinaires, même si le “score de douleur” varie selon les pays. En pratique, cet acte impose à l’animal une douleur viscérale et somatique souvent à l’origine d’une altération de la fécondité. Les bénéfices d’une analgésie ne sont d’ailleurs plus à démontrer tant du point de vue de la vache que du veau. Une étude récente a ainsi confirmé que, si lors d’une césarienne la douleur est prise en charge par l’administration de méoxicam (anti-inflammatoires non stéroïdiens ou AINS), un meilleur transfert d’immunité colostrale est observé chez le veau (la vache se laisse mieux téter). Pourtant, sur le terrain, l’une des principales difficultés rencontrées dans la prise en charge de cette douleur, outre le choix du protocole analgésique, est la réalisation d’une grille multiparamétrique pour l’évaluer.

Une analgésie multimodale

Par conséquent, une grille de scoring de la douleur ressentie par la vache lors de césariennes a été proposée1. Et concernant sa prise en charge, une approche multimodale (anesthésie locale, voire locorégionale [paravertébrale] associée à une administration d’AINS) a été évoquée. Cette dernière peut être complétée par d’autres méthodes pour obtenir une analgésie et une sédation optimales, telle que l’injection par voie épidurale d’α2-agonistes2. Enfin, l’effet analgésique d’autres molécules comme les opioïdes (dilué dans du sérum physiologique) ou encore la kétamine administrées par voie épidurale a également été étudié.

Les anti-inflammatoires : des effets variables

En période péripartum, l’utilisation d’anti-inflammatoire stéroïdiens ou non stéroïdiens (AIS ou AINS) a donné lieu à quelques essais avec des résultats contrastés. Les effets semblent dépendants des molécules utilisées, ainsi que du délai entre la survenue de l’acte douloureux et le moment de sa prise en charge. Ainsi, la flunixine méglumine, administrée dans les 24 heures suivant une mise bas ou pendant une césarienne est associée à une augmentation de la prévalence des rétentions placentaires. Mais, à l’inverse, l’administration de kétoprofène au moment du vêlage et 24 heures après, conduit à une diminution de la fréquence des rétentions placentaires. Concernant l’administration de carprofène, une augmentation de la prise alimentaire dans les jours suivants le part est constatée, avec des répercussions à long terme sur l’ensemble de la lactation (niveaux de production plus élevés). Enfin, dans une autre étude, on observe que l’injection de méloxicam lors de césarienne s’accompagne d’une diminution des manifestations douloureuses chez les vaches traitées et d’une augmentation de l’activité motrice, bien que l’ingestion de matière sèche et la production laitière n’augmentent pas.

Une consensus difficile à trouver

Il n’existe donc pas de véritable consensus à l’heure actuelle pour la prise en charge de la douleur lors de césarienne même si une approche multimodale, associant anesthésie locale et générale, semble la plus logique. Pour l’anesthésie locorégionale, l’anesthésie paravertébrale doit être privilégiée. Cependant, elle nécessite une bonne contention (cage à césarienne). À défaut, une anesthésie locale traçante sera réalisée.

Concernant l’utilisation des AINS, même si les résultats des études divergent sur certains points, elle semble indispensable. Malgré son coût, elle est très bien acceptée par les éleveurs qui apprécient de voir que leur animal ne réagit pas à la douleur et que la reprise d’appétit est précoce malgré les risques d’augmentation des rétentions placentaires. Si l’on raisonne sur leurs modes d’actions, il est préférable d’administrer avant le début de la césarienne un AINS COX-2 sélectif, avec une longue demi-vie plasmatique. Enfin, l’utilisation des α2-agonistes et du butorphanol sera réservée aux animaux non coopératifs car, même si l’analgésie qu’ils induisent est intéressante, ils favorisent le décubitus de l’animal lors de l’intervention.

1 Thèse de C. Lesort. Les AINS sélectifs devraient avoir moins d’impact à ce niveau-là, même si aucune étude n’est venue jusqu’alors confirmer cette hypothèse.

2 La Semaine Vétérinaire nos 1774 et 1775 du 7/9/2018, page 38.

Guillaume Belbis Maître de conférences en pathologie des animaux de production (ENVA). Vincent Plassard Unité de pathologie des animaux de production (ENVA). Paul Perie Unité de pathologie des animaux de production (ENVA). Article rédigé d’après une présentation faite lors du congrès de la SNGTV à Nantes (Loire-Atlantique), en mai.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr