Nettoyage et désinfection en apiculture - La Semaine Vétérinaire n° 1775 du 31/08/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1775 du 31/08/2018

ABEILLES

PRATIQUE MIXTE

Formation

On désigne par désinfection, après complet nettoyage, la mise en œuvre de procédures destinées à détruire les agents infectieux ou parasitaires responsables de maladies animales. En apiculture, elle s’applique aux ruches, aux ruchers, mais aussi aux locaux, véhicules et objets divers qui ont pu être, directement ou indirectement, contaminés. Il existe chez l’abeille plusieurs maladies contagieuses dues à différents agents pathogènes bactériens, viraux ou parasitaires. Le fait que l’abeille ne puisse rester confinée longtemps, qu’elle vive sur un territoire large, que les apiculteurs transhument leurs colonies, qu’il existe du pillage et de la dérive, ou encore le fait que les abeilles sauvages soient autant de sources de recontaminations potentielles, favorisent sans doute, plus que pour une autre espèce animale, la transmission de ces agents pathogènes. Or, par habitude, un apiculteur réutilise ses corps de ruche en cas de mortalité ou de disparition d’une colonie, il partage ses outils pour travailler sur plusieurs ruchers ou ruches, et parfois sa miellerie avec d’autres collègues. Le nettoyage et la désinfection sont donc, comme pour d’autres espèces de rente, des sujets à maîtriser.

DÉSINFECTION DES MAINS PAR FRICTION HYDRO-ALCOOLIQUE

Samuel BOUCHER Commission apicole de la SNGTV, Labovet Conseil (Réseau Cristal).

Au rucher, lorsque la désinfection des mains à l’aide d’eau ne peut être réalisée en raison du manque d’eau propre, on peut procéder à un lavage par friction avec un gel hydro-alcoolique, d’une durée de 30 à 60 secondes, jusqu’au séchage complet. En pratique, après avoir retiré montre et bijoux, il faut appliquer la quantité de gel préconisée par le fabricant sur une des mains, puis masser les espaces interdigitaux, la paume, les extrémités des doigts ainsi que les poignets jusqu’à mi-avant-bras. Les mains seront frictionnées après chaque geste sale et avant un geste propre, par exemple avant de manipuler les ruches.

QUE FAIRE EN CAS DE MALADIE CONTAGIEUSE ?

En cas de maladies contagieuses, en particulier de danger sanitaire de première catégorie (DS1), le vétérinaire, en accord avec la direction départementale de la protection des populations qui l’aura mandaté, mettra en œuvre un plan de décontamination du rucher. Comme le souligne le Code sanitaire pour les animaux terrestres 1 de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), ces mesures comprennent, dans tous les cas, d’abord le nettoyage et le décapage du matériel, puis, selon la maladie en cause, l’assainissement ou la désinfection, en tenant compte de la nature du matériel. Les autres recommandations de l’OIE sont les suivantes :
- le matériel infectieux ou contaminé ne pouvant être soumis aux mesures de nettoyage et de désinfection doit être détruit, de préférence par le feu ;
- tout le matériel en mauvais état, notamment les ruches ainsi que les rayons de couvain atteints de varroose, de loque américaine ou de loque européenne, sera obligatoirement détruit par le feu ;
- les produits et moyens utilisés pour l’assainissement et la désinfection doivent être reconnus efficaces par l’Autorité vétérinaire et utilisés de telle sorte qu’il n’en résulte aucun risque de souillure du matériel, susceptible par la suite de porter atteinte à la santé des abeilles ou d’altérer les produits de la ruche ;
- en dehors de ces opérations, les produits seront tenus hors de portée des abeilles et soustraits à tout contact avec du matériel et des produits apicoles ;
- les eaux usées provenant des opérations de nettoyage, d’assainissement et de désinfection du matériel apicole seront à tout moment maintenues hors de portée des abeilles et déversées dans un égout ou un puits perdu ;
- lorsqu’il s’agit d’un DS1, ces mesures d’assainissement et de décontamination sont assorties d’une délimitation de zones de protection et de surveillance et de toutes les mesures de restriction que cela implique.
Pour rappel, les DS1 des abeilles 2 sont la loque américaine, la nosémose à Nosema apis, la présence d’Aethina tumida et de Tropolaelaps clareae.

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2 bit.ly/2Jx9Ynu.

TREMPAGE DU MATÉRIEL EN BOIS DANS LA CIRE MICROCRISTALLINE   

DÉSINFECTION DU MATÉRIEL

Désinfecter un matériel en métal (le lève-cadre, certains grillages, etc.)
La chaleur est une bonne méthode. Après avoir gratté les salissures, on peut passer la flamme sur le matériel pendant 30 secondes minimum. Attention toutefois aux matériels galvanisés qui seront ainsi abîmés. L’équipement qui n’est pas au contact des abeilles ou des produits de la ruche peut être désinfecté avec un désinfectant du commerce homologué pour l’utilisation en élevage en présence d’animaux. Là encore, attention à la corrosion. Le choix du désinfectant sera fait en fonction de son efficacité (bactéricide, virucide, fongicide) et de son homologation pour l’usage souhaité. Désinfecter l’enfumoir est inutile, la chaleur s’en charge à chaque utilisation.

Désinfecter un matériel en bois (hausses, corps de ruche, cadres, etc.)
Il convient de gratter d’abord la cire et la propolis pour enlever le maximum de matière organique (aucun désinfectant chimique n’est actif en sa présence). Puis de passer la flamme d’un chalumeau en insistant pour faire fondre les cires restantes pendant 3 minutes. Cette désinfection n’est pas parfaite et il reste toujours des endroits non atteints.
La technique peut être affinée en trempant le matériel en bois dans un bain de soude (phosphate trisodique Na3PO4) à 6 % ou un détergent enzymatique. Cette opération sera suivie d’un brûlage à la flamme ou d’un trempage dans la cire microcristalline. Cette dernière technique, qui est la plus efficace et qui élimine tout agent pathogène – y comprisles très résistantes spores de loque américaine –, se réalise de la manière suivante :
- préparer un bac de trempage, sorte de friture géante où de la cire microcristalline est fondue et maintenue à 150 °C dans un bain-marie, attention, l’eau et l’huile bouillante sont incompatibles ;
- y plonger, muni de gants et de protection, le petit matériel dans un bac grillagé, les plus gros équipements y seront déposés directement ;
- laisser agir 10 minutes. L’humidité du bois s’évapore et est remplacée par de la cire.
à noter que les vapeurs de cire étant toxiques, l’opération doit être réalisée en l’extérieur ou dans un local bien aéré.

Désinfecter un matériel en cuir (gants en agneau, dessus de chaussures, tablier, etc.)
Un gel hydroalcoolique, habituellement employé pour se désinfecter les mains, peut être utilisé. Il faut veiller à passer le gel sur toute la surface. Cette procédure sensibilise davantage l’apiculteur aux notions de biosécurité, son efficacité restant à démontrer.

Désinfecter un matériel en plastique
Les traces de matière organique peuvent être ôtées en utilisant un détergent, puis en plongeant le matériel dans une solution d’eau de Javel à 9° chlorométriques. Le bain doit durer au moins 10 mn pour détruire les spores.

Désinfecter un matériel en tissu (vareuse, blouse, cotte, pantalon, etc.)
Les effets peuvent être lavés en machine à 90 °C. Si le programme ne le permet pas, il est possible de faire bouillir les tissus dans un récipient contenant de l’eau chauffée à 90 °C, et de les laver ensuite en machine à une température plus faible . Certains tissus peuvent être trempés dans l’eau de Javel après avoir été nettoyés pour enlever toute trace de matière organique.

QUELQUES MESURES POUR PRÉVENIR LES CONTAMINATIONS

Au-delà de la désinfection, il est possible de prévenir les contaminations potentielles en convainquant les apiculteurs d’adopter une meilleure gestion des colonies fondée sur la formation et des dispositifs simples tels que :
- la mise en place de chaînettes autour des ruchers ainsi que le signalement de l’endroit protégé pour éviter la venue de promeneurs et de véhicules ;
- la mise en place de deux bidons coiffés de couvercles dans chaque rucher, le premier servant de poubelle, le second dédié au stockage des pédisacs, des gants et d’une réserve de gel hydro-alcoolique destinés aux visiteurs et aux employés ;
- à l’entrée du rucher, les chaussures devraient être recouvertes de pédisacs, les gants en cuir ou les mains nues, de gants en latex jetables ;
- tout ce qui entre en contact avec le couvain ou les abeilles devrait être désinfecté, avant et après chaque changement de ruche, à l’aide de gel hydro-alcoolique ;
- la mise en place d’un bidon avec couvercle destiné à brûler les colonies et matériels douteux en cas de besoin, pour ne plus les laisser trainer autour des ruches. Le pillage est ainsi limité en jetant les anciens cadres directement dans la poubelle fermée ;
- de la chaux sera répandue autour et sous les ruches et renouvelée en cas de pluie. Elle sert à éliminer 98 % des bactéries de surface mais ne descend pas très profondément dans le sol.

Il est possible de sélectionner des colonies nettoyeuses. Pour ce faire, on congèle un petit morceau de couvain qui est redonné aux abeilles pour le nettoyer. Seules sont conservées pour multiplication les colonies les plus rapides. Cette technique s’avère intéressante, en particulier pour les maladies du couvain comme les loques et les parasitoses telles que la varroose.

NB : Il est recommandé de faire appel à une entreprise spécialisée en désinfection des usines agro-alimentaires pour le nettoyage et la désinfection de la miellerie.
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