Les enseignants de l’École vétérinaire d’Alfort vus par les élèves - La Semaine Vétérinaire n° 1771 du 06/07/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1771 du 06/07/2018

DOSSIER

Auteur(s) : BERNARD TOMA ET JEAN-PAUL MIALOT  

Un nouvel ouvrage, édité par l’Association des anciens élèves et des amis de l’école d’Alfort (AAEAEA), rend hommage aux enseignants de l’ENVA au xx e siècle. L’objectif des auteurs est de faire revivre des figures originales, des personnalités remarquables, mais aussi des pédagogues, des cliniciens… qui ont laissé leur empreinte sur de nombreux élèves. Raymond Ferrando est l’un de ces professeurs et directeurs emblématiques.

L’idée d’exploiter les portraits et caricatures d’enseignants de l’École nationale vétérinaire d’Alfort (ENVA), parus dans les programmes et les livrets de la revue des élèves, au cours du xxe siècle, est née début 2016, année du 250e anniversaire de la création de l’école. Les principales sources d’information de l’ouvrage Les Enseignants de l’école vétérinaire d’Alfort au xx e siècle, vus par les élèves 1 ont été les livrets de la revue de l’école, conservés aux archives départementales du Val-de-Marne, offerts par des donateurs à l’ENVA ou à l’Association des anciens élèves et amis de l’école d’Alfort (AAEAEA), venant compléter ceux que possèdent les auteurs.

L’ouvrage, construit progressivement, ne rapporte que la vision des élèves ; dans la courte biographie qui accompagne chaque fiche individuelle, seuls les aspects liés à l’enseignement ou connus des étudiants sont présentés. L’essentiel du livre est constitué par les caricatures des enseignants, complétées par quelques photographies de groupes d’enseignants.

L’esprit et la forme

Les extraits ci-dessous montreront mieux que toute description l’esprit de cet ouvrage et les diverses parties qui le composent : la couverture (photo ci-dessous), avec le portail emblématique, est encadrée de figures célèbres de diverses périodes du xxe siècle ; le portrait du Pr Raymond Ferrando (ci-après) présente les diverses rubriques qui figurent dans les nombreuses fiches individuelles, mais des caricatures sont manquantes ; l’exemple d’une des trois planches réalisées par Frédéric Mahé en 1976 (page 47) met en évidence la qualité des dessinateurs.

Raymond Ferrando

Raymond Ferrando (L 36) est né le 3 mars 1912, à Constantine (Algérie), au sein d’une famille d’authentiques et fortunés pieds-noirs. Il est entré à l’École nationale vétérinaire de Lyon (Rhône) en 1932 et en est sorti en 1936 pour intégrer l’École de cavalerie de Saumur (Maine-et-Loire), qu’il a quittée pour rejoindre, après concours, en 1939, l’école de Lyon, en tant que chef de travaux de zootechnie, hygiène et alimentation. En 1945, il s’est présenté et a été reçu au concours d’agrégation dans la discipline zootechnie, hygiène et alimentation. Il a acquis des certificats à la faculté des sciences de Lyon (chimie biologique, physiologie générale) et a préparé une thèse de doctorat ès sciences sur les relations entre la vitamine A et les phénomènes de détoxification, qu’il soutint en 1952.

Il est resté à l’École de Lyon jusqu’en 1955 et a alors été appelé à l’ENVA en tant que maître de conférences, en fondant la toute première chaire de nutrition et alimentation des animaux domestiques. En 1957, il en est devenu le professeur titulaire et, remarqué par son dynamisme et ses capacités de travail, il a été nommé directeur de cette école, qu’il a dirigée d’une main ferme jusqu’en 1964. Il est parti en retraite en 1980. Il a été président de l’Académie de médecine en 1989.

Raymond Ferrando aimait enseigner et aimait ses élèves. Il avait l’esprit clair et n’hésitait pas (alors que cela n’était pas encore à la mode) à utiliser des moyens pédagogiques nouveaux pour illustrer et asseoir ses cours. Cet “audiovisuel” avant la lettre avait d’heureux effets, et la plupart de ses élèves s’en souviennent bien. Rigoureux, il était exigeant aux examens, tout en s’en tenant à l’essentiel. Mais sa stature et son autorité naturelle en imposaient aux élèves les plus téméraires ; son jugement était sans appel, fut-il parfois sévère. Il avait perçu l’intérêt d’avoir recours à des spécialistes pour étayer certaines parties du cours. C’était le cas pour la botanique, l’agronomie, l’industrie de l’alimentation animale, entre autres. Parmi les premiers, il a organisé – pour les élèves – des visites d’usine et des stages professionnels, qui ont attesté, pour ceux qui en ont bénéficié, de l’importance des liens entre l’enseignement et l’industrie connexe.

Alain Rérat a eu l’occasion de s’exprimer ainsi lors du jubilé organisé à Lyon, le 4 décembre 1987, par les anciens élèves, collègues et amis du Pr Ferrando : « …J’ai appris à apprécier les grandes qualités hu maines et scientifiques du P r Ferrando, sa jeunesse de l’âme, son goût du travail bien fait malgré une nonchalance affectée, sa grande imagination, son grand sens de l’humour modérant son apparente froideur, son caractère frondeur souvent exprimé dans les réunions des diverses académies dont il est membre, sa vaste culture scientifique étayée par un sens pratique développé ; et surtout, pour ses proches, sa chaleur toute méridionale et son indéfectible loyauté ».

Souvenirs, souvenirs…

À notre connaissance, une seule fois au cours du xxe siècle, une revue a été interdite par un directeur : il s’agit de celle de 1960, qui a été publiée (« Nou velle E. Vague »), mais non jouée…

En juin 1961, le directeur Ferrando a averti la promotion de 4e année d’une visite obligatoire d’un établissement, après la fin des cours, en plein milieu de la période de révision des examens. La promotion en a discuté et… a décidé de refuser d’y aller. Elle a su, à l’issue d’un conseil des enseignants convoqué rapidement par le directeur, que, grâce au Pr Vuillaume, qui a rappelé au conseil une disposition du règlement empêchant tout exercice d’enseignement obligatoire après le 15 juin, elle avait échappé à un renvoi de toute la promotion aux examens de septembre…

Dans un amphithéâtre un peu bruyant, à une époque où les garçons étaient encore en large majorité, exclamation du Pr Ferrando : « Mesdemoiselles, taisez-vous ! » Un jour qu’un ministre de ses amis visitait le service du Pr Ferrando, le ministre lui dit : « Professeur, l’âge n’a aucune emprise sur vous et vous êtes encore aussi solide qu’un chêne ! » « Oui, répondit Ferrando, c’est juste côté gland où les choses se gâtent ».

1 L’ouvrage, édité en avril par l’Association des anciens élèves et des amis de l’école d’Alfort (AAEAEA), comprend 280 pages :  une préface du Pr Christophe Degueurce, directeur actuel de l’École nationale vétérinaire d’Alfort (ENVA) ; une quinzaine de pages présentant le contenu et l’évolution des chaires de l’école au cours du xxe siècle ; plus de 110 fiches individuelles d’enseignants et plusieurs centaines de caricatures ; une trentaine de pages de caricatures de groupes ; neuf photographies de groupes d’enseignants, essentiellement dans la première moitié du xxe siècle ; trois pages de caricatures d’enseignants non identifiées…

LU DANS COMIQUE PARADE DESGAZETTES

1977
« La stérilité se transmet héréditairement. »
1978
« On l’a fait abattre et il en est mort. »
« Il est trois choses que la création ait ratées : le tube digestif des chevaux, l’appareil endocrinien de la femme et le cerveau des énarques. » « Dire que j’ai failli faire l’ENA ! » « On constate des résistances croisées entre gonocoques et virus de l’influenza de la gorge. »
1979
« En connaissance de cause, être compétent c’est se tromper dans la légalité. »
« Les bactéries sont comme nous : elles ont tendance à suivre la loi du moindre effort. »

L’ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES D’ALFORT FÊTE SES 125 ANS EN 2018

L’Association amicale des anciens élèves de l’école d’Alfort a été fondée le 14 octobre 1893, à l’initiative d’un groupe d’élèves de l’école et du directeur, Léopold Trasbot. Elle est devenue, en 1926, l’Association des anciens élèves et des amis de l’école d’Alfort (AAEAEA). L’objectif initial consistait à réunir chaque année les promotions d’anciens élèves ; il a évolué au cours des décennies suivantes. L’AAEAEA a joué un rôle important pour l’ENVA en organisant le bal annuel, les journées vétérinaires et nombre de commémorations. Elle participe à la préservation du patrimoine de l’établissement et accorde bourses et prêts d’honneur à des étudiants. Elle a été reconnue d’utilité publique en 1931.
Dans les années 1930, elle s’était développée jusqu’à comprendre plus de 1 200 membres et a connu un dynamisme important au cours des 35 ans de présidence de Pierre Blaizot, jusqu’en 1971. Ensuite, si les actions sociales et les aides pour améliorer le patrimoine et la vie au sein de l’école se sont poursuivies, le nombre d’adhérents a régulièrement régressé jusque dans les années 2010. Depuis 2012, on assiste à une augmentation régulière des membres de l’association, qui ont nettement dépassé la barre de 500 en 2017.
Outre ses actions récurrentes, elle a financé en grande partie la restauration du portail de l’entrée principale de l’ENVA en 2015, image emblématique de la formation vétérinaire. Depuis 2013, l’AAEAEA publie tous les trimestres une lettre d’information distribuée par courriel.
Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr