Quelles mesures mettez-vous en place pour la surveillance des zoonoses ? - La Semaine Vétérinaire n° 1770 du 29/06/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1770 du 29/06/2018

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Auteur(s) : CHANTAL BÉRAUD 

ÉVOQUER CES RISQUES AVEC LES ÉLEVEURS EST ESSENTIEL !

Il y a huit ans, ma thèse portait sur les zoonoses transmises par les ruminants, en cherchant à analyser le risque pour les éleveurs. Résultat : l’estimation de ce risque a montré que, pour un éleveur sans prédisposition particulière, cinq maladies (sur 20 étudiées) sont réellement à prendre en considération en France. Il s’agit de la tuberculose, de la fièvre Q, de la leptospirose, du botulisme et de la fièvre charbonneuse. Avec des modes majeurs de transmission qui sont principalement : les projections d’urine ou de matières fécales lors de la traite, ou les écoulements vaginaux lors des vêlages. J’ai également fait le constat que les éleveurs sont assez peu informés. Concernant le vétérinaire, il entre dans son rôle de repérer les cheptels à risque. A minima, on se doit d’ailleurs de montrer le bon exemple d’hygiène aux éleveurs, en portant notamment des gants et des blouses lors des manœuvres obstétricales. Le vétérinaire a conséquemment un rôle clé à jouer entre, d’une part, l’éleveur (avec qui il peut évoquer les zoonoses lors des visites sanitaires d’élevage, par exemple) et, d’autre part, les autorités (en alertant la direction départementale de la protection des populations dès leur apparition dans un cheptel).

MAXIME PIOULAT

J’INFORME MES CLIENTS CONCERNANT LA RAGE

En 2015, il y a eu un cas de rage d’un chien sur notre commune. Du coup, cela a créé une psychose : nos clients des bourgs voisins appelaient notre clinique, car ils ne voulaient plus y venir ! Ici, c’est dès le premier vaccin d’un animal que nous leur parlons des risques liés à cette zoonose. Nous leur rappelons, par exemple, qu’il est interdit d’introduire des animaux non vaccinés contre la rage en provenance notamment d’Afrique du Nord. Car c’est une zone dont sont originaires des habitants du Chambon-Feugerolles, où certains retournent d’ailleurs tous les étés. Quant aux retraités “camping-caristes” qui partent dans des pays non indemnes de rage, avec leur chien ou leur chat à bord, ils doivent réaliser avant leur départ des titrages antirabiques. Ce que certains refusent pourtant de faire, pour une question d’argent… En matière de tourisme, j’avertis également nos clients de ne pas caresser les animaux croisés à l’étranger, qui potentiellement peuvent être porteurs de maladies ! D’ailleurs, un enfant du Rhône, qui s’était fait mordiller en août par un chiot sur une plage du Sri Lanka, est encore malheureusement décédé de la rage, de retour en France, en octobre dernier. Sa famille avait considéré cette morsure comme banale.

SYLVIE SALACROUP-LAURENT

IL FAUT MONTRER L’EXEMPLE EN MATIÈRE D’HYGIÈNE

J’assure parfois des formations concernant les zoonoses transmises par les animaux sauvages. Par exemple, j’ai eu un client qui, en manipulant sans gants un lièvre mort, a contracté la tularémie. Il a dû subir une splénectomie ! En France métropolitaine, il n’y a en revanche qu’un risque très faible de rage, excepté peut être sur les chauves-souris… Les animaux souffrant de teigne sont peut-être les plus à risque pour une contamination humaine. Dans les élevages, ce sont surtout des cas de fièvre Q que le vétérinaire constate. Les zoonoses sont cependant des maladies difficiles à détecter, et l’on pose de fait souvent un diagnostic tardif. En réalité, dans bien des cas, il faut avant tout conseiller aux gens des mesures simples d’hygiène : comme de bien désinfecter une plaie, de se laver les mains… Je pense qu’il n’y a aucun lieu de s’affoler en la matière, les cas de contaminations humaines restant heureusement plutôt rares. Il y a aussi eu des études scientifiques rassurantes qui ont montré que les enfants qui avaient des animaux de compagnie, ou qui vivaient à la campagne, étaient plus résistants et développaient moins de maladies que ceux vivant en milieu urbain !

FABRICE JALLU
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