L’innovation, f il conducteur de l’élevage de demain - La Semaine Vétérinaire n° 1769 du 22/06/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1769 du 22/06/2018

SANTÉ ANIMALE

ACTU

Auteur(s) : MICHAELLA IGOHO-MORADEL 

Après l’annonce par Bruxelles de la baisse du budget de la politique agricole commune (PAC) dans l’ère post- Brexit, la question de l’avenir des filières d’élevage se pose. À l’occasion de sa conférence annuelle, qui s’est tenue le 7 juin à. Bruxelles, AnimalhealthEurope apporte des pistes de réflexions et d’actions concrètes pour un élevage durable.

Quels sont les leviers à mobiliser afin de pérenniser et de favoriser un élevage durable en Europe ? Quel peut être le rôle de l’innovation en santé animale face à ces enjeux ? C’est autour de ces questions stratégiques qu’AnimalhealthEuro pe a invité au dialogue plusieurs parties prenantes, lors de sa conférence annuelle1, le 7 juin à Bruxelles (Belgique). Des politiques, des acteurs du monde vétérinaire et agricole, des organisations non gouvernementales (ONG), mais aussi des universitaires ont apporté de nombreuses pistes de réflexion, afin de favoriser un élevage toujours plus compétitif et en phase avec les attentes sociétales. La prévention par la vaccination et les mesures de biosécurité font partie de ces solutions auxquelles le vétérinaire et l’éleveur sont de plus en plus accoutumés. À ces axes d’actions s’ajoutent le développement de l’élevage de précision et l’open data des données récoltées dans les élevages, la modification du génome animal ou encore la sensibilisation du grand public à l’importance de l’agriculture.

Des techniques innovantes

Après le maïs génétiquement modifié, c’est au tour des vaches, dont des chercheurs sont parvenus à modifier l’ADN afin de les rendre résistantes à la tuberculose bovine. Selon Eleanor Riley, directrice de l’Institut Roslin de l’université d’Édimbourg, connue pour son clone pionnier Dolly the Sheep, il s’agit de l’une des pistes à explorer pour faire face aux défis auxquels l’élevage est confronté. Pour cette scientifique renommée, la recherche portant sur la modification du génome dans le domaine de la santé animale est prometteuse. À long terme, cette technique devrait permettre de lutter efficacement contre les zoonoses. Mais selon elle, il reste encore du chemin à parcourir tant sur le plan réglementaire que sur l’opinion des consommateurs concernant « ces techniques innovantes ». Il y a aussi la question “Brexit” sur laquelle beaucoup s’interrogent. La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) aura-t-elle un impact sur la recherche et l’innovation en santé animale ? Le Brexit pourrait affecter les programmes scientifiques menés en partenariat avec d’autres pays européens. Eleanor Riley indique qu’une participation continue du Royaume-Uni aux programmes de recherche et d’innovation de l’UE paraît indispensable ainsi que la poursuite des collaborations entre les chercheurs.

Encourager les partenariats

Sur le terrain de l’innovation, la prévention reste une solution incontournable. Hans Nauwynck, du projet de recherche Saphir, financé par Horizon 2020, et Tomás Norton, de l’université de Louvain (Belgique), se sont penchés sur les techniques innovantes étudiées pour rendre les élevages plus performants, telles que les nouvelles stratégies vaccinales pour les porcs et les technologies d’élevage de précision. Selon eux, ces techniques sont indispensables pour lutter contre les maladies endémiques en élevage et faciliter le suivi individuel et collectif des animaux, tout en garantissant leur bien-être. De leur côté, Allan Buckwell, de la fondation Rise2, et Jan Venneman, de l’Effab3, insistent sur la nécessité de renforcer les partenariats publics-privés et d’assurer un transfert rapide des innovations sur le terrain. L’efficacité de ces partenariats européens dans le secteur de l’élevage a d’ailleurs été soulignée par Jean-Louis Peyraud de l’Animal Task Force. La question de l’alimentation des animaux d’élevage a également été soulevée.

Où est la science ?

Mateusz Rawski, de HiProMine, s’est penché sur les possibilités d’utiliser des protéines d’insectes comme alternatives aux protéines animales dans l’alimentation des animaux de ferme, afin notamment d’améliorer les coûts de production et réduire l’impact environnemental. Par ailleurs, les différents intervenants ont aussi insisté sur la nécessité de promouvoir, auprès du grand public et des éleveurs, l’importance de l’innovation dans le domaine de la santé animale. Jannes Maes, président du Ceja4, met en avant qu’il y a un énorme manque de sensibilisation de la jeune génération sur la façon dont la nourriture est produite en Europe et que de nombreuses opinions sont formées sur la base de l’émotion, plutôt que des faits. Des campagnes de sensibilisation pourraient être amorcées, notamment sur les réseaux sociaux, avec l’appui de la Commission européenne. Tom Tynan, chef du cabinet du commissaire à l’agriculture Phil Hogan, a d’ailleurs cité les nombreux projets de sensibilisation en Europe, tels que le projet Agri Aware en cours en Irlande. « Ce projet informatif est maintenant intégré dans les programmes de nombreuses écoles », souligne-t-il.

1 bit.ly/2K7M2v3.

2 Rural Investment Support for Europe, Soutien à l’investissement rural en Europe.

3 European Forum of Farm Animal Breeders, Forum européen des éleveurs d’animaux d’élevage.

4 Conseil européen des jeunes agriculteurs.

ENTRETIEN AVEC  ROXANE FELLER 

« L’INNOVATION EST INDISPENSABLE DANS NOTRE SECTEUR »

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots AnimalhealthEurope ?
Nous fédérons 95 % de l’industrie européenne de la santé animale à travers nos membres composés de 12 entreprises et 21 associations nationales, dont le Syndicat de l’industrie du médicament et réactif vétérinaires (SIMV). Nos actions reposent sur trois piliers : le domaine technique, la politique et la communication. Notre objectif est d’être un point de référence pour les questions liées à la santé animale au niveau européen. Pour ce faire, nous travaillons régulièrement avec des acteurs stratégiques, dont les actions peuvent avoir un impact sur notre secteur. C’est notamment le cas des institutions européennes avec qui nous échangeons afin de faire connaître les problématiques de notre industrie.

Quels sont les défis actuels pour l'industrie vétérinaire en Europe ?
Nous avons de nombreux sujets qui nous occupent au quotidien, mais cette année est une période charnière pour notre secteur. Nous sommes en effet face à deux dossiers importants : les projets de règlements sur les médicaments vétérinaires et sur les aliments médicamenteux, et le projet du futur programme européen de financement de la recherche et de l’innovation. Concernant les médicaments vétérinaires, le Parlement européen et le Conseil sont parvenus à un accord le 5 juin. Ce texte va réglementer notre industrie durant au moins les 15 prochaines années, et nous avons beaucoup de chance car cette stabilité et cette prédictibilité réglementaire encourageront l’innovation. Maintenant que le grand cadre de la réglementation a été posé, nous allons veiller à ce que les actes découlant du règlement à venir prennent en compte les défis de notre secteur. Les débats de cette journée nous permettrons de faire valoir les enjeux liés à l’innovation en santé animale. En parallèle, nous suivons de près le prochain programme-cadre pour le financement de la recherche et de l’innovation en Europe pour les sept années à venir. Notre intention est de nous assurer que notre secteur soit bien couvert par ce projet. L’antibiorésistance constitue également un enjeu important pour notre industrie. Nous avons en effet pris conscience de cette problématique, en témoigne notamment la création il y a 12 ans déjà de la plateforme Epruma1, dont l’objectif est de prôner une utilisation responsable des antibiotiques. Nous avons fait énormément d’efforts afin de promouvoir une utilisation raisonnée des antibiotiques et de proposer des solutions complémentaires, telles que le diagnostic, l’alimentation ou encore la génétique. Quant aux aliments médicamenteux, notre objectif est d’assurer la cohérence du projet avec le règlement sur les médicaments vétérinaires, et nous attendons son adoption d’ici la fin juin 2018.

Que retenez-vous de cette journée d’échanges ?
Je retiens de cette journée que l’innovation est indispensable dans notre secteur. Elle a besoin d’être soutenue à sa juste valeur et ne peut exister qu’à travers des partenariats. Elle doit être communiquée sans gêne et sans tabous à la société. Les débats de cette rencontre nous inspirerons pour sensibiliser la Commission à la question de l’innovation dans le domaine de la santé animale dans le cadre du projet Horizon Europe.


1 European Platform for the Responsible Use of Medicines in Animals.
Propos recueillis par Michaella Igoho-Moradel
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