Prise en charge des pyodermites à staphylocoques résistants à la méticilline - La Semaine Vétérinaire n° 1767 du 08/06/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1767 du 08/06/2018

CONFÉRENCE

PRATIQUE CANINE

Formation

Auteur(s) : MYLÈNE PANIZO 

Les principaux agents pathogènes en dermatologie sont Staphylococcus pseudintermedius, S. schleiferi et S. aureus. Les isolats des trois espèces peuvent exprimer des résistances à la méticilline, ainsi qu’une multirésistance (concerne plus de trois familles d’antibiotique). En 2016, l’Association mondiale de dermatologie vétérinaire (WAVD) a établi un consensus sur la prise en charge des infections cutanées à staphylocoques résistants à la méticilline (MRS) chez les animaux de compagnie.

Attitude thérapeutique

Lors de pyodermite superficielle, même lorsqu’une infection à MRS est suspectée, un traitement topique seul peut être recommandé en première intention. L’utilisation locale d’antibactériens ayant une efficacité antistaphylococcique prouvée doit être maintenue au moins 15 jours. Le vétérinaire doit s’assurer en amont que l’animal sera coopératif afin que l’observance du traitement soit respectée par le propriétaire. En cas d’échec du traitement, ou si l’observance ne peut pas être garantie, une antibiothérapie per os est à envisager. En cas d’absence d’amélioration, il est nécessaire de repenser le diagnostic différentiel avant de conclure à une résistance bactérienne (qui est souvent surdiagnostiquée). Un antibiogramme doit être réalisé. Le WAVD rappelle que « la sélection empirique des médicaments pour une thérapie systémique est toujours contre-indiquée lorsqu’une infection par MRS est suspectée (sur la base des commémoratifs et de l’anamnèse), et cela à cause du risque élevé des multirésistances au sein de ces souches ». Il est également fondamental de « restreindre l’utilisation des céphalosporines anti-MRSA, des glycopeptides, linézolide et de tous composés nouveaux qui pourraient être approu vés à l’avenir pour le traitement des agents pathogènes multirésistants chez l’homme », une obligation en France selon l’arrêté du 18 mars 2016 (article L.5144-1-1 du Code de la santé publique).

Le pronostic d’une pyodermite à MRS est généralement bon (sous réserve de la cause sous-jacente). En effet, les staphylocoques résistants ne sont pas plus virulents que ceux sensibles à la méticilline.

Il n’y a actuellement pas assez de preuves incitant à traiter systématiquement les porteurs sains car une décolonisation naturelle a généralement lieu.

Limiter les infections en clinique

La transmission de l’agent pathogène est possible par contact direct avec un animal infecté, ou indirectement par l’environnement.

L’équipe soignante doit veiller à une bonne hygiène des mains car c’est la meilleure façon de contrôler les infections. Chaque personne en contact avec un animal suspecté d’être porteur d’un MRS doit porter des équipements de protection individuelle (blouse et gants spécifiques à l’animal concerné). En hospitalisation, les animaux porteurs de MRS doivent être isolés et les contacts avec ces derniers doivent être limités au maximum.

Les MRS sont sensibles aux désinfectants usuels. Des protocoles de nettoyage et désinfection de l’environnement doivent être pratiqués couramment et constamment afin de réduire ou éliminer les agents pathogènes. Les règles d’hygiène doivent être communiquées clairement et régulièrement à toute l’équipe soignante. « Les protocoles de nettoyage et de désinfection sont la pierre angulaire du contrôle de l’infection hospitalière », insiste Vincent Bruet.

Conseils à donner aux propriétaires

La transmission de MRS par les animaux infectés aux personnes de l’entourage est connue, mais il y a actuellement peu de données sur le sujet. Il est cependant recommandé de restreindre les déplacements des animaux concernés et éviter leurs contacts, jusqu’à obtenir une bonne réponse clinique. Une hygiène rigoureuse et un traitement de l’environnement sont indispensables. Il est préférable d’éloigner les animaux porteurs de MRS des personnes fragiles (femmes enceintes, enfants en bas-âge, personnes âgées ou immunodéprimées).

Vincent Bruet Diplômé ECVD, spécialiste en dermatologie à Oniris (Nantes). Article rédigé d’après une présentation faite à l’AFVAC à Nantes, en novembre 2017.

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