Pathologie de la poule d’élevage familial - La Semaine Vétérinaire n° 1767 du 08/06/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1767 du 08/06/2018

CONFÉRENCE

PRATIQUE CANINE

Formation

Auteur(s) : PIERRE DUFOUR  

Depuis longtemps domestiquée, la poule devient un animal de compagnie. Elle procure un lien d’attachement, des œufs (de 150 à 300/an), élimine des déchets et produit de l’engrais (jusqu’à 200 kg/an). Les consultations sont de plus en plus fréquentes, le vétérinaire doit y répondre par une meilleure connaissance de cet animal, tout en garantissant la sécurité sanitaire.

Conditions de maintien

Le poulailler doit conférer 10 à 20 m2 par animal, avec une rotation des sols pour en éviter l’usure du fait des déjections, et prévenir le développement des verminoses. Ce parcours permet le comportement de grattage, la recherche de nourriture, assure une bonne dépense énergétique et met à l’abri des prédateurs. Un abri protégeant du vent, recouvert de paille ou de copeaux, avec un perchoir, est conseillé. Cet animal étant social, acquérir deux ou plusieurs poules est préférable (respecter une quarantaine à l’introduction d’un nouveau congénère). La coupe régulière des deux premières rémiges d’une aile limite le vol.

Un accès libre à un jardin, riche en herbes et en végétaux, assure une part non négligeable de la ration alimentaire. Attention toutefois aux déchets alimentaires, dont l’excès énergétique conduit à l’obésité, entraînant fatigabilité, arrêt de ponte, dyspnée, pododermatite. Les déchets d’origine végétale sont privilégiés. En revanche, les pelures d’oignon, d’ail, de poireau, de pomme de terre crue et d’agrumes sont à proscrire. Des granulés pour élevage de basse-cour, à raison de 100 à 150 g/j, suivant l’âge, assurent les apports nutritifs nécessaires. Une ration à base de graines peut être apportée en complément, à raison de 20 à 30 g/j/animal, en deux repas. Un apport en minéraux est conseillé 4 semaines avant les premières pontes, grâce à des coquilles d’huître pilées, des os de seiches ou des compléments en poudre. Les vitamines des aliments complets se conservent mal, ils peuvent être complétés par des végétaux frais ou par un apport dans l’eau de boisson. L’eau, dont la consommation est de 80 à 150 ml/kg/j en période de croissance et de ponte, doit être changée deux fois par semaine, et protégée de la pluie et des oiseaux sauvages. En période de risque élevé ou modéré d’influenza aviaire, les basses-cours sont confinées dans des bâtiments limitant le contact avec l’avifaune sauvage potentiellement porteuse du virus.

Principales maladies

Parasitaires

La coccidiose est la maladie la plus fréquente des poussins. Amaigris, ils ont de la diarrhée, les ailes pendantes, les plumes ébouriffées, les muqueuses pâles. Un examen microscopique des fientes permet le diagnostic.

Les verminoses provoquent un amaigrissement, une anémie, avec des muqueuses et des attributs pâles, parfois une entérite, et même une mortalité par épuisement. Sur les adultes, la fertilité et la ponte peuvent diminuer. Un examen microscopique des fientes peut mettre en évidence des œufs d’ascaris, de ténias, de capillaires ou d’hétérakis, voire du polyparasitisme.

Le pou rouge est un parasite externe majeur. Lucifuge, il se nourrit la nuit et résiste plusieurs mois sans repas. La poule est nerveuse, perd ses plumes, fait du pica, voire s’automutile. Une forte infestation peut conduire à une anémie sévère, des complications par surinfections colibacillaires, voire la mort. Il est mis en évidence à l’œil nu dans les zones obscures. La gale, très contagieuse, affecte les pattes (hyperkératose), parfois la face. Le diagnostic se fait au microscope après raclage cutané (avec du lactophénol).

Respiratoires

La mycoplasmose (coryza) est l’affection respiratoire la plus fréquente. La contagion, par voie aérienne, est suivie d’une incubation de quelques jours. Les animaux présentent une sinusite, une toux grasse, puis les yeux sont atteints, et l’animal ne peut plus manger. Attention lors de l’achat et l’introduction d’un nouvel animal, comme lors de rassemblements d’oiseaux. Le diagnostic se fait par polymerase chain reaction (PCR) sur écouvillon trachéal (Mycoplasma gallisepticum ou synoviae).

Bien que rare en élevage amateur sur les adultes, la colibacillose provoque une toux grasse, puis un abattement et la mort en quelques jours. Par contamination des poussins, via des œufs sales, elle provoque une omphalite suivie d’une septicémie foudroyante. Sur la poule pondeuse, elle peut être responsable d’un taux de mortalité élevé. Un examen bactériologique réalisé en 24 à 48 heures permet d’identifier la bactérie et de choisir un antibiotique autorisé et adapté.

Autres affections

Dans un souci de santé humaine, la salmonellose est à rechercher grâce à des chiffonnettes, en particulier lors de la commercialisation d’œufs. Le choléra aviaire (pasteurellose), bien que peu fréquent, peut décimer en quelques jours un poulailler. Enfin, des plaies, souvent traumatiques sur les articulations des doigts, compliquées par des infections à staphylocoques, sont courantes chez l’adulte. Une mauvaise litière, dégageant de l’ammoniaque, facilite l’introduction de ces bactéries et provoque des pododermatites. Les principales viroses, rares, mais à connaître d’un point de vue réglementaire, sont la maladie de Marek et les pestes aviaires, maladies réglementées à déclaration obligatoire (Newcastle et influenza). Elles sont très contagieuses, avec un taux de mortalité variable. Le diagnostic se fait via l’autopsie et l’examen complémentaire obligatoire pour les pestes. Un vaccin inactivé existe pour la maladie de Newcastle, à réaliser 4 semaines avant la ponte, lors de la mue en automne.

Thérapeutique

Réglementation

Pour des traitements réguliers ou de prévention (vermifuge, vaccin, anticoccidien), un protocole de soin, établi lors d’une visite d’élevage, permet d’affranchir d’une consultation les délivrances et renouvellements de prophylaxie. Le respect de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) des médicaments employés est obligatoire. Les limites maximales de résidus (LMR) permettent de définir les temps d’attente à appliquer pour la consommation de la viande et des œufs. Si la prescription sort de l’AMM, il convient de respecter un temps d’attente de 28 jours minimum pour la viande et de 7 jours pour les œufs.

Molécules disponibles

> Pour la poule pondeuse

Peu de médicaments sont autorisés. Lors de coccidiose, l’amprolium est le seul médicament avec une AMM “œuf de consommation” (20 mg/kg pendant 5 jours). Pour les parasites internes, le flubendazole est autorisé (1,43 mg/kg/j pendant 7 jours). Contre les parasites externes, le phoxim peut être pulvérisé à J0 et J7, avec un délai de retrait de 12 heures pour les œufs. Il est possible d’employer le spinosad en pulvérisation. Ces molécules n’ont toutefois pas de présentations adaptées aux élevages familiaux. Le fipronil et l’amitraz sont interdits.

La prescription des antibiotiques est possible pour quelques molécules actives sur les bactéries Gram + et les mycoplasmes (aucune pour les Gram -). La colistine (75 000 UI/kg/jour) peut être administrée par voie orale, mais l’action se limite au tube digestif. Dans le cadre de pasteurellose ou de mycoplasmose, l’oxytétracycline (20 mg/kg/jour) et la tylosine (jusqu’à 100 mg/kg/jour) sont autorisées.

Aucun anti-inflammatoire n’est autorisé. Un vaccin vivant est utilisable pour la bronchite infectieuse.

> Pour le poulet de chair

Comme anticoccidien, le toltrazuril (7 mg/kg pendant 2 jours), l’amprolium, la sulfadiméthoxine (25 mg/kg pendant 5 jours) sont utilisables. Concernant les parasites internes, le lévamisole (20 mg/kg), la pipérazine (200 mg/kg) et le flubendazole permettent de lutter contre ascaris, hétérakis et capillaires. Le traitement du ténia est plus difficile, le niclosamide est efficace mais non autorisé en volaille. Pour les parasites externes, le traitement se fera hors AMM, avec contre la gale, l’ivermectine en pour on sur les doigts à la dose de 50 μg/kg (soit 1 ml/10kg). Seule l’aspirine est acceptée comme anti-inflammatoire, avec un délai d’attente de 1 jour.

De nombreux antibiotiques sont disponibles. Les céphalosporines de 3e et 4e générations sont interdites, de même que l’antibioprévention systématique. L’enrofloxacine est autorisée, si justifiée par un antibiogramme réalisé par un laboratoire selon des normes définies (décret 2016-317).

Thierry Mauvisseau Praticien en volailles et lapins pour Labovet Conseil (Vendée).

Emmanuel Risi Praticien à Faunevet, CHV Atlantia, Nantes (Loire-Atlantique).

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