Les enjeux de l’alimentation porcine en élevage biologique - La Semaine Vétérinaire n° 1766 du 01/06/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1766 du 01/06/2018

RECHERCHE

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : TANIT HALFON  

La cellule transversale de recherches en agriculture biologique du Centre wallon de recherches agronomiques a réalisé une synthèse sur la recherche en alimentation des élevages porcins biologiques.

Le Centre wallon de recherches agronomiques (CRA-W) a récemment publié un ouvrage ou « socle de connaissances » sur l’élevage des porcs en agriculture biologique. « L’idée était de pouvoir, d’une part, regrouper toutes les recherches qui ont été menées ces 10-15 dernières années sur une thématique précise, que ce soit au niveau du centre, mais aussi aux niveaux national et européen, explique Marie Moerman, attachée ingénieure agronome à la cellule transversale de recherches en agriculture biologique. D’autre part, de partager ces informations à l’ensemble de la communauté de chercheurs, mais aussi aux éleveurs et aux encadrants. » Du socle a été extrait un livret focalisé sur la stratégie alimentaire de l’élevage du porc en agriculture biologique. Un enjeu pour la filière, le coût de l’aliment en élevage biologique représentant 60 à 70 % du coût de revient de la production totale. « On a pu se rendre compte que les recherches étaient croissantes sur ce sujet, souligne la scientifique. Et elles montrent que l’on peut atteindre une ration équilibrée en se fournissant en matières premières locales. Face à un consommateur de plus en plus soucieux de l’origine des produits qu’ils achètent, cela représente une plus-value non négligeable pour l’éleveur. »

Des performances identiques avec moins de protéines

Parmi les études présentées dans le livret, plusieurs s’intéressent aux besoins protéiques des porcs biologiques. Ainsi, une première étude montre que les besoins énergétiques des porcs bio sont plus élevés que ceux des sujets en secteur conventionnel, du fait des écarts de température auxquels ils sont soumis2. En découle un apport alimentaire 15 % supérieur et un taux de conversion alimentaire plus grand. Une autre étude met en évidence que le ratio acides aminés/énergie diminue chez le porc bio, les besoins en protéines restant stables pour maintenir la température corporelle. La conséquence : le ratio lysine/énergie de l’aliment peut être plus faible, à partir de 50 kg de poids vif. Enfin, une dernière étude révèle que, malgré une ration appauvrie en protéine et en lysine digestible (- 9 % par rapport à un aliment standard du commerce), les résultats techniques et la qualité de la carcasse restent semblables à celles des porcs nourris avec un aliment biologique du commerce.

Il est possible de se passer de soja

Selon un essai mené par le CRA-W en 2015, les performances des porcs nourris avec des rations pourvues d’un substitut au soja sont les mêmes que celles d’animaux recevant une ration à base de soja. Comme alternative à cet aliment, le livret mentionne, par exemple, le pois protéagineux, à raison de 2 kg de pois pour 1 kg de soja et 1 kg de céréales, une complémentation en acides aminés restant cependant nécessaire. Une autre étude de 2015 a testé des rations simples d’engraissement avec des matières premières produites à la ferme. La conclusion : des niveaux de performance corrects en engraissement et finition, à condition de bien respecter les conditions de la formulation, surtout chez les animaux de faible poids. « Ces résultats sont intéressants, car ils montrent que les porcs en fin de parcours peuvent disposer d’une ration plus grossière, avec un nombre limité de matières premières, commente Marie Moerman. En revanche, cela ne peut pas s’appliquer aux animaux en présevrage ou en croissance. Au CRA-W, nous avons développé un tableur Excel 3 , accessible en ligne, de calcul de ration. Pour l’utiliser, il suffit de disposer de l’analyse nutritionnelle des matières premières que l’on souhaite incorporer dans la ration. »

1 bit.ly/2J0gEuU.

2 La réglementation européenne oblige un accès au minimum à des aires d’exercice à l’extérieur. (bit.ly/2IUdcpA).

3 bit.ly/2IU93SA.

LES MATIÈRES PREMIÈRES BIO APPORTENT MOINS DE PROTÉINES

Une étude de 2009 avait montré que les matières premières d’origine biologique étaient moins riches en protéines que les conventionnelles, mais avec la même quantité d’énergie nette. Depuis 2014, dans le cadre du programme européen Improved contribution of local feed to support 100 % organic feed supply to pigs and poultry (Icopp), des tables de composition et de valeurs nutritionnelles de matières premières d’origine biologiques sont disponibles pour 16 céréales/protéagineux, 5 fourrages et 9 matières innovantes (algues/insectes), pour l’alimentation des porcs et des volailles. Pour exemple, les teneurs en protéine brute des insectes sont de l’ordre de 42 à 63 %, comme pour les tourteaux de soja. Dans le cadre de l’Icopp, une étude avait cherché à caractériser la digestibilité iléale des acides aminés de la mouche soldat noir (Hermetia illucens) chez le porcelet en croissance. Il est apparu que les acides aminés étaient hautement digestibles.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr