Réglementation du pet food, secrets d’étiquettes - La Semaine Vétérinaire n° 1764 du 17/05/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1764 du 17/05/2018

DOSSIER

Conseiller un aliment “pour chat stérilisé”, “à visée urinaire”, “au poulet”, devoir se défendre de la présence de sous-produits animaux… Les vétérinaires ne vendent pas des croquettes, mais un paquet, avec les mentions, légales ou marketing, y figurant. Dans la jungle des allégations et des termes légaux, comment mieux s’y retrouver ?

Entre les “barfeurs”, les membres des groupes Facebook sur les croquettes toxiques, ceux qui ont vu les reportages télévisés, aujourd’hui les questions suspicieuses concernant la composition des croquettes ne manquent pas. Et souvent ce n’est pas ce qui est écrit sur les paquets qui suffit à rassurer. Alors que se cache-t-il vraiment derrière ces termes barbares ?

Les sous-produits, une définition légale… et commerciale

La notion de sous-produit est définie par l’Europe via des règlements et des directives. Par opposition au produit final qui est commercialisé (par exemple, de l’huile), le sous-produit est ce qui est obtenu dans le processus de transformation (dans notre exemple, le tourteau). Son obtention est prévisible et il peut être commercialisé sans transformation particulière. Dans le cas des produits animaux, il désigne une matière d’origine animale non destinée à la consommation humaine. Par exemple, un foie de porc peut être à la fois un produit final, s’il est destiné à être mis sur le marché de l’alimentation humaine, ou un sous-produit, s’il est destiné au pet food. Un sous-produit, c’est aussi l’estomac de porc disponible pour le pet food en automne et en hiver (moindre fabrication d’andouillette en cette saison pour le barbecue !) ou encore le cœur, les rognons, les filets inférieurs du poisson ou les cous de volaille, qui sont des morceaux de moins en moins consommés. Tous ces morceaux peuvent être utilisés, frais ou congelés, pour l’alimentation humide, mais aussi sous forme de protéines animales transformées (farines) pour l’alimentation sèche. À l’international la notion de sous-produit est différente. « Lorsque je suis allé en Chine visiter les abattoirs, j’ai été très étonné de ne pas voir de section consacrée aux sous-produits. Lorsque je leur ai posé la question, les fournisseurs ne l’ont même pas comprise, ils m’ont demandé si je parlais des plumes ! Pour eux, la notion de sous-produit de volaille n’existe pas, car ils mangent tout. Les viscères, les têtes, les pattes, qui seraient des sous-produits chez nous, sont des produits destinés à la consommation humaine chez eux », témoigne Yves Bodet, délégué général de la Fédération des fabricants d’aliments pour chiens, chats, oiseaux et autres animaux familiers (Facco) et ancien acheteur de sous-produit pour le pet food. La définition des sous-produits peut aussi poser des problèmes lors du passage des frontières : un produit ne sera pas taxé de la même façon s’il est importé à destination de la consommation humaine ou du pet food. Yves Bodet poursuit en se remémorant avoir dû se débattre avec des douaniers qui trouvaient des foies de volailles importés du Brésil pour le pet food trop beaux et voulaient les taxer comme s’ils étaient destinés à la consommation humaine ! En dehors de ces considérations réglementaires, les sous-produits animaux peuvent poser des problèmes sanitaires, ils sont classés par catégorie (encadré ci-contre).

Le fantasme des sous-produits

La question qu’un client posera au vétérinaire ne sera pas si ce qu’il mange sous forme d’andouillette l’été se retrouve dans les boîtes de son chat l’hiver, mais bien s’il est vrai qu’il y a des sabots, de la laine, des plumes, de la peau et autres joyeusetés dans les croquettes vendues par le praticien. Commençons par le plus simple, pour la laine et les sabots, c’est clairement non. En revanche, les soies de porc et les plumes sont utilisées sous forme hydrolysée pour apporter des acides aminés soufrés comme la cystéine (souvent sans dépasser 5 % de la formule). Les sous-produits de volaille ou de porc peuvent comporter leurs peaux, les pieds de porcs leurs os (en même temps, la peau de volaille ou le pied de porc sont des aliments comestibles pour l’homme). En ces temps de méfiance généralisée, la question est la suivante : des industriels peu scrupuleux pourraient-ils utiliser uniquement ces sous-produits à bas coût pour fabriquer une croquette ? Légalement oui, sauf s’ils veulent utiliser une allégation comme “au poulet”, auquel cas 15 % minimum du poulet incorporé doit être du tissu viandeux ou des abats. Mais une telle croquette composée de morceaux nutritionnellement peu intéressants serait de bien piètre qualité avec une faible digestibilité, un taux de cendre élevé, un taux de protéine faible et donc un aliment très bas de gamme à très bas prix. Géraldine Blanchard, spécialiste européenne en nutrition, rappelle le bon sens : « On en a toujours pour son argent, parfois moins, jamais plus ». Des croquettes à 50 centimes le kilo doivent amener à se poser la question des matières première utilisées. Mais même lorsqu’on se tourne vers le “premium”, peut-on faire confiance au packaging qui promet monts et merveilles ?

Allégations : entre réglementation et marketing

Certaines allégations (encadré page 44) sont très encadrées par la réglementation, notamment “sous contrôle vétérinaire” (avec le Code de déontologie), “naturel” ou “biologique”. Quelques-unes doivent répondre à des spécificités nutritionnelles (minima et maxima), encadrées par la Fédération européenne de l’industrie des aliments pour animaux familiers (Fediaf) : “alimentation pour tout stade de vie”, qui doit correspondre aux stades junior, grandes et petites races, “alimentation pour chiot/femelle en gestation/allaitement”, “alimentation pour chiot de grande race”, “alimentation pour chien adulte” ou les “parnuts” (encadré page 46)… D’autres allégations comme “stérilisé”, “senior”, “petit/grand chien”, “spécial race à la mode” et “spécial chien sensible” ne sont pas encadrées au niveau nutritionnel. Elles relèvent de la seule responsabilité du fabricant et doivent être « objectives, vérifiables et compréhensibles » (R.767/2009, article 13). Les produits doivent répondre à des modifications par rapport aux autres produits de la même marque ou à une même logique par rapport à un produit existant du même type. Ces allégations relèvent donc plus d’une classification marketing des produits au sein d’une gamme que d’une garantie d’adéquation nutritionnelle aux caractéristiques mentionnées. Cependant, même concernant les allégations réglementées, des dérives existent.

Une réglementation pas forcément connue ou respectée

Une enquête (mentions d’étiquetage sur les aliments pour chien et chat) de la Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) en 2016 avait montré que, dans un quart des échantillons contrôlés, des anomalies d’étiquetage et de composition étaient présentes : dénominations de matières premières, principalement d’origine animale, non conformes à la réglementation ou erreurs dans l’ordre des matières premières (qui doivent être mentionnées en ordre décroissant). 39 % des prélèvements réalisés avaient été déclarés non conformes aux teneurs garanties indiquées sur l’étiquette, l’administration pointait alors l’insuffisance des autocontrôles réalisés par les industriels. En effet, les grands distributeurs qui ne possèdent pas de capacité de production intégrée sous-traitent souvent la fabrication de leur produit à des usines plus ou moins scrupuleuses. Certaines allégations contrôlées par la DGCCRF étaient mensongères ou abusives, comme celles mettant en avant un ingrédient sans que son pourcentage pondéral ne soit indiqué. La mention “et légumes ajoutés” avait été retrouvée sur des produits contenant moins de 4 % de légumes. Il avait aussi été noté un emploi abusif de l’estampille “élaboré sous contrôle vétérinaire”, ainsi qu’une confusion entre la fabrication et le reconditionnement en France. Le qualificatif “vrai morceaux de viande” avait été utilisé pour qualifier des morceaux reconstitués à base de viande hachée et la mention “légumes du jardin” avait (étonnamment) été retrouvée mensongère. La palme revenait peut-être au biscuit “au bœuf”, qui ne contenait que des dérivés de produits sanguins sans aucun tissu viandeux, alors qu’il suffit de 4 % de bœuf pour mériter cette appellation. La DGCCRF, que nous avions contactée à l’époque, résumait alors : « Comme pour tout produit, on peut normalement se fier aux étiquettes, sauf en cas d’anomalie. » En effet, si personne ne fraudait tout irait bien. Que faire alors ? S’informer, connaître la réglementation et pointer du doigt les manquements des industriels. Pousser les clients et clientes à ne pas se fier au marketing et à demander des preuves aux entreprises qu’ils ou elles enrichissent. Ce ne sont pas les 11 avertissements, neuf injonctions et l’unique procès-verbal rédigé par la DGCCRF qui vont faire bouger les choses. En revanche, des consommateurs et consommatrices informés et exigeant de la transparence devraient pouvoir faire bouger les lignes… des étiquettes !

CLASSIFICATION DES SOUS-PRODUITS ANIMAUX

Catégorie 1 : risque pour la santé publique (présence éventuelle de prions ou de résidus de substances interdites). Ils sont obligatoirement détruits par incinération.
Catégorie 2 : risque moins important. Il n’y a alors pas d’obligation de les incinérer et ils peuvent être utilisés comme engrais ou compost.
Catégorie 3 : absence de risque. Ils ont passé le contrôle sanitaire en abattoir et peuvent donc être valorisés en alimentation animale. Ils sont sains, mais ne sont pas consommés par les humains.

QUELQUES DÉFINITIONS

Au poulet : la dénomination “au x” signifie uniquement que le produit contient plus de 4 % de “x”. Donc un aliment au poulet doit justifier de plus de 4 % de poulet dans sa composition. S’il contient aussi 4 % de bœuf et 4 % d’agneau, le même aliment dans un autre paquet pourra être étiqueté “au bœuf” ou “à l’agneau”. À savoir que tout ingrédient indiqué dans le titre du produit doit avoir son pourcentage précisé dans la liste d’ingrédient.

Cendres brutes, matières minérales ou inorganiques : ces termes correspondent à ce qui est récupéré quand l’aliment est brûlé. Cela représente la totalité des minéraux contenus dans l’aliment, en général 5 à 8 % du total d’un aliment sec. Ces minéraux proviennent des matières premières (protéines animales transformées, céréales, soja, etc.) et celles ajoutées pour équilibrer un aliment complet, c’est-à-dire un prémix minéral, si on fabrique un aliment complet industriel (croquettes ou pâtée), ou un complément minéral et vitaminique, si on cherche à équilibrer une ration ménagère. Les cendres brutes ne viennent donc pas uniquement des os (même s’ils en apportent beaucoup), mais sont apportées par tous les composants de la ration.

Hydrolysat : si on trouve ce terme en fin de liste des ingrédients, donc en petite quantité dans le produit, cela correspond souvent à des produits d’appétence obtenue par hydrolyse de foie ou de viscères. Certains pet fooders utilisent des hydrolysats pour l’apport de certains acides aminés (soufrés, par exemple) ou pour prétendre à une certaine hypoallergénicité, mais ce n’est pas le cas lorsque le poids moléculaire des protéines obtenues dépasse les 1 000 daltons (Da).

Lignocellulose : produit obtenu par transformation mécanique de bois naturel brut séché. Ce sont des fibres insolubles indigestibles et infermentescibles pour les carnivores, qui conditionnent le transit et le volume des fèces.

LES ALIMENTS À OBJECTIF NUTRITIONNEL PARTICULIER OU “PARNUTS”

Les aliments à objectif nutritionnel particulier (“aliments diététiques”) sont très encadrés par la réglementation européenne. Par exemple, un aliment dont l’objectif nutritionnel est le soutien de la fonction rénale en cas de maladie rénale chronique doit avoir pour caractéristiques essentielles une faible teneur en phosphore et une teneur réduite en protéines, mais de qualité élevée. Les déclarations d’étiquetage devront contenir la ou les sources de protéines, les teneurs en calcium, phosphore, potassium, sodium et la teneur en acides gras essentiels (si ajoutés). La phrase « Avant utilisation et avant prolongation de la durée d’utilisation, il est recommandé de consulter un vétérinaire » devra aussi être mentionnée et, dans le mode d’emploi, il sera nécessairement indiqué : « Eau disponible en permanence. » Pour chaque type d’aliment diététique (calculs urinaires, intolérances alimentaires, malabsorption/maldigestion, insuffisance cardiaque, diabète, insuffisance hépatique, surpoids, convalescence, dermatose, etc.), des caractéristiques nutritionnelles et d’étiquetage doivent être respectées. L’enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), menée en 2016, n’a pas montré d’allégations mensongères concernant les aliments diététiques, mais plutôt des mentions obligatoires manquantes sur les étiquettes.

PROTÉINES OU VIANDES ?

Que cache le terme “protéines déshydratées de poulet” ?
Charlotte Gnaedinger1 : Il est interchangeable avec celui de “farine de poulet” ou “poulet déshydraté”, voire le terme de “viandes de poulet déshydratées”, qui est encore accepté pour le moment. Ces termes équivalents peuvent désigner de la viande, des abats, des carcasses ou des os charnus (comme le cou) du poulet, ou un joyeux mixte du tout. On peut donc retrouver le meilleur comme le moins bon.
Bernard-Marie Paragon2 : Les protéines animales transformées ne sont rien d’autre que les anciennes “farines animales” de triste réputation depuis la crise de la “vache folle”. Elles sont produites, conformément au R.1069/2009, à partir des seuls sous-produits animaux de catégorie 3, c’est-à-dire des matières qui ne présentent pas de risque sanitaire pour la santé animale ou publique. Ce sont les seules qui peuvent être valorisées en alimentation animale. Elles comprennent notamment des parties d’animaux abattus et jugés propres à la consommation humaine, mais que la chaîne alimentaire humaine ne valorise pas, ainsi que les denrées alimentaires d’origine animale non destinées à l’alimentation humaine pour des raisons commerciales. On y retrouve évidemment le sang (comme dans le boudin !), mais pas les plumes.

Pourquoi utiliser le terme “protéines” plutôt que “viande” ?
C. G. : “Protéines” est un terme qui pourra être lu de plus en plus au dos des compositions. À la suite des discussions aux niveaux français et européen au sein de la Facco3 et de la Fediaf4 (les fédérations de pet fooders), l’emploi du terme “viande” n’est, depuis l’année dernière, possible qu’en cas d’utilisation de muscles striés squelettiques uniquement (règlement 2017/1017). Pour le moment, la mise en pratique de cette nouvelle réglementation ne semble pas encore appliquée par tous les fabricants et revendeurs. Le terme “viande” a été – et est encore plus aujourd’hui – beaucoup moins bien encadré outre-Atlantique. On retrouve ainsi des produits canadiens affichant le terme “viande”, alors qu’en Europe cela correspondrait à des protéines.


1 Ingénieure agronome spécialisée en nutrition animale travaillant dans le pet food.
2 Professeur de nutrition émérite de l’École nationale vétérinaire d’Alfort.
3 Fédération des fabricants d’aliments pour chiens, chats, oiseaux et autres animaux familiers.
4 Fédération européenne de l’industrie des aliments pour animaux familiers.

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