La diéthanolamine sur la sellette ? - La Semaine Vétérinaire n° 1762 du 04/05/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1762 du 04/05/2018

MÉDICAMENTS VÉTÉRINAIRES

ACTU

Auteur(s) : MICHAELLA IGOHO-MORADEL 

Le retrait de la diéthanolamine de la liste “ out of scope ” du règlement fixant les limites maximales de résidus (LMR) inquiète le comité de suivi des médicaments vétérinaires de l’ANMV, qui redoute de possibles arrêts de fabrication, avec des risques de rupture de médicaments contenant cette substance.

Le procès-verbal1 de la réunion du comité de suivi des médicaments vétérinaires de l’Agence nationale de sécurité sanitaire-Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV), qui s’est tenue le 15 mars dernier, a été publié le 17 avril. Le comité revient notamment sur deux points qui restent d’actualité : le statut de la diéthanolamine et l’utilisation des autovaccins chez les ruminants.

Le cas de la diéthanolamine en discussion

La diéthanolamine est-elle sur la sellette ? En janvier dernier, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a retiré cette substance de la liste “out of scope” du règlement fixant les limites maximales de résidus (LMR). Ce sujet a fait l’objet d’une information lors de la dernière réunion du comité de suivi de l’ANMV. Conséquence de cette décision, selon ce dernier, « la substance n’a plus de statut au regard du règlement LMR. Ce classement a un impact sur les médicaments contenant de la diéthanolamine, principalement les médicaments injectables à base de flunixine (anti-inflammatoires) ». Le groupe de travail rappelle que des solutions alternatives sont disponibles sur le marché, « mais la part des AINS 2 à base de flunixine est importante ». Le retrait du marché de médicaments vétérinaires contenant de la diéthanolamine a même été évoqué. En France, cela concernerait plus de dix médicaments vétérinaires injectables, dont ceux à base de flunixine utilisés chez les porcins, les bovins et les équins. De son côté, le comité de suivi rappelle que « la finadyne est un produit majeur dans l’arsenal thérapeutique et que sont concernés les produits injectables à base de flunixine, ainsi que deux médicaments présentant des sulfamides en association ». Au niveau européen, cette décision a vivement été contestée par les États membres, notamment par la Belgique, qui est à l’origine d’une procédure visant à évaluer le risque potentiel pour le consommateur et la possibilité de définir une LMR. Le comité ne cache pas son inquiétude face à cette situation. « Les mesures de gestion adaptées seront définies au vu des conclusions de la procédure de référé. Le comité de suivi s’inquiète de possibles arrêts de fabrication avec des risques de rupture », alerte-t-il. Une consultation publique a été lancée à ce sujet, jusqu’au 14 mai, par le comité des médicaments vétérinaires de l’EMA3.

6 000 doses d’autovaccins en 2017 ?

Les autovaccins ont également fait l’objet d’un point d’information. Leur utilisation était prévue dans la mesure 15 du plan ÉcoAntibio 2017, afin de réduire le recours aux antibiotiques. En novembre 2016, un arrêté réintroduisait la possibilité d’utiliser des autovaccins chez les ruminants, mais sous certaines conditions relatives notamment aux matrices utilisées pour prélever l’agent bactérien, comme le rappelle le comité de suivi de l’ANMV. Ainsi, leurs indications et leur utilisation restent très encadrées. Il est notamment possible d’y avoir recours pour traiter des affections bactériennes telles que les mammites. Lors de sa dernière réunion, le comité de suivi des médicaments vétérinaires a amorcé une discussion préliminaire sur le bilan de cette mesure. Il indique s’interroger sur la réelle mise en œuvre de cette possibilité en thérapeutique : « Les bilans de pharmacovigilance établis par les établissements préparateurs d’autovaccins montrent une production de 6 000 doses pour les ruminants sur l’année 2017 sur 135 millions de doses d’autovaccins au total. » Ces données reflètent-elles une réalité de terrain ? Deux thèses d’exercice vétérinaire pourraient être réalisées sur l’utilisation des autovaccins chez les ruminants. Ces études devraient revenir plus en détail sur ces données. Par ailleurs, le comité indique que la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) prépare un guide de bonnes pratiques d’utilisation des autovaccins par les vétérinaires faisant suite aux recommandations de l’Anses dans son avis 2011-SA-0156 d’octobre 2013. Ce guide sera présenté en séance plénière et en commission petits ruminants lors des journées nationales des GTV en 2018.

1 bit.ly/2KsdyRk.

2 Anti-inflammatoires non stéroïdiens.

3 bit.ly/2JHfnJ6.

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