Les vétérinaires éthologues européens s’opposent au dressage par collier électrique - La Semaine Vétérinaire n° 1761 du 27/04/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1761 du 27/04/2018

COMPORTEMENT

PRATIQUE CANINE

L'ACTU

Auteur(s) : CÉCILE NICOLE 

La Société européenne d’éthologie clinique vétérinaire prend position pour l’interdiction de la vente des colliers électriques, aux multiples effets néfastes sur le bien-être, le comportement et la santé des chiens.

L’European Society of Veterinary Clinical Ethology (ESVCE)1 s’est positionnée sur le sujet controversé des colliers électriques, lors de sa dernière assemblée générale annuelle. Plusieurs pays européens ont d’ores et déjà décidé de les interdire ou de limiter leur utilisation pour le bien-être du chien. Il existe trois types de dispositifs : les colliers anti-aboiement, les clôtures électroniques de limite de zone et les colliers électriques télécommandés à distance. Leur emploi se fonde sur deux principes d’éducation : la punition positive (un événement aversif suit un comportement indésirable) et le renforcement négatif (un événement aversif cesse au moment où le comportement désiré apparaît). L’ESVCE a compilé les arguments avancés dans les diverses publications en faveur et en défaveur de leur utilisation, en apportant une réponse.

Des arguments “pour” démontés par les éthologues

Parmi les arguments en faveur de l’utilisation des colliers électriques figure l’intensité contrôlable des dispositifs, ce à quoi l’ESVCE oppose que de nombreux paramètres sont susceptibles de modifier le choc, et donc la douleur ressentie, tels que l’amplitude, certes, mais aussi la durée de la décharge, la taille des électrodes, l’avertissement sonore, la longueur des poils, le degré d’humidité et l’hydratation de la peau et la quantité de graisse sous-cutanée. Une intensité trop élevée entraîne une douleur et une peur (responsables de phobies, d’agressions et d’une anxiété, bloquant à leur tour les apprentissages), et une intensité trop faible induit une accoutumance et renforce le comportement non désiré. Le faible coût de ces matériels n’est pas non plus recevable en ce qui concerne le bien-être animal. Au dire de certains, ces dispositifs permettraient de faire apparaître des comportements alternatifs souhaités. Or des techniques non aversives existent, qui obtiennent le même résultat. Enfin, des auteurs expliquent que ces colliers résolvent des troubles comportementaux impossibles à traiter avec une autre méthode. L’ESVCE souligne que, à ce jour, aucune étude

n’a validé cette allégation. Certains prétendent qu’il s’agit d’une solution de facilité. Or elle ne prend en charge que le comportement indésirable, et non les mécanismes qui en sont responsables.

Des arguments “contre” qui l’emportent

L’ESVCE pointe les effets indésirables des dispositifs électriques de dressage. Par exemple, le fait que le stimulus aversif puisse être associé à un signal externe ou environnemental non contrôlable, incluant le dresseur lui-même. De plus, le déclenchement du choc doit être parfaitement concomitant de l’occurrence du comportement indésirable, ce qui nécessite une formation de l’utilisateur pour limiter le risque d’agression. En outre, un comportement non désiré peut faire partie du répertoire canin. Par ailleurs, des abus sont possibles selon l’état émotionnel du dresseur (énervement, colère, etc.). Ce type de matériel induit également des modifications physiologiques (augmentation du taux de cortisol salivaire et de la fréquence cardiaque), des comportements liés à une anxiété persistante en dehors de l’entraînement, voire des brûlures (pouvant aller jusqu’à la nécrose). Enfin, toute technique punitive est contraire au bien-être animal et s’accompagne de la dégradation de la relation homme-chien.

Faire évoluer la réglementation

L’utilisation du collier électrique est ainsi associée à de nombreux dangers bien documentés concernant la santé, le comportement et le bien-être des chiens. Tout trouble du comportement préexistant est susceptible de se détériorer, avec le risque qu’émerge une complication supplémentaire. C’est encore plus vrai lorsque l’utilisateur n’est pas formé. Or aucune réglementation européenne n’existe à ce sujet et de nombreux usagers ne sont donc pas qualifiés. De plus, la supériorité du collier comparativement à un entraînement positif n’a été démontrée par aucune étude. Des solutions alternatives peuvent être adoptées, comme le collier avec pulvérisation, les clôtures électroniques avec des drapeaux permettant au chien d’apprendre les limites du terrain, etc. L’ESVCE est donc fortement opposée à l’emploi de ces dispositifs électriques et exhorte tous les pays européens à se positionner sur ce sujet en interdisant leur vente, leur distribution et leur promotion, notamment sur Internet.

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