Effets de l’enrichissement du milieu de vie sur les truies et les porcelets - La Semaine Vétérinaire n° 1761 du 27/04/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1761 du 27/04/2018

CONFÉRENCE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : TANIT HALFON 

Une étude s’est penchée sur l’impact de l’enrichissement du milieu de vie sur le stress des truies en gestation et la survie des porcelets. Pour ce faire, trois groupes de truies sont constitués : un groupe C intégré dans un système conventionnel, avec caillebotis intégral et une surface par truie de 2,4 m2, un groupe CE bénéficiant d’un système conventionnel enrichi, avec caillebotis intégral et l’ajout d’objets manipulables (pièce de chêne accrochée à une chaîne le long de la paroi des cases ; trois dispositifs par case) et de granulés de paille à l’auge à la fin de chaque repas, et un groupe L placé dans un système avec litière de paille, pour une surface par truie de 3,5 m2. Au total, 83 truies sont incluses dans l’étude (C : 26, CE : 30, L : 27). Les truies gestantes cohabitent par groupe de sept à 10 individus par case. Elles sont ensuite transférées à 105 jours de gestation dans des salles de maternité de 10 places de type conventionnel (truies bloquées sur sol caillebotis ; loge de 4,86 m2). La génétique1, les aliments2 et la conduite de reproduction3 sont identiques pour les truies des trois groupes.

Trois types de variables mesurées

Les performances zootechniques des truies sont évaluées : le poids avant insémination, au transfert en maternité et au sevrage, et l’épaisseur de lard et de muscle dorsal, mais aussi les performances reproductives, avec le nombre de porcelets par portée (nés totaux, nés vivants et morts très précocement4), leur poids à la naissance et au sevrage, leur gain moyen quotidien, et le nombre de porcelets sevrés. Le comportement des truies est observé à 101 jours de gestation, pendant 4 heures, par scan de 7 minutes. Les observateurs notent la posture (debout, assis, couché) et l’activité des animaux (repos dans le réfectoire ou la loge, investigation des objets disponibles, interactions sociales, déplacement, stéréotypies, ingestion à l’auge, notamment). Les interactions sociales négatives et les investigations sont également enregistrées visuellement en continu. Enfin, le taux de cortisol salivaire est mesuré à 14, 105 puis 107 jours de gestation, en tant qu’indicateur du niveau de stress pendant la gestation.

Un stress et une mortalité très précoce diminués

Les truies du groupe L présentent une épaisseur significativement plus grande du muscle dorsal au transfert en maternité, mais en perdent davantage au sevrage, par rapport aux autres groupes. Ces résultats pourraient s’expliquer par une activité physique plus élevée, en lien avec la paille, et une surface plus grande pour chaque animal, et/ou par une concentration en cortisol réduite (hormone qui favorise le catabolisme lipidique et protéique). Les truies du groupe L présentent un taux significativement plus faible de cortisol salivaire à 14 et 105 jours de gestation, mais cet écart n’est plus significatif à 107 jours de gestation quand toutes les truies sont en loge individuelle de mise bas. De plus, les truies du groupe CE présentent des concentrations identiques au groupe C à 14 jours de gestation, puis des concentrations intermédiaires entre les deux autres groupes à 105 jours de gestation. Ces résultats suggèrent que l’enrichissement du milieu et de l’alimentation par des objets manipulables et des granulés de paille tend à réduire le niveau de stress au moins en fin de gestation. Le nombre de porcelets morts très précocement est significativement plus élevé pour les truies du groupe C. Les mortalités pendant la lactation, ainsi que les tailles de portée à la naissance et au sevrage ne diffèrent pas entre les groupes. Bien que, dans chacun d’eux, le poids moyen des porcelets reste le même, la proportion de porcelets pesant plus de 1,8 kg à la naissance est significativement plus élevée dans le groupe L. Ce résultat participerait aux différences de mortalité observées.

Des investigations du milieu de vie accrues

Les truies du groupe C présentent des stéréotypies significativement plus marquées, reflétant un état de frustration et de stress accentué. Quel que soit le groupe, les truies sont au repos surtout dans le réfectoire, avec un temps de présence significativement plus élevé pour les individus du groupe CE. L’observation par scan montre une activité d’investigation nettement plus faible chez les truies des groupes C et CE par rapport au groupe L, avec une grande variabilité interindividuelle. L’observation en continu révèle aussi un nombre moyen de séquences d’investigation supérieur dans le groupe L, avec toujours une grande variabilité interindividuelle. Le nombre de truies impliquées dans ces investigations est significativement plus élevé pour le groupe L (26 truies sur 26) et le groupe CE (29 sur 30), en comparaison avec le groupe C (17 sur 27). Enfin, la nature du substrat disponible influence nettement les séquences d’investigation. Par exemple, les truies du groupe C utilisent la loge plus fréquemment que celles des deux autres groupes.

1 Truies croisées landrace x large white.

2 Aliments de gestation et de lactation conventionnels.

3 Induction des mises bas à 114 jours par injection de cloprostenol. Après la mise bas, injection de sérotonine, puis de dinoprostone.

4 Mort-nés et morts sous 12 heures.

Hélène Quesnel Chercheuse à l’Inra, UMR 1348 Pegase. Article rédigé d’après une présentation faite lors des journées de la recherche porcine à Paris, les 6 et 7 février 2018.

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