Botanic retire de ses ventes les antiparasitaires à base de fipronil, perméthrine et tétraméthrine - La Semaine Vétérinaire n° 1761 du 27/04/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1761 du 27/04/2018

GRANDE DISTRIBUTION

ACTU

Auteur(s) : CHANTAL BÉRAUD   

L’enseigne de jardinerie-animalerie incite les propriétaires d’animaux à bannir l’utilisation de molécules qu’elle juge toxiques. Une décision qui fait débat.

Botanic incite désormais ses clients à préférer « la manière douce et naturelle » pour protéger les animaux de compagnie contre les parasites. L’enseigne explique que « traiter un animal par prévention ne sous-entend pas l’arroser quotidiennement de produits chimiques nocifs et irritants. Côté chiens, les huiles essentielles font des miracles. Pour les chats, les extraits naturels (hydrolats) sont tout à fait adaptés à leur sensibilité ».

Effet pub ou prise de conscience ?

L’entreprise justifie sa décision de bannir les produits chimiques (antiparasitaires externes à base de fipronil, perméthrine et tétraméthrine) en citant notamment une étude Exppert (exposition aux pesticides perturbateurs endocriniens) de l’organisation non gouvernementale Générations futures, datée de 20141. L’analyse de cheveux d’enfants avait permis d’y constater la présence de fipronil et de perméthrine (notamment en raison de l’usage, dans les foyers, de bombes à usage domestique contre les insectes et les arachnides). Une nouvelle étude2, publiée en mars 2018 dans le Journal of Alzheimer’s Disease, note également que « le fipronil, largement utilisé en agriculture, en lutte antiparasitaire urbaine et en médecine vétérinaire, s’accumule de façon stable dans les tissus adipeux et est capable de traverser la barrière hémato-encéphalique, ce qui le qualifie d’Alzheimerogène potentiel ». Le fipronil a d’ailleurs été interdit d’usage dans l’agriculture française, car cette substance est jugée dangereuse pour les abeilles. Par ailleurs, l’Environmental Protection Agency (EPA) américaine classe le fipronil comme cancérigène possible.

Avec quelles premières réactions ?

Aussitôt, le Syndicat de l’industrie du médicament et réactif vétérinaires (SIMV) a rappelé que les antiparasitaires ne sont pas des pesticides mais des médicaments vétérinaires, et que le fipronil est autorisé en santé animale. Il a aussi indiqué qu’en matière de pharmacovigilance, « les antiparasitaires à base de fipronil gardent un rapport bénéfice-risque positif ».

Pour sa part, le dernier rapport annuel (2016) de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur la surveillance des médicaments vétérinaires après autorisation de mise sur le marché (AMM) met surtout en garde contre l’usage de la perméthrine pour les chats, rappelant que « cette molécule est contre-indiquée dans cette espèce et que, chaque année, de nombreux félins sont encore victimes d’intoxications, entraînant l’apparition de signes neurologiques sévères, pouvant parfois conduire à la mort de l’animal ». Toutefois, comme plusieurs cas d’intoxication, « plus ou moins graves », ont également été répertoriés chez le chien et chez l’homme, l’agence estime aussi que les déclarations de pharmacovigilance restent indispensables pour permettre d’améliorer les connaissances au sujet de la perméthrine.

Les “événements” récents conduiront-ils les pouvoirs publics à réévaluer l’autorisation de ces différentes substances ? Pour l’heure, l’Anses a uniquement réagi en publiant un communiqué rappelant les principales précautions d’utilisation des antiparasitaires vétérinaires3, dont ne pas laisser les enfants jouer avec les animaux traités tant que le site d’application n’est pas sec (ou après un délai prescrit lorsque celui-ci est mentionné dans la notice) et ne pas utiliser d’antiparasitaires destinés aux animaux pour traiter les poux des enfants !

1 bit.ly/2HlTzlb.

2 bit.ly/2HJpxLS.

3 bit.ly/2qXGgRk.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr