FCO : des symptômes variés - La Semaine Vétérinaire n° 1757 du 30/03/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1757 du 30/03/2018

FIÈVRE CATARRHALE OVINE

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE 

Les derniers signes cliniques induits par les virus BTV-4 et 8 en France métropolitaine ont été précisés dans un rapport rendu le 12 mars dernier sur la plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale de l’Anses.

La fièvre catarrhale ovine (FCO) est présente en France continentale depuis septembre 2015 pour le BTV-8 et depuis novembre 2017 pour le BTV-4 (en Corse, depuis décembre 2016). Dans un rapport publié le 12 mars dernier sur la plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale (ESA), l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses)1 a rappelé les principaux signes cliniques pouvant être reliés aux différents foyers de FCO identifiés en France métropolitaine depuis 2006, afin de faciliter l’identification par les vétérinaires et par les éleveurs des animaux potentiellement atteints.

Nouveaux signes cliniques liés au BTV-8 ?

Jusqu’à l’épizootie de FCO de sérotype 8, qui a débuté en Europe en 2006, l’infection des animaux était considérée comme “modérée”, engendrant des signes cliniques pouvant passer inaperçus chez les bovins. Les seuls signes cliniques rencontrés (ulcérations et croûtes sur le mufle et dans la cavité buccale, amaigrissement et boiteries) concernaient alors les ovins, dont le taux de mortalité était d’ailleurs plus élevé. Ce sont ensuite les études menées sur le terrain entre 2008 et 2009 en France et en Belgique qui ont permis de voir les premiers symptômes chez les bovins (conjonctivite, jetage nasal, érosion de la muqueuse nasale et lésions de la cavité buccale). Cependant, lors de la dernière épizootie (2016-2018), la plupart des foyers ont été détectés dans le cadre des analyses réalisées à la suite des mouvements d’animaux, et beaucoup plus rarement parce que des signes cliniques étaient apparus. Les animaux symptomatiques présentaient alors les signes habituels, de même que d’autres symptômes plus frustres (abattement, dépression, perte d’appétit et de poids), des avortements (32 %) et une raideur des membres ou une incapacité à se lever (20 %). On peut noter ici qu’une part importante des foyers cliniques chez les bovins a été détectée à la suite d’avortements, majoritairement non concomitants avec d’autres signes cliniques. Cependant, la proportion exacte des avortements ayant un lien de causalité avec la FCO reste à consolider. Enfin, les caprins présentent généralement des signes cliniques moins marqués et moins fréquents (parfois seulement des avortements) que les ovins et les bovins.

Le BTV-4, symptomatique chez les petits ruminants en Corse

En Corse, pour le sérotype 4, les signes cliniques (abattement, œdème de la face, intermandibulaire ou du mufle, érosions, ulcères ou les croûtes sur le mufle, jetage nasal, perte d’appétit, hyperthermie, perte de poids, raideur des membres) n’ont été observés que chez les ovins et les caprins. En France continentale, aucun signe clinique évocateur de FCO n’a été rapporté dans les élevages détectés à la suite de la surveillance événementielle. Cependant, chez les ovins, le nombre de foyers étant très faible, il est recommandé de rester vigilant concernant l’impact clinique de la FCO-4.

Lien entre avortements et BTV-8

Au-delà de la sensibilité propre des espèces hôtes au BTV, l’expression clinique est la résultante de différents facteurs (souche virale, caractéristiques propres à l’individu ou à l’espèce de culicoïde). Par ailleurs, un certain nombre d’infections chroniques concomitantes pourraient aggraver les signes cliniques et les conséquences de l’infection virale. Et, dans un contexte de forte circulation du virus, la vigilance des éleveurs et des vétérinaires tend à se renforcer, ce qui peut engendrer une augmentation de l’attention portée à des signes cliniques peu caractéristiques, mais agissant comme signaux d’appel. Une augmentation du nombre d’avortements chez les bovins a ainsi été identifiée lors de la dernière épizootie de FCO, ainsi qu’une augmentation du nombre des retours en chaleur très tardifs et des naissances prématurées. Bien qu’un lien statistique ait pu être établi entre les fluctuations temporelles de différents indicateurs des performances de reproduction et la circulation du BTV-8, le lien de causalité entre la FCO et des avortements isolés s’avère complexe. En effet, les diagnostics d’avortement représentent un challenge important et s’effectuent généralement à la suite d’un protocole incluant plusieurs tests diagnostiques et une anamnèse précise, ce qui n’a pas été réalisé sur la plupart de ces cas (aucun prélèvement n’a été effectué sur les avortons). Même si la transmission transplacentaire du BTV-8 aux agneaux, aux chevreaux et aux veaux a été rapportée dans différentes études expérimentales et confirmée par l’analyse de données de terrain, ce ne sont pas des signes d’appel de cette maladie et ils sont souvent d’origine multifactorielle. Une révision des critères de suspicion clinique de FCO est donc en cours ; elle inclura la prise en compte des avortements, avec des modalités de confirmation biologique adaptées.

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