Détection du stress chez les animaux en structure vétérinaire - La Semaine Vétérinaire n° 1754 du 09/03/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1754 du 09/03/2018

SYNTHÈSE

PRATIQUE CANINE

Formation

Auteur(s) : JUSTINE GUILLAUMONT ET LORENZA RICHARD  

Dans une démarche de bien-être des animaux en clinique vétérinaire, leur niveau de stress peut être évalué, au même titre que leur santé physique. En effet, une telle structure est souvent un lieu stressant pour les animaux, qui font face à un nouvel environnement (odeurs, bruits, signes de mal-être chez des congénères, etc.) et qui peuvent être séparés de leur propriétaire lors d’une hospitalisation.

Différents types de stress

Le stress est une contrainte ou une tension physique, mentale ou émotionnelle en réponse à un stimulus aversif intense ou prolongé. Il peut survenir dans toute situation qui fait ressentir à l’animal de la frustration, de la peur ou de l’anxiété.

La frustration est une émotion attribuée à des facteurs externes qui sont au-delà du contrôle de l’animal, en relation avec des besoins non satisfaits, des difficultés non résolues ou un comportement irréalisable.

La peur est une réponse émotionnelle directe à un stimulus potentiellement douloureux. Elle implique une activation de la réponse de stress et d’une activité motrice appropriée.

L’anxiété est une réponse émotionnelle à un stimulus qui prédit un événement potentiellement douloureux. Elle provoque également une activation de la réponse de stress.

Le stress physiologique est dû à une exposition à un stimulus physique, systémique ou environnemental qui perturbe l’équilibre homéostatique du corps. Le stress non physiologique ou psychogénique concerne une exposition à des contraintes psychologiques ou sociales qui perturbent le bien-être psychique de l’animal. Il peut évoluer en détresse.

Enfin, le stress peut être aigu (il survient rapidement après le stimulus en cause et dure quelques heures) ou chronique (il apparaît alors progressivement et peut persister jusqu’à plusieurs semaines)1. À long terme, le stress chronique augmente les risques de dérèglement du système immunitaire, de désordres gastro-intestinaux et de dysfonctionnement du système cardiovasculaire. Il peut également diminuer la vitesse de cicatrisation ou de rétablissement après une intervention chirurgicale2.

Être attentif aux signaux comportementaux

Le stress provoque notamment une libération rapide de glucocorticoïdes, pour assurer un comportement de fuite ou de combat en cas de menace. Sont ainsi observées une augmentation de la fréquence et du débit cardiaques, de la fréquence respiratoire, une vasodilatation dans les organes vitaux et une réduction des fonctions digestives et reproductives. Toutefois, la mesure de marqueurs physiologiques (taux de cortisol sanguin, urinaire ou salivaire, fréquence cardiaque et sa variation, taux de protéine C-réactive, etc.) est difficilement interprétable chez les animaux malades. De même, l’utilisation d’outils comme des harnais ou des colliers permettant d’obtenir des informations sur le bien-être de l’animal (fréquence cardiaque, température, temps d’activité, etc.) est encore peu documentée et peu applicable en structure vétérinaire.

Ainsi, la formation du personnel à la détection des signes comportementaux de stress émis par les animaux est essentielle (encadré page précédente). Ces manifestations sont variables d’un individu à l’autre, et il peut être difficile de distinguer des signaux de stress, de peur, d’anxiété, de colère ou de douleur. En effet, la différence entre les souffrances physiques et psychologiques est parfois difficile à établir.

Une démarche de bien-être

Le personnel vétérinaire est concentré sur les soins et le trouble de santé des animaux, si bien que le bien-être est parfois mis à l’écart, alors qu’il est également la clé de leur remise en forme. Par exemple, caresser les animaux dont le réveil est difficile en raison de la douleur éprouvée ou d’une altération de leur état de conscience les apaise et les aide à se réveiller plus calmement. L’expérience acquise auprès des animaux, jointe à l’empathie ressentie pour eux, permet de juger plus justement de leur état mental, certaines personnes restant néanmoins moins sensibles que d’autres. Des formations (comme Animal Friendly 3) ont pour objectif de proposer aux praticiens et à leurs auxiliaires des solutions pour réduire le stress des animaux (aménager les salles d’attente, organiser le planning, améliorer la contention, détecter les signaux de stress et développer le medical training). L’idée est que toute personne qui intervient dans une structure vétérinaire devienne capable d’évaluer le plus justement possible l’état de mal-être des malades et d’y réagir rapidement.

En effet, bien que la prise en compte du bien-être de l’animal et de son état de stress en clinique vétérinaire soit assez récente et que peu d’études scientifiques existent encore sur les méthodes de suivi et les outils de mesure de ces phénomènes, de plus en plus de chercheurs s’intéressent au sujet. Des procédures permettant de mieux appréhender les états mentaux et les comportements des animaux chez eux et en structure vétérinaire seront disponibles à l’avenir (encadré ci-dessus).

1 Willen R. M. Factors determining the effects of human interaction on the cortisol levels of shelter dogs. 2015. bit.ly/2CRskMo.

2 Hekman J., Karas A., Sharp C. Psychogenic stress in hospitalized dogs: cross species comparisons, implications for health care, and the challenges of evaluation. Animals.2014; 4(2):331-347.

3 Voir La Semaine Vétérinaire n° 1716 du 22/4/2017, page 18.

PRINCIPAUX MARQUEURS COMPORTEMENTAUX DE STRESS OBSERVÉS CHEZ LES CHIENS ET LES CHATS EN STRUCTURE VÉTÉRINAIRE1

- Troubles de l’élimination (urines et selles).
- Vidange des glandes anales.
- Halètement.
- Augmentation des fréquences respiratoire et cardiaque.
- Tremblements.
- Rigidité musculaire avec des trémulations.
- Léchage des lèvres, du museau, du corps.
- Hypersalivation.
- Bâillements.
- Mydriase.
- Vocalisations excessives ou hors contexte.
- Immobilité(freezing)ou réduction importante de l’activité.
- Excitation ou augmentation importante de l’activité.
- Volonté de se cacher ou de s’échapper.
- Langage corporel de désengagement (détournement de la tête ou éloignement des autres individus).
- Tête baissée.
- Corps abaissé avec la queue entre les pattes.
- Oreilles en arrière, plaquées contre la tête.
- Hypervigilance à des stimuli qui n’impliquent pas habituellement de réaction.
- Position patte levée, prêt à s’enfuir.
- Proximité forte avec les propriétaires.
Chez les animaux hospitalisés sont également observables :
- Altération des fréquences d’alimentation et de prise de boisson.
- Augmentation ou diminution de la fréquence de toilettage, automutilation.
- Augmentation de la réactivité, de l’agressivité.
- Aboiements, plaintes aiguës.
- Changements de fréquence et/ou d’intensité dans les comportements habituels.

1 Sonntag Q., Overall K. L. Key determinants of dog and cat welfare: behaviour, breeding and household lifestyle. 2014. bit.ly/2F0jHFn.

INFLUENCE DE DIVERS FACTEURS SUR LE STRESS DES ANIMAUX EN CLINIQUE VÉTÉRINAIRE

Les résultats d’une étude menée par Justine Guillaumont auprès de 61 propriétaires dans le cadre de son master d’éthologie à la clinique vétérinaire du pont de Neuilly (Hauts-de-Seine) montrent que :
- les chiens sont significativement moins stressés que les chats ;
- les chiots et les seniors sont significativement moins stressés que les adultes ;
- les mâles sont significativement moins stressés que les femelles et les animaux non stérilisés le sont significativement moins que les stérilisés ;
- le niveau de stress du propriétaire influe sur celui de l’animal ;
- les chiens tenus en laisse sont significativement plus stressés que ceux qui circulent librement dans la clinique.
Par ailleurs, les propriétaires ont été invités à évaluer le rôle des animaux résidents de la clinique sur leur animal. Ils ont estimé que cette présence avait la vertu d’apaiser (29 % des répondants) et de distraire (25 %). Parmi les retours négatifs, 16 % ont trouvé que cela stressait et 5 % que cela dérangeait. 8 % ont considéré leur rôle variable, 7 % que cela n’avait aucune influence, et 10 % étaient sans avis.

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