Optimisation de la fixation de tubes par lacet chinois - La Semaine Vétérinaire n° 1753 du 24/02/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1753 du 24/02/2018

SYNTHÈSE

PRATIQUE CANINE

Formation

Dans de nombreuses situations cliniques, il peut être indiqué de placer des sondes de nutrition, afin de supplémenter aux besoins caloriques des animaux (sondes naso-œsophagienne ou naso-gastrique, d’œsophagostomie, de gastrostomie ou de jéjunostomie), de mettre en place des drains (thoracique, abdominal ou pour la gestion de plaies) ou une dérivation des urines (cystostomie). La technique de fixation de ces tubes est déterminante pour en assurer le bon fonctionnement et la pérennité. Une fixation déficiente peut être à l’origine de complications : migration du dispositif, plicature ou obstruction de sa lumière, retrait prématuré. Une mobilité excessive du tube peut entraîner des complications sévères, comme une péritonite pour une sonde de gastrostomie ou de jéjunostomie, ou un pneumothorax pour un drain thoracique. Une étude rapporte un taux de complications de 20 % à la suite de la pose d’un drain thoracique.

Intérêt du lacet chinois

Plusieurs méthodes de fixation des drains et des sondes ont été décrites dans la littérature. La technique dite du lacet chinois est celle de choix employée couramment en clinique. L’utilisation d’un ruban adhésif ou de sutures circonférentielles a également été décrite, mais elle est nettement moins efficace. Le lacet chinois a la particularité de générer une force constrictive sur le tube lorsqu’une traction est appliquée sur celui-ci, évitant son retrait prématuré. Cependant, lors de la réalisation du lacet chinois, la nature des nœuds et leur disposition peut varier entre chirurgiens. Cette variabilité peut être à l’origine d’une efficacité inégale d’un motif de lacet à l’autre et de risque de complications lié à la mobilité d’un drain ou d’une sonde.

Placement du lacet chinois

Une étude récente1 décrit six types de lacets chinois employés par différents cliniciens (figure) et compare leur résistance lors de traction. Quel que soit le motif de lacet, chaque nœud doit entraîner une légère déformation du tube afin d’assurer un bon ancrage. Un minimum de quatre répétitions du motif est conseillé pour limiter le risque de déplacement du tube. Parmi les six motifs décrits, les quatre qui alternent un nœud d’un côté du tube et un croisement des fils de l’autre côté (I, II, III et IV sur le schéma) se sont révélés plus sûrs d’un point de vue biomécanique. Aucune différence n’a été détectée entre ces quatre motifs. Les deux autres étaient associés à un risque plus important de glissement du tube. Ceci démontre que le positionnement de nœuds de chaque côté du tube empêche une friction suffisante entre le tube et le fil de suture, et fait obstacle à la production d’une force constrictive sur le tube lorsqu’une traction est appliquée sur celui-ci. Ceci peut être secondaire à la difficulté d’appliquer une tension adéquate sur chaque brin lors du serrage des nœuds de part et d’autre ou à l’absence de contact à proximité des nœuds entre le fil de suture et le tube.

Choix du fil

D’autre part, dans plus de 87 % des cas, l’échec de la fixation du tube par lacet chinois était secondaire à une rupture au niveau du premier nœud de fixation sur la peau. Il est ainsi important de choisir un matériel de suture adapté. Ce fil doit être suffisamment flexible pour faciliter le placement et le serrage des nœuds, mais également assez rigide pour éviter un étirement majeur. Les fils tressés résorbables sont à proscrire en raison du risque de colonisation bactérienne et de leur durée de vie limitée. Les fils de suture monofilament non résorbables sont donc considérés comme la suture de choix pour la fixation d’un drain ou d’une sonde. Outre ces recommandations, les auteurs de ce résumé conseillent de porter attention au point d’ancrage initial dans les tissus avant la réalisation du lacet chinois, à la mise en place d’une suture en bourse et, lorsque cela est indiqué, à la pexie de l’organe dans lequel le tube est inséré.

1 Earley N.F., Meakin L.B., Parsons K.J. et coll. Mechanical properties of 6 finger-trap suture techniques. Vet. Surg. 2017;46(6):765-772.

Retrouvez les références bibliographiques de cet article sur bit.ly/2F9KLRy

Tiare Delaune Praticienne au CHV Saint-Martin à Saint-Martin-Bellevue (Haute-Savoie).

Fabrice Bernard Praticien au CHV Saint-Martin à Saint-Martin-Bellevue (Haute-Savoie).

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