Tiques, chevreuils, bétail : le cycle de l’intrigante Anaplasma phagocytophilum - La Semaine Vétérinaire n° 1752 du 16/02/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1752 du 16/02/2018

FAUNE SAUVAGE

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : SERGE TROUILLET 

Des chercheurs ont mis en évidence que les chevreuils ne sont pas, comme on le pensait jusque-là, la principale source d’infection des tiques par des souches pathogènes pour le bétail et l’homme.

Dans le cadre d’un projet de l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui s’intéressait de manière large à l’influence de la structure du paysage sur la dissémination des pathogènes et des parasites, une étude a été menée, par des chercheurs1 de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), de VetAgro Sup et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), sur la bactérie Anasplasma phagocytophilum, dans le prolongement d’une thèse qui lui avait été spécifiquement consacrée. Ce micro-organisme, transmis par les tiques, infecte une large gamme de mammifères, dont l’homme. Afin de mieux en caractériser le cycle épidémiologique, les chercheurs ont exploré sa diversité génétique chez les tiques, qui en sont le vecteur de la transmission, et chez les chevreuils, souvent suspectés d’être des hôtes réservoirs des souches pathogènes pour le bétail et l’homme.

Mobilisant pour cela les techniques moléculaires les plus récentes, ils ont mis en évidence deux phénomènes. Tout d’abord, moins de 2 % des tiques étudiées hébergeaient ce pathogène, contre 79 % des chevreuils ; ensuite, et de manière moins attendue, à peine un quart (23 %) des souches infectant les tiques arboraient les mêmes génotypes bactériens que ceux décelés chez les chevreuils, la majorité des génotypes bactériens étant plutôt associés à des séquences génomiques de souches infectant l’homme ou le bétail.

Relation entre abondance du bétail et présence d’Anaplasma phagocytophilum dans les tiques

Pour expliquer la prévalence d’Anaplasma phagocytophilum chez le chevreuil, les chercheurs ont construit des modèles épidémiologiques prenant en compte l’exposition aux tiques, l’efficacité de la transmission, la prolifération cyclique du pathogène en cas d’infection simple ou d’infections concomitantes. Il en ressort que les tiques jouent un rôle majeur dans la prédominance de la bactérie chez le chevreuil. Cependant, qu’en est-il du schéma de transmission épidémiologique pour le bétail ?

Dans le paysage d’étude, une terre haut-garonnaise d’agriculture ponctuée de forêts et de prairies, le bétail est bien plus nombreux que les chevreuils : 20 animaux au km2 contre 6 pour les cervidés. Il pâture pendant la période d’activité maximale des tiques, entre mars et octobre. Et si la durée d’infection et le processus de transmission diffèrent sans doute entre le bétail et le chevreuil, il semble probable que les processus d’infection du bétail soient également dominés par les dynamiques d’exposition aux tiques et de surinfection. Étant donné que les génotypes bactériens d’Anaplasma phagocytophilum présents chez les tiques sont plus souvent apparentés à ceux du bétail, les chercheurs émettent l’hypothèse que l’abondance du bétail soit un bon indicateur de la présence de la bactérie pathogène dans les tiques.

Un sérieux client pour les chercheurs

Leurs résultats remettent donc en question le rôle des chevreuils comme hôtes réservoirs pour les souches d’Anaplasma phagocytophilum infectant le bétail en France. Par ailleurs, ils laissent penser que le bétail joue un rôle non négligeable dans le maintien et la propagation des génotypes bactériens observés chez les tiques. Reste encore à déterminer si les bovins sont susceptibles de maintenir à eux seuls les importantes populations de bactéries qui les infectent et à tenter de mieux comprendre l’impact de ces infections bactériennes sur leur santé.

La recherche sur Anaplasma phagocytophi lum est donc loin d’être épuisée. Des chercheurs de l’École nationale vétérinaire d’Alfort ont d’ailleurs trouvé récemment une relation entre certains génotypes de cette bactérie et des cas d’avortement chez les bovins.

1 Contact scientifique : Xavier Bailly, unité mixte de recherche épidémiologie des maladies animales et zoonotiques (Inra, VetAgro Sup) : 04 73 62 40 32 ; xavier.bailly@inra.fr.

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