Que faire en tant que vétérinaire face aux hypertypes ? - La Semaine Vétérinaire n° 1752 du 16/02/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1752 du 16/02/2018

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Auteur(s) : LORENZA RICHARD 

NOTRE PROFESSION DOIT SE MOBILISER

À l’heure où le bien-être animal est une priorité justifiée, la production de sujets avec des hypertypes morphologiques est préjudiciable à l’individu et à la race. Elle est une déviance sélective et une maltraitance différée, souvent ignorée des propriétaires. De nombreux pays européens se sont déjà mobilisés. La Federation of Companion Animal Veterinary Associations (Fecava) et la World Small Animal Veterinary Association (WSAVA) ont proposé des résolutions en septembre 2017 : informer les propriétaires, conseiller la stérilisation, partager les données entre praticiens et entre pays, faire du lobbying auprès des instances cynophiles afin qu’elles cessent de récompenser les conformations extrêmes, organiser des campagnes de dépistage, réviser les standards sur des critères morphologiques objectifs. La Norwegian Veterinary Association (DNV) et la British Veterinary Association (BVA) souhaitent également interdire dans les publicités les chiens à morphologie originale afin de ne pas susciter l’envie de les acquérir. En France, la mobilisation de notre profession est restée longtemps timide sur le sujet. Il faut dépasser le simple constat et agir de façon collective. Nous devons prendre impérativement ce leadership. Un début : une séance de l’Académie vétérinaire de France sur les hypertypes pourrait donner lieu à un avis académique.

Éric Guaguère

SE FORMER, INFORMER ET DISCUTER

Deux axes d’action sont possibles. Le premier est notre rôle d’information face à un chien présentant un hypertype ou des personnes qui souhaitent en acheter un. Toutefois, pour bien informer ses clients, le vétérinaire doit être formé : qu’est-ce qu’un hypertype ? Comment le reconnaître ? Nous manquons de données scientifiques à ce sujet. Le second axe se situe au niveau de la profession, qui doit décider comment former les praticiens et discuter avec les organisations cynophiles, les éleveurs, les assurances animalières, les clubs de race ou les juges, avec qui nos intérêts divergent. Nous pouvons intervenir cliniquement, mais pas interdire la reproduction : nous manquons de bras de levier pour empêcher que les hypertypes soient mis sur un piédestal ou pour créer des races exemptes de pathologies. Pour avancer, une commission interprofessionnelle pourrait être créée. Il est intéressant de noter que le bouledogue français, qui existe depuis des décennies en France, est devenu numéro un outre-Manche et le sera bientôt outre-Atlantique, et des pays découvrent le syndrome brachycéphale. Nous avons de l’avance et nos techniques pour soulager ces animaux ont progressé. Nous devons ainsi nous intéresser à ce sujet, qui prend actuellement une proportion mondiale.

Cyrill Poncet

UN DEVOIR DE SENSIBILISATION AU BIEN-ÊTRE

La profession vétérinaire a le devoir de sensibiliser les éleveurs, les responsables de races, les juges et le public sur les méfaits de la recherche et de la valorisation de l’hypertype, source au minimum d’inconfort et au pire de dérives pathologiques graves chez les sujets affectés. Pour cela, elle doit s’attacher à :
- favoriser la collecte et le partage des informations relatives à la santé et au bien-être de l’animal ;
- intéresser les éleveurs, les clubs de races, les juges qualifiés et le public aux notions de santé et de bien-être ;
- insister sur la non-utilisation d’animaux hypertypés, corrigés ou non, en élevage ;
- initier la constitution de banques de données relatives à la santé (en particulier dans le domaine de la reproduction), dont elle devra être une caution scientifique et morale ;
- mettre les amateurs des races concernées face à leurs responsabilités : assumer les contraintes du type, savoir que la limite type-hypertype est fragile et que son franchissement est possible au cours de la vie du chien ;
- enfin et surtout, modifier les motivations d’acquisition : les sujets hypertypés ne sont ni attendrissants ni “craquants”, ils risquent, en revanche, de souffrir toute leur vie !

Gilles Chaudieu
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