Une nouvelle grille d’évaluation de la douleur aiguë traduite en français - La Semaine Vétérinaire n° 1751 du 10/02/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1751 du 10/02/2018

ANALGÉSIE

PRATIQUE CANINE

L'ACTU

Auteur(s) : TANIT HALFON 

Cet outil associe critères comportementaux et physiologiques pour déterminer avec sensibilité la douleur du chat.

Notre confrère Éric Troncy, professeur enseignant-chercheur à la faculté de médecine vétérinaire (FMV) de l’université de Montréal (Québec), a participé à la validation de la version francophone d’une nouvelle grille d’évaluation de la douleur chez le chat : l’échelle Unesp-Botucatu (Universidade Estadual Paulista, Câmpus de Botucatu, État de São Paulo, Brésil), initialement développée par l’université de São Paulo. Ces travaux ont été réalisés sous la supervision de Paulo M. Steagall, enseignant-chercheur en anesthésiologie à la FMV, et de son équipe.

Comment se construit cette grille ?

Éric Troncy : L’évaluation de la douleur s’appuie sur l’étude des changements de comportement du chat, de la même manière que la grille 4AVet. Plusieurs critères sont pris en compte, tels que la posture, le confort, l’activité et, parfois, – et à la différence de celle produite par 4AVet –, certaines variables physiologiques, même si, à mon sens, ce dernier point n’a pas un intérêt évident dans la finalisation de l’outil. Chacun des items est noté sur une échelle allant de 0 à 3. Il lui est généralement reproché sa longueur, mais chaque catégorie peut être examinée séparément, voire omise.

Quelle douleur évalue-t-elle ?

É. T. : La grille est conçue pour évaluer la douleur aiguë postopératoire de tout type, bien que la plupart des interventions chirurgicales ayant contribué à sa validation s’approchent de l’ovario-hystérectomie.

Quels sont ses avantages ?

É. T. : En comparaison avec d’autres grilles, elle a été testée pour un plus grand nombre de points (ou validations). Par exemple, elle n’a pas été simplement traduite du portugais au français (ou à l’anglais), mais testée dans sa version française pour s’assurer de ses niveaux de réponse pour le praticien francophone. Bien que la grille n’ait pas passé tous les tests avec une note maximale, ces validations ont confirmé sa qualité. De plus, à l’exception de celle produite par 4AVet, les autres grilles ne tiennent pas compte du fait qu’il n’existe aucun signe pathognomonique de la douleur, mais que c’est un ensemble de signaux d’alerte qui permettent d’apprécier son niveau. Leur fonctionnement selon un mode binaire (critère absent versus présent) encourage les scores extrêmes (zéro point ou point maximal), au détriment de la sensibilité. Au contraire des échelles Unesp et 4AVet, où chaque critère, même absent, a du poids. Le score obtenu, forcément plus élevé, confère donc à cette grille une meilleure sensibilité pour évaluer les niveaux de douleur. De plus, les auteurs ont défini un seuil au-dessus duquel le recours à un analgésique est recommandé. Le point limite optimal pour l’analgésie de secours identifié est de 7, sur une échelle allant de 0 à 30 points (sensibilité de 97,8 % et spécificité de 99,1 %). À la différence de la grille 4AVet, qui précise aussi un seuil, ce point est confirmé par une étude.

L’échelle est-elle utile en pratique quotidienne ?

É. T. : Les grilles ont le mérite de s’inscrire dans une volonté d’amélioration globale de la prise en charge de la douleur. Dans notre cas, l’échelle pourrait être utile au clinicien pour valider l’efficacité de ses protocoles analgésiques, lors d’un changement de ces derniers, ou encore pour revoir en équipe les procédures mises en place pour apprécier la douleur au réveil. Une telle révision, associée à son usage au quotidien pendant une période définie, pourrait ainsi rassurer l’équipe soignante, tout comme les propriétaires d’animaux, améliorant la perception de la qualité du service rendu. De manière générale, les grilles sont des dispositifs efficaces d’apprentissage, ce qui en fait des outils profitables à l’enseignement, même si la douleur postopératoire s’avère finalement la moins difficile à évaluer. D’ailleurs, l’échelle Unesp s’adresse en premier lieu à des néophytes en matière d’évaluation de la douleur (étudiants, jeunes praticiens). Elle peut aussi être utilisée dans la recherche.

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