L’Anses teste l’élevage avicole de précision - La Semaine Vétérinaire n° 1751 du 10/02/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1751 du 10/02/2018

INNOVATION

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : TANIT HALFON 

En réponse aux attentes sociétales, notamment en matière de bien-être animal, le service d’élevage et d’expérimentation avicole et cunicole de l’Anses a entrepris de tester un nouveau bâtiment pour l’élevage des volailles de chair.

Au service d’élevage et d’expérimentation avicole et cunicole de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) de Ploufragan-Plouzané (Côtes-d’Armor), on dessine le futur de l’élevage avicole. Dans le cadre d’une restructuration du domaine, il est prévu de construire, en 2018, un nouveau bâtiment pour les volailles de chair. S’il sert d’abord à mettre en œuvre plusieurs programmes de recherche pour améliorer la santé des animaux, avec un début des expérimentations prévu pour 2019, il permettra, à terme, d’anticiper les investissements nécessaires pour améliorer les bâtiments des exploitations aviaires. « Face au parc vieillissant de la filière avicole, l’idée est de pouvoir proposer aux professionnels des solutions pertinentes avec de nouveaux bâtiments. Et tant qu’à faire, autant qu’elles soient testées », souligne Gilles Salvat, directeur de l’Anses de Ploufragan-Plouzané.

Un bâtiment innovant

Le nouveau bâtiment, d’environ 1 500 m2, sera composé de six salles juxtaposées de 180 m2. Alassane Keita, responsable du service élevage et expérimentation avicole et cunicole, explique : « Ces salles seront indépendantes quant à la distribution des aliments et de l’eau, ainsi que pour la ventilation, le chauffage et le suivi des animaux. Chacune d’entre elles sera divisée en huit parquets, qui seront séparés par moitié par un couloir central. Un hublot équipera aussi chaque façade, afin de laisser pénétrer la lumière du jour, en complément d’un dispositif de luminosité artificielle. » Un seul côté de chaque salle présentera une ouverture vers l’extérieur, permettant aux animaux d’avoir accès à un parcours couvert, comme une sorte de “jardin d’hiver”. « Si les trappes existent déjà pour les poulets label, cette disposition particulière d’accès à l’extérieur est innovante pour les poulets conventionnels », précise Alassane Keita. Le bâtiment sera également équipé de dispositifs innovants : planchers chauffants, outil de suivi automatique de plusieurs paramètres associé à un logiciel de traitement de données (consommation d’eau et d’aliments, poids, activité, comportement, conditions d’ambiance, dont teneur en CO2, hygrométrie, etc.), systèmes économes en énergie (échangeur/récupérateur de chaleur, lampes LED, etc.), ou encore nouveau mode de chauffage (aérothermes à eau chaude ne produisant pas d’eau ni de CO2).

Des objectifs de recherche

« À la différence d’un bâtiment unique d’élevage, disposer de six salles indépendantes nous permettra d’évaluer un ensemble de paramètres en lien avec le bien-être et la productivité dans le cadre de projets de recherche, explique Alassane Keita. Par exemple, nous allons tester un parquet chauffant, en complément du système de chauffage du bâtiment. L’idée de cet équipement serait d’aider le poussin à maintenir sa température corporelle 1 , et d’éviter les pododermatites, qui sont des portes d’entrée pour les germes. Et la question posée est celle de la valeur ajoutée qu’apporterait ce plancher chauffant en matière de santé. » En évaluant « tout ce qui se fait de meilleur en termes d’élevage de poulet et de volailles de chair », l’objectif est aussi de pouvoir développer un élevage de poulet standard ayantles mêmes types de performances économiques. « On ne cherche pas à refaire un poulet label », souligne Gilles Salvat. De plus, avec un tel bâtiment, l’Anses entend répondre aux attentes sociétales : « Nous améliorons le bien-être des animaux en filière avicole, mais aussi l’image qui va avec », indique le directeur de l’Anses de Ploufragan-Plouzané. Au-delà de l’aspect recherche, le but final est de pouvoir proposer aux éleveurs de nouveaux bâtiments d’élevage. Mais à quel coût ? « Il est difficile pour l’instant de répondre à cette question. D’abord parce qu’en pratique un éleveur ne fera construire qu’un bâtiment unique, sans compartimentation à l’intérieur, explique Alassane Keita. En plus, il n’utilisera pas forcément toutes les innovations testées. »

1 Un poussin a besoin d’une ambiance à 35 °C à 1 jour, et à environ 20 °C à 35 jours.

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