Quel bilan tirez-vous des arrêtés relatifs à la biosécurité en élevage aviaire ? - La Semaine Vétérinaire n° 1750 du 03/02/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1750 du 03/02/2018

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Auteur(s) : TANIT HALFON 

UN CHANGEMENT DE PARADIGME EST AMORCÉ

La biosécurité était déjà au cœur de nos préoccupations, notamment parce que nous comptons des sélectionneurs et multiplicateurs dans notre clientèle. Le sujet restait toutefois abstrait pour nombre d’éleveurs, relevant plus de la contrainte réglementaire que de mesures réellement efficaces. Les différents arrêtés sont venus renforcer et compléter le dispositif existant, en plaçant le curseur au même niveau pour tous les maillons de la filière. Je constate néanmoins que des failles subsistent, comme la possibilité laissée aux élevages de moins de 3 200 palmipèdes de déroger à l’obligation de confinement. Cette mesure, qui ne s’appuie sur aucune base scientifique, attise des tensions entre “gros” et “petits” éleveurs, alors que tous devraient se sentir concernés. Je regrette aussi que les autocontrôles n’aient été instaurés qu’en 2017, mais me réjouis de l’allongement tout récent de la période de dépistage. Pourtant demandée par la filière dès 2016, cette mesure aurait permis au moins de modifier drastiquement, sinon d’empêcher, le scénario de la crise H5N8. Aujourd’hui, tous les acteurs prennent conscience de leurs responsabilités, le changement de paradigme est amorcé. La pédagogie et le contrôle permettront ensuite de s’assurer que les bonnes intentions font place aux bonnes pratiques.

François Landais

LES PALMIPÈDES DOIVENT ÊTRE DÉPISTÉS AVANT DÉPLACEMENT

Resensibiliser les éleveurs à cette question est toujours source de progrès. En particulier dans un contexte de crise où les professionnels sont forcément plus à l’écoute. Dans le Grand-Ouest où j’exerce, le niveau de biosécurité des élevages est globalement satisfaisant. L’organisation des filières poulet et dinde facilite l’application des mesures de biosécurité : élevages confinés, bandes uniques avec un maximum de six à sept lots par an, soutien financier de l’Union européenne dans le cadre de la lutte contre les salmonelles, etc. Malgré tout, les arrêtés biosécurité ont permis de replacer le vétérinaire au cœur de la maîtrise sanitaire des élevages, alors que son rôle pouvait être réduit à celui de prescripteur. Nous avons ainsi organisé plus de 150 formations au cours de l’année 2017, suivies par plus de 2 000 éleveurs. Si les mesures réglementaires actuelles me paraissent suffisantes, elles ne sont pas toujours facilement applicables. La désinfection de tous les camions à l’entrée des exploitations me paraît illusoire. Je déplore cependant que le dépistage des lots de palmipèdes, souvent asymptomatiques, avant leur déplacement n’ait pas été instauré dès la première épizootie. Aujourd’hui, améliorer la biosécurité, c’est assurer la survie de la filière.

Julien Flori

TOUS LES ACTEURS DE LA FILIÈRE SE SENTENT CONCERNÉS

Dans mon secteur, beaucoup de bâtiments d’élevage sont de construction plutôt récente et intégraient déjà les aménagementsrelatifs à la biosécurité. Néanmoins, même dans les exploitations plus anciennes, les éleveurs étaient conscients de son importance, notamment pour éviter l’entrée de nouveaux pathogènes. Malheureusement, c’est vraiment l’épizootie de 2017, associée au deuxième arrêté qui en a découlé, qui aura permis à tous les acteurs de la filière de réaliser que les mesures de biosécurité n’étaient pas imputables aux seuls éleveurs. Je sais que les transporteurs ont entrepris de grands efforts pour améliorer le nettoyage du matériel. Après tout le travail de pédagogie réalisé par les vétérinaires et les organisations de production ces derniers mois, la campagne 2018 de visites sanitaires avicoles va nous permettre de voir si les mesures préconisées sont bel et bien appliquées. Au-delà des arrêtés, je déplore le manque de communication entre le vétérinaire terrain et les autorités sanitaires. Si j’ai collaboré efficacement avec les services vétérinaires de ma zone, d’autres praticiens sont restés trop souvent écartés de la gestion de crise, et même en amont, alors que notre expertise pourrait apporter matière à réflexion sur les mesures à mettre en œuvre.

Sandrine Castaing
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