Paroles, paroles, paroles… - La Semaine Vétérinaire n° 1750 du 03/02/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1750 du 03/02/2018

Edito

Auteur(s) : TANIT HALFON 

Les Français et la nourriture, c’est une grande histoire d’amour. L’air est connu : elle ne finit pas toujours bien. Le dernier rapport de l’EFSA1 a ainsi pointé du doigt une recrudescence des contaminations liées à Listeria, ainsi qu’une hausse des foyers épidémiques d’origine alimentaire dus à Salmonella. En 2016, 2 536 cas de listériose, dont 247 décès, ont été recensés, en particulier chez les personnes âgées. La bactérie Salmonella a, quant à elle, touché 94 530 personnes, avec une hausse de 3 % des cas de S. Enteritidis chez l’homme depuis 2014, le type le plus fréquemment rencontré dans l’Union européenne et principalement associé à la consommation d’œufs, de produits à base d’œufs et de viande de volaille. Pourtant, globalement, le risque microbiologique d’origine alimentaire fait peu la une, sauf en cas de crise sanitaire. Bien qu’au quotidien le consommateur ait accès à une multitude de sources d’information, elles s’avèrent plus ou moins complètes, justes et anxiogènes. Les grandes campagnes institutionnelles de communication s’intéressent plutôt à l’aliment comme un atout dans la prévention des maladies, à l’image du programme national nutrition santé. De plus, non sans raison, le risque chimique est sur toutes les lèvres. Un engouement qui n’est pas sans engendrer des dérives, avec, par exemple, certains industriels qui revendiquent une viande sans antibiotiques. « Pour le consommateur, l’élevage sans antibiotiques devient un mode de production, et cela lui donne l’impression que ces médicaments sont utilisés comme des produits phytosanitaires ! », dénonce Karine Boquet, vétérinaire et secrétaire interministérielle du Conseil national de l’alimentation (CNA). Un avis récent du CNA préconisait une communication institutionnelle basée sur une approche collaborative entre les différents acteurs de l’alimentation. On reste toutefois encore au stade de l’idée. Aujourd’hui, en matière de sécurité sanitaire des aliments, l’accent est surtout mis sur la responsabilité des acteurs économiques et la maîtrise des risques en amont. Les innovations technologiques, telles que les “scanners des aliments”, changeront peut-être la donne. Pour l’instant, ils permettent de nous renseigner sur la composition et la présence de pesticides. Demain, sur la présence de bactéries2. Le consommateur deviendra-t-il alors plus responsable et acteur de son alimentation ? L’effet inverse n’est pas à exclure… ●

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2 Le scanner Tellspec®, déjà commercialisé en France, pourra être utilisé d’ici la fin de l’année pour détecter la présence de différents pathogènes dans le poisson. Pour la viande, des tests sont en cours, avec des résultats prometteurs pour la détection d’Escherichia coli.

Lire pages 40 à 45 de ce numéro.

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