Le syndrome de privation - La Semaine Vétérinaire n° 1750 du 03/02/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1750 du 03/02/2018

SYNTHÈSE

PRATIQUE CANINE

Formation

Auteur(s) : THOMAS BRÉMENT 

Trouble du développement souvent associé au syndrome hypersensibilité-hyperactivité (HSHA), le syndrome de privation est à l’origine de réactions anxieuses et phobiques. Il fait suite à une disjonction entre un milieu de développement hypostimulant et le milieu de vie définitif du chien après son acquisition. Ce déficit de stimulation initial entraîne un défaut de développement des voies interneuronales, ce qui rend l’animal incapable de s’adapter et de gérer les situations nouvelles.

Signes cliniques

Le tableau clinique se caractérise par la prédominance des réactions de peur (dont le stimulus déclencheur est bien identifié ou non, pouvant se traduire par une inhibition, des crises de panique, des manifestations organo-végétatives ou agressives), de signes d’anxiété et un déficit des autocontrôles (tableau 1). Les motifs de consultation les plus fréquemment associés au syndrome de privation sont des peurs multiples dans 35 % des cas et des troubles agressifs dans 25 % des cas. Peur des humains, vocalises et destructions sont d’autres motifs, moins fréquents, néanmoins décrits par les propriétaires.

Stades

Trois stades indépendants sont décrits. Le premier (phobie ontogénique) est caractérisé par des réactions de peur apparaissant dès l’arrivée du chiot dans son nouveau milieu, qui peuvent évoluer vers un état anxieux intermittent. Le pronostic est bon s’il est pris en charge précocement. Le stade 2 (anxiété de privation) est caractérisé par un état anxieux permanent. La récupération est satisfaisante s’il est pris en charge avant la puberté, sinon elle est inférieure à 50 %. Le stade 3 (dépression de privation) se traduit par un état dépressif (inhibition généralisée, sommeil perturbé). Le pronostic est réservé à mauvais.

Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel s’établit avec des troubles sensoriels (surdité, cécité, troubles neurologiques) et d’autres altérations du comportement, notamment la phobie post-traumatique, des troubles anxieux (anxiété de séparation, de déritualisation) ou dépressifs (dépression de détachement précoce) du jeune.

Comorbidité

Le syndrome de privation peut faire le lit d’autres atteintes du comportement (schéma) et favoriser l’apparition de troubles des apprentissages, d'une anxiété permanente, d'une hyperagressivité secondaire avec instrumentalisation rapide des agressions par irritation ou par peur, de perturbations hiérarchiques à la suite du surinvestissement des propriétaires qui accordent de nombreuses prérogatives, d’une désocialisation par privation de contacts sociaux ou encore d’un hyperattachement secondaire.

Épidémiologie

Le syndrome de privation concerne 18 % des chiens présentés en consultation de comportement et près de 10 % des diagnostics établis1. Le stade 1 ou stade phobique n’est décrit que chez 10 % des chiens alors que le stade 2 est diagnostiqué chez 90 % des individus présentés en consultation. Le stade 3 n’a pas été décrit au sein de la population étudiée. Du fait de la pathogénie, aucun critère épidémiologique (race, âge, sexe) n’a pu être statistiquement déterminé. Cependant, les individus atteints sont en moyenne presque deux fois plus jeunes que la population totale étudiée et les bergers allemands arrivent en tête des races touchées. Sans pouvoir parler de véritable prédisposition, Patrick Pageat avait déjà remarqué cette prévalence des races gardiennes sélectionnées pour leur caractère méfiant, en particulier les bergers, ce qui est cohérent avec notre étude2. Les conditions de développement et d’acquisition se révèlent déterminantes dans la présence de cette affection. Ainsi, les animaux acquis en élevage ont statistiquement plus de risques de développer un syndrome de privation. 44 % des animaux atteints proviennent d’un élevage.

Traitement

Le traitement est long et repose sur l’association de psychotropes et de thérapies comportementales. Il dépend du stade de la maladie. Dans certains cas de stade 1, l’utilisation de psychotropes n’est pas nécessaire et la thérapie seule peut être tentée si le contexte le permet (propriétaires motivés et consciencieux, phobies simples peu handicapantes). Le traitement médical est prescrit pour plusieurs mois et il est fréquent d’associer ou de changer de molécules selon l’évolution de la clinique et les objectifs définis avec les propriétaires. Il permet la mise en place plus facile d’une thérapie comportementale. Cette dernière doit être adaptée à chaque cas malgré l’existence de recommandations adaptées à chaque stade (tableau 2).

Prévention

Sans décrier les conditions de développement dans tous les élevages, il convient d’accentuer le conseil auprès des clients désirant acquérir un animal. L’observation attentive des conditions de vie, d’hygiène et de stimulation sensorielle des chiots est essentielle et doit permettre de discriminer les élevages de confiance de ceux à éviter.

1 Brément T. Dominantes pathologiques en psychiatrie vétérinaire canine : étude bibliographique et rétrospective menée à Nantes entre 2009 et 2012 (229 cas). Thèse de doctorat vétérinaire, Oniris, 2014.

2 Pageat P. Pathologie du comportement du chien, 2e édition, collection “Médecine vétérinaire”, Les Éditions du Point Vétérinaire, 1998, 384 pages.

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