Des données inédites sur la composition du colostrum des vaches allaitantes - La Semaine Vétérinaire n° 1750 du 03/02/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1750 du 03/02/2018

CONFÉRENCE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE  

Au cours de la saison hivernale 2015-2016, Bertrand Guin (L 84) a mené une étude de terrain, dans le cadre d’un partenariat entre l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT) et le laboratoire Vétalis technologies, afin de collecter des données sur le colostrum des bovins allaitants en race charolaise. L’objectif était de déterminer la composition précise du colostrum des bovins allaitants, notamment en matière de valeur énergétique, et ainsi de définir les différences avec celui des vaches laitières. En décembre dernier, Renaud Maillard (A 83) a présenté les résultats de ces travaux, qui ont été synthétisés dans la thèse d’Antoine Blondel (ENVT, décembre 2016). Cette étude apporte des données inédites sur la valeur nutritionnelle (immunitaire et énergétique) du colostrum des bovins allaitants, qui jusqu’alors étaient paradoxalement peu connues. En effet, alors que le colostrum de vache joue un rôle nutritionnel fondamental pour le veau en étant le premier et le seul aliment du nouveau-né, les connaissances se limitaient, jusqu’à présent, au rôle indispensable qu’il joue dans le transfert de l’immunité. Cette carence a ainsi été résolue.

Un rôle immunitaire essentiel

Le colostrum ne permet un transfert immunitaire correct et efficace que si sa composition, la quantité apportée et le moment de distribution au veau sont optimaux. Lorsque de telles conditions sont réunies, de nombreuses études ont montré que les taux de survie et les performances de croissance des veaux en élevage bovin laitier et allaitant sont améliorés (par exemple : Donovan, 1998 ; Robison, 1988 ; Frutman, 2011). La buvée colostrale “correcte” est donc primordiale pendant la période critique (définie entre 2 et 6 semaines de vie) au cours de laquelle le veau n’a pas encore acquis son immunité propre. Ces points sont d’autant plus importants à respecter en élevage allaitant que, selon Renaud Maillard, « au vu des conditions de vêlage, les bovins allaitants ont un transfert de qualité moindre en comparaison avec celle des bovins laitiers ».

Des compositions bien différentes

Au cours de son étude de terrain, menée sur des vaches allaitantes de race charolaise, Bertrand Guin a prélevé des échantillons de colostrum lors de césariennes sur 23 vaches multipares (colostrum de première traite immédiatement après le part). Leurs analyses ont ensuite été réalisées à l’aide de plusieurs techniques (chromatographie, immunodiffusion radiale, etc.), afin de déterminer précisément la composition en acides gras, en protéines totales, en immunoglobulines (IgG), en matière sèche et en lactose, ainsi que la valeur énergétique.

Le colostrum des vaches charolaises s’est révélé, dans cette étude, être constitué en majorité de protéines, puis de matière grasse, et enfin de lactose. Par comparaison avec le colostrum de vaches de race prim’holstein, il est moins riche en énergie (113,8 kcal/100 g de colostrum chez les vaches allaitantes versus 129,94 kcal/100 g chez les vaches laitières), ce qui peut probablement être expliqué par sa plus faible teneur en lipides et en lactose. La composition protéique est, en revanche, plus importante chez les charolaises (17 g/100 g versus 14,92 g/100 g) et la quantité d’IgG est deux fois supérieure (98,85 mg/ml versus 40,9 mg/ml) chez ces dernières.

L’étude de la fraction lipidique montre enfin que le colostrum est, comme chez les vaches laitières, constitué en majorité d’acides gras longs (plus de 10 atomes de carbone) et saturés.

Perspectives sur le terrain pour la colostro-supplémentation

La meilleure connaissance de la composition nutritionnelle du colostrum des vaches allaitantes permet donc de préciser les enjeux de la prise colostrale selon le type d’élevage. Alors que la préoccupation essentielle en élevage laitier est le transfert immunitaire, en élevage allaitant, il existe un risque élevé de déficit énergétique. La nature de la colostro-supplémentation peut alors être mieux orientée selon le type d’élevage et il est possible de personnaliser le conseil vétérinaire. En décembre dernier, le laboratoire Vétalis a ainsi tenu compte de ces nouvelles données pour proposer aux vétérinaires un nouveau produit de colostro-supplémentation adaptée aux élevages allaitants : le Colostrum Plus® Allaitant Vétalis1. Cet aliment de complémentation est ainsi plus riche en énergie que les produits destinés aux veaux laitiers et intègre notamment des facteurs favorisant l’immunité et l’intégrité intestinale (levures hydrolysées issues de travaux de recherche de la société ICC Brazil).

1 La Semaine Vétérinaire n° 1748 du 26/1/2018, page 31.

Renaud Maillard Enseignant-chercheur, maître de conférences en pathologie des ruminants à l’ENVT. Article rédigé d’après une présentation faite lors d’une conférence technique, organisée par le laboratoire Vétalis technologies à Paris, le 20 décembre 2017.

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