Gestion d’un cas de dysenterie porcine à Brachyspira hyodysenteriae - La Semaine Vétérinaire n° 1749 du 27/01/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1749 du 27/01/2018

CONFÉRENCE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : TANIT HALFON 

Nathalie Deville a présenté, lors du congrès 2017 de l’Association française de médecine vétérinaire porcine (AFMVP), la gestion d’un cas de dysenterie porcine à Brachyspira hyodysenteriae apparue en 2015 sur une bande de porcs en fin d’engraissement dans un élevage naisseur-engraisseur de 130 truies en Mayenne (conduite en sept bandes, sevrage à 28 jours). L’exploitation touchée s’organise en deux blocs reliés par un couloir, le premier dédié aux reproducteurs et au post-sevrage, le second réservé à l’engraissement (schéma). Au mois de juin, des diarrhées hémorragiques sans hyperthermie sont observées lors d’une visite d’élevage, sur 30 % des porcs des cases en engraissement, l’éleveur signalant trois morts en 24 heures. Une analyse par polymerase chain reaction (PCR) confirme l’infection 48 heures plus tard. Les porcs les plus atteints reçoivent alors de la tiamuline (8 mg/kg/j, pendant 3 jours), en association avec un traitement métaphylactique des animaux des lots touchés (deux bandes).

Limiter la diffusion entre bandes

Le traitement, associé à la mise en place de mesures strictes d’hygiène, vise à diminuer la pression d’infection et à restreindre le périmètre de diffusion de la bactérie au sein du bâtiment. Pour éviter la contamination d’autres porcs, du matériel d’injection est spécifiquement dédié aux sujets atteints. L’éleveur s’équipe d’une cotte jetable et de pédisacs pour rentrer dans une case de porcs malades. Afin de minimiser le risque de diffusion inter-salles, un double pédiluve est placé à la sortie de chaque salle touchée : un pédiluve avec un désinfectant (TH5®) et un pédichaux (chaux vive). Un nettoyage des couloirs, du quai d’embarquement et des salles après chaque mouvement d’animaux est instauré, et la désinfection des locaux au TH5® est systématiquement précédée par l’application d’un détergent (Deterstorm®). Enfin, une vidange des fosses à chaque vide sanitaire, avec un chaulage de la salle (1 kg/5 m2 de caillebottis), est effectuée.

Limiter l’extension à l’autre bâtiment

Il convient de limiter la circulation du pathogène entre les deux bâtiments. Au préalable, des analyses PCR sont réalisées sur les porcelets en post-sevrage à raison de 30 prélèvements par salle. Elles reviennent toutes négatives. Une séparation stricte entre les deux blocs est alors entreprise, et passe par la condamnation du couloir reliant les bâtiments, sauf en cas de transfert des porcelets du post-sevrage à l’engraissement. Avec pour conséquence une modification du sens de circulation des personnes. En parallèle, d’autres mesures sont recommandées : une tenue complète spécifique dédiée à chaque bloc, un lavage des mains systématique dans le sas du bloc reproducteur, l’installation d’un pédiluve à l’entrée du bâtiment d’engraissement, un accès interdit des bâtiments au chien de l’élevage et un renforcement de la dératisation et de la désinsectisation.

En complément des mesures de biosécurité interne, des panneaux de signalisation sont installés pour rappeler le sens de la circulation et le fait que l’accès à l’élevage est limité aux personnes autorisées. Un travail de sensibilisation est également réalisé auprès des chauffeurs des camions d’enlèvement des porcs. Les diarrhées hémorragiques ont persisté jusqu’en février 2016, avec une baisse progressive dans la gravité des cas observés. Seule la zone d’engraissement a été touchée. Le taux de pertes sur cette période n’a augmenté que de 2 %.

Le transport d’animaux comme source probable de contamination

Une enquête a permis d’établir que l’hypothèse d’une primo-infection était la plus probable. En effet, l’éleveur travaille depuis plus de 30 ans et n’a aucun souvenir de signes cliniques similaires dans le passé : une relance d’une infection ancienne n’a pas été envisagée. Une investigation poussée a exclu plusieurs voies d’entrée possibles de la bactérie dans l’élevage. Les cochettes proviennent du même multiplicateur depuis 3 ans et la quarantaine est bien respectée. La gestion des nuisibles est correcte. Les personnes extérieures qui rentrent dans l’élevage respectent des mesures de biosécurité, en s’équipant d’une tenue adaptée dans le sas (combinaisons, surbottes, charlottes et gants).

Les camions sont toujours chargés avec des porcs d’exploitations connues et sans antécédents de dysenterie. Aucun historique sur un dépôt momentané de porcs issus d’un autre élevage sur le quai d’embarquement n’est rapporté. En revanche, dans le mois précédent le premier cas clinique, un transporteur est venu un matin chercher des animaux, le camion ayant transporté dans la nuit des porcs d’une origine inconnue de l’organisation de producteurs encadrant l’éleveur. L’hypothèse d’une absence ou de mauvaises pratiques de nettoyage-désinfection du véhicule ne pouvant être exclue, le transport d’animaux vivants (à retirer) est apparu comme la source la plus probable de contamination de la zone d’engraissement.

Nathalie Deville Vétérinaire en filière porcine à Étrelles (Ille-et-Vilaine). Article rédigé d’après une présentation faite lors du congrès annuel de l’AFMVP, les 30 novembre et 1 er décembre 2017.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr