Dans l’Oise, « on apprend aux futurs éleveurs à être les infirmiers de leurs troupeaux » - La Semaine Vétérinaire n° 1748 du 19/01/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1748 du 19/01/2018

FORMATION

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : FRÉDÉRIC THUAL 

Initiée il y a une dizaine d’années par la Fédération nationale des groupements de défense sanitaire, la formation d’éleveurs infirmiers fait son entrée dans le certificat spécialisé en production laitière dans l’Oise. L’exercice veut offrir à l’éleveur un socle de connaissances pour mieux s’orienter face à un bovin malade et faire intervenir son vétérinaire à bon escient.

Si l’on ne devient pas vétérinaire en un jour, on peut, en revanche, devenir un partenaire éclairé des praticiens. C’est là tout l’enjeu de la formation mise en œuvre par la Maison familiale rurale de Songeons, dans l’Oise. « La formation d’éleveurs infirmiers dispensée par les GDS 1 existe depuis dix ans pour les bovins. Progressivement, elle a été étendue aux ovins et aux porcs. La nouveauté, c’est son intégration dans le cursus de formation des jeunes éleveurs dans le cadre du certificat de spécialisation en production laitière, explique Alice Tarchaoui, conseillère sanitaire du GDS 60 et organisatrice de cette formation. On leur apprend à être les infirmiers de leurs troupeaux. »

L’animation est confiée à plusieurs vétérinaires de la région, et plus de 200 éleveurs ont déjà été formés. Soit 15 à 20 % des exploitations. « C’est une approche indispensable à la professionnalisation et à l’optimisation des élevages », se félicite un vétérinaire. À une époque où la désertification menace les élevages et, dans la foulée, les structures vétérinaires, la formation aux procédures et la transparence des actes deviennent primordiales.

Une éducation à la santé

Confiée à des vétérinaires pour crédibiliser le message aux oreilles des éleveurs, la formation est répartie entre cours théoriques et exercices pratiques, sur une journée et demie. Les groupes sont limités à une dizaine de personnes. L’objectif est d’abord d’apprendre les gestes de base pour examiner un animal malade, ce qui leur permettra d’appeler le vétérinaire, qui décidera ou non de se déplacer pour mettre en place un protocole de soins. De plus, « dans les élevages, il n’est pas rare que l’on ait des ordonnances à l’année, avec des médicaments à administrer selon les besoins. Encore faut-il apprendre à les utiliser pertinemment », ajoute Alice Tarchaoui. Au programme : observation générale du troupeau, gestes de base de l’examen d’un animal malade (prise de température, examen de la tête, des flancs, de l’appareil reproducteur, du nombril chez le veau, observation de la respiration), examen des bouses, gestes techniques (injections par voies IM, SC, IV2, prise de sang) et bon usage du médicament vétérinaire. Les éleveurs sont aussi initiés aux pathologies fréquentes comme les boiteries ou les problèmes de mammites, revoient la bonne gestion du vêlage, et apprennent à reconnaître certaines maladies contagieuses comme la fièvre aphteuse ou la tuberculose. « La démarche diagnostique et les gestes techniques leur plaisent beaucoup », remarque Daniel Delefortrie, vétérinaire dans la Somme, qui intervient régulièrement dans ces formations. Celles-ci sont aussi l’occasion de rappeler les règles de biosécurité.

Des professionnels gagnants

« Avec la diminution du nombre de vétérinaires dans l’Oise, ceux qui restent n’ont plus le temps de discuter longuement avec les éleveurs, alors il fallait trouver un plan B », explique la conseillère sanitaire du GDS de l’Oise, un département où se maintiennent principalement deux grandes structures tournées vers la rurale, regroupant une quinzaine de praticiens. Ici, les exploitations se trouvent à 80 km d’un vétérinaire quand, dans les Hauts-de-France, la distance moyenne est plutôt de 14 km. D’un côté, l’éloignement géographique induit des frais de déplacement conséquents facturés à l’éleveur. Certains d’entre eux voient leurs dépenses vétérinaires atteindre jusqu’à 1 000 € par mois. Du côté des praticiens, de moins en moins nombreux, le temps perdu pose problème. D’où une certaine adhésion à ce programme de formation qui inculque les gestes de base. « Je considère qu’un éleveur qui gagnera mieux sa vie sera plus à même de faire appel à son vétérinaire. On les forme juste à faire leur boulot », rappelle un membre du GTV3 de l’Oise. Une réponse aux quelques voix qui s’élèvent pour dénoncer une forme de manque à gagner pour la profession. « Plus les éleveurs s’en sortent, plus nous nous en sortirons », soutient-il. Des éleveurs qui, en connaissance de cause, deviennent des partenaires des protocoles mis en œuvre. « C’est une pratique décriée en Belgique, largement pratiquée ailleurs à l’étranger, comme en Grande-Bretagne ou au Maroc. En France, c’est, à mes yeux, une évolution inéluctable de la profession, à l’instar des techniciens vétérinaires dont on attend la reconnaissance officielle », estime Daniel Delefortrie.

1 Groupements de défense sanitaire.

2 Intramusculaire, sous-cutanée, intraveineuse.

3 Groupement technique vétérinaire.

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