Le sous-diagnostic dentaire en équine - La Semaine Vétérinaire n° 1747 du 13/01/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1747 du 13/01/2018

CONFÉRENCE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : SERGE TROUILLET  

Les problèmes dentaires ne sont pas ceux auxquels, le plus souvent, on pense en premier. Or, commencer par vérifier que la bouche est saine, que la dentition est harmonieuse, sera, d’une part, plus économique que d’entreprendre analyses et traitements divers ; la démarche, d’autre part, aura des chances d’être plus pertinente : n’oublions pas, c’est un truisme de le rappeler, que la bouche est le point de départ du système digestif…

Une surcroissance dentaire inévitable

La croissance, la position, l’usure des dents, sont sources de nombreux maux. Les incisives et les prémolaires étant d’abord des dents de lait, le cheval va changer 24 dents entre 2 ans et demi et 4 ans et demi : autant d’épisodes ponctuels d’inconfort, voire de blessures au niveau des muqueuses ou d’infections. Par ailleurs, les vastes racines des dents du cheval peuvent être à l’origine de sinusites en cas de complications diverses. Enfin, les défauts d’usure entravent la mastication. Les dents du cheval poussent de manière continue, entre 2 et 4 mm par an, mais il mange moins, moins longtemps, et une nourriture moins abrasive que ses ancêtres sauvages.

Il en résulte des surcroissances dentaires avec des surpressions dans la bouche du cheval. Pour les molaires, cela se traduit par des croissances au niveau mandibulaire à l’intérieur de la bouche, et du côté des joues pour les molaires supérieures. Ces surdents empêchent le mouvement latéral de mastication. Quant aux incisives qui poussent de manière excessive, elles peuvent contraindre, dans certaines configurations des tables dentaires, les mouvements antéro-postérieurs de la mandibule.

Les conséquences des défauts de mastication

Les conséquences de ces défauts de mastication sont multiples. Cela peut se traduire par une perte de poids, voire une cachexie sinon une mort prématurée ; il est difficile pour un vieux cheval qui maigrit de le faire grossir de nouveau. Pour une poulinière qui commence à vieillir, la perte d’assimilation entraîne des carences qui peuvent engendrer des problèmes de fertilité ou de qualité de colostrum pour le poulain qui deviendra malade.

Par ailleurs, un cheval qui ne mastique pas bien sa nourriture va l’avaler plus rapidement, laissant passer des fibres plus grossières que le système digestif n’assimilera pas totalement. Cela le prédispose aux coliques, avec comme corollaires une interruption de l’entraînement, éventuellement des fourbures, voire de la chirurgie sinon une mort prématurée. L’engloutissement d’une nourriture insuffisamment mastiquée peut également occasionner une obstruction œsophagienne, avec des risques de pneumonie et là encore de fourbures, voire de mort prématurée. Enfin, une salive insuffisante en raison d’un manque de mastication du cheval qui avale son alimentation trop rapidement le prédispose aux ulcères de l’estomac.

Un contrôle dentaire régulier

Une observation attentive permet souvent de détecter ces problèmes dentaires. Une douleur au contact de l’articulation temporo-mandibulaire, des crottins comprenant de longues fibres, des chiques dans la bouche ou encore un jetage très sale et malodorant au niveau des sinus en sont assez caractéristiques. Mais aussi lorsque le cheval ne s’appuie pas sur le mors, manifeste une attitude d’éviction, entraînant des difficultés de monte, des désordres au niveau cervical ou des douleurs au dos, des boiteries.

Un cheval sur quatre a des problèmes dentaires, avec des conséquences cliniques ou non. En Angleterre, 80 % des chevaux sont suivis en dentisterie contre 30 à 40 % seulement en France. On peut se prémunir davantage contre ces problèmes en faisant examiner régulièrement ses chevaux par le dentiste. Pour un cheval d’élevage, un contrôle dentaire est recommandé tous les 2 ou 3 ans, afin de s’assurer qu’aucun défaut ne s’installe ; pour les chevaux d’exploitation, un contrôle annuel est même souhaitable. Une bouche saine fait un cheval en bonne santé.

Antoine Barat (Liège 04) Praticien équin à Moulins (Allier). Article rédigé d’après une présentation faite lors du symposium de Vichy (Allier), le 2 décembre 2017.

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