Application du medical training en structure vétérinaire - La Semaine Vétérinaire n° 1747 du 13/01/2018
La Semaine Vétérinaire n° 1747 du 13/01/2018

SYNTHÈSE

PRATIQUE CANINE

Formation

Auteur(s) : JUSTINE GUILLAUMONT ET LORENZA RICHARD  

Les techniques de medical training, c’est-à-dire l’entraînement des animaux à coopérer volontairement à tout type de soins, peuvent être appliquées en clinique vétérinaire. Cette pratique s’inscrit dans une démarche de bientraitance, car elle permet l’examen et le soin d’animaux placés dans des états émotionnels positifs.

Faire coopérer l’animal aux soins

L’objectif est que l’animal accepte un soin, même douloureux ou gênant, car il y trouve quelque chose de plaisant pour lui, c’est-à-dire une récompense (friandises, jeu, caresses, etc.). Le medical training diminue également le risque d’accident en pratique vétérinaire. Il peut être appliqué avec les chiens les plus jeunes possible ou dès leur première visite, mais également en prenant le temps de familiariser les animaux déjà sensibilisés, apeurés ou en colère.

Afin d’instaurer une confiance mutuelle, il est possible, pour le vétérinaire ou l’auxiliaire, de donner la récompense (ou renforçateur) à chaque essai réussi au début de l’apprentissage (encadré ci-dessous). La récompense peut être associée à un signal qui l’annonce, comme le clicker : c’est la technique click and treat. Avant la première utilisation du clicker, il est nécessaire d’apprendre au chien ce qu’il signifie (phase de chargement). Pour cela, il convient de cliquer puis de remettre la récompense dans les deux secondes qui suivent, et cela une dizaine de fois. Il s’agit ici de conditionnement classique : le son du clicker initialement inconditionné devient conditionné et est associé à la récompense. Lorsque le comportement est installé, la latence entre le clicker et la récompense peut être plus longue et cette dernière peut être aléatoire. Il est possible de remplacer le clicker par des claquements de doigts, des félicitations vocales avec un mot marqueur (« C’est bien » ou « Oui », par exemple) ou tout autre signal désignant le comportement souhaité (des colliers vibrants existent pour les animaux sourds).

Afin d’aboutir à la réalisation d’un comportement particulier, la méthode du shaping est utilisée, c’est-à-dire le découpage de l’apprentissage en plusieurs séquences successives, en récompensant chacune d’elles et en devenant de plus en plus exigeant sur ce qui est demandé. L’animal peut ainsi, par exemple, apprendre progressivement à accepter d’abord de monter sur la table de consultation, puis d’être manipulé, puis de recevoir une injection, un soin des yeux, etc.

Un travail d’équipe

Le medical training s’applique également aux chats. Toutefois, il est difficile à mettre en place avec ces animaux, délicats pour l’alimentation et souvent plus stressés (la friandise ne les attire pas en raison du stress), ou qui n’ont pas l’habitude de sortir de chez eux. Il convient alors de laisser un temps de familiarisation au chat, en le laissant libre dans son contenant de transport ouvert sur la table d’examen. S’il présente des signes de mal-être, le vétérinaire réalise un examen clinique qui va à l’essentiel, en tenant compte des signaux de communication de l’animal et en adaptant ses manipulations afin de ne pas lui faire mal, ni peur. Des friandises et des caresses, une voix apaisante l’aideront à trouver ce premier contact positif. Le vétérinaire et son équipe peuvent également avoir recours au leurre. Il s’agit de faire diversion afin de capter l’attention de l’animal avec une ficelle ou un jouet : le chat se laisse alors examiner sans s’en rendre compte.

Enfin, il est également possible de distribuer des friandises à l’animal, de le caresser et de jouer avec lui en dehors des soins1, afin de réduire le stress lors des consultations vétérinaires. Pour cette raison, l’équipe peut proposer aux propriétaires de venir faire des visites de “courtoisie” dans la structure vétérinaire, sans que l’animal subisse de soins, afin qu’il associe l’environnement, les odeurs et les personnes à un état émotionnel positif. Cela permet également de trouver ce qui le motive, notamment la friandise qu’il préfère.

Le medical training peut enfin être appliqué par les propriétaires en prévention des visites pour habituer l’animal aux manipulations, ou d’un soin particulier. Par exemple, si ce dernier doit passer une échographie, son propriétaire lui apprendra à se coucher sur le dos, à rester dans cette position et à accepter de recevoir un gel sur l’abdomen. Les structures vétérinaires ont la possibilité de proposer une prestation individualisée de medical training en dehors du cadre d’une consultation. L’optimisation de la relation avec l’animal est en effet une voie d’avenir de la pratique vétérinaire et cette prestation peut être développée par les auxiliaires intéressées par le comportement.

Dans tous les cas, il est important de rester patient lorsque les animaux ne sont pas coopératifs. Parfois, ils ont subi une mauvaise expérience dans une autre clinique. Du temps leur est alors nécessaire pour associer l’environnement vétérinaire à une émotion positive.

1 Mariti C., Pierantoni L., Sighieri C., Gazzano A. Guardians “perceptions of dogs” welfare and behaviors related to visiting the veterinary clinic. J. Appl. Anim. Welf. Sci. 2017;20(1):24-33.

LES BASES DES APPRENTISSAGES DUMEDICAL TRAINING

L’EXEMPLE D’UNE JEUNE CHIENNE CRAINTIVE ENTRAÎNÉE POUR ACCEPTER LES EXAMENS MÉDICAUX

Dans une vidéo (voir lien ci-dessous) mettant en application lemedical training en structure canine, une jeune chienne est présentée pour une lésion ophtalmologique. Lors de l’examen chez un vétérinaire, elle n’a pas voulu se laisser faire. À la suite de cette expérience négative, sa propriétaire a fait appel à une éducatrice afin de lui permettre d’accepter les soins et examens vétérinaires, en associant à cet environnement des émotions positives (caresses, friandises, etc.). Les parties du corps de la chienne à examiner sont touchées progressivement et les instruments approchés progressivement. Elle est félicitée et récompensée à chaque fois qu’elle accepte l’approche sans montrer de signes de peur. Si tel est le cas, la procédure est recommencée plus lentement pour ne pas la mettre dans une situation d’échec. Puis les exercices sont alternés. Il a été ici fait appel à la technique du “do as I do”, c’est-à-dire qu’interviennent des congénères qui sont nés, ont grandi et vivent dans un environnement vétérinaire où ils se sentent à l’aise. Ils ont notamment l’habitude de grimper sur la table d’auscultation. Le but est que la jeune chienne, par synchronie comportementale, ait facilement les mêmes comportements, et que, par empathie, elle se sente bien à la clinique.

VIDÉO

La présentation filmée est visionnable sur Lepointveterinaire.fr : bit.ly/2FI9Ro8

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