Le headshaking du cheval - La Semaine Vétérinaire n° 1743 du 07/12/2017
La Semaine Vétérinaire n° 1743 du 07/12/2017

SYNTHÈSE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : MARION BOIDOT 

Le headshaking (ou encensement) est un syndrome, d’évolution chronique, caractérisé par des mouvements verticaux et horizontaux incontrôlés de la tête et de l’encolure, parfois associés à des éternuements ou à des ronflements. La gêne liée à ces troubles peut avoir des conséquences sportives importantes, et parfois conduire les propriétaires à demander l’euthanasie.

Une étude récente réalisée au Royaume-Uni1 a déterminé qu’environ 6 % de la population équine est touchée, sans prédisposition de sexe. Les signes cliniques se déclarent généralement sur des chevaux âgés de 6 à 10 ans, avec une apparition des premiers signes plus fréquente au printemps et en été.

Étiologies possibles

Il existe de nombreuses causes possibles à ce syndrome. Parmi celles-ci, il est important de pouvoir exclure des mouvements de défense face à des fautes d’équitation, ou à d’éventuelles douleurs faciales, oculaires, dentaires, cervicales ou dorsales.

Dans l’étude de cette affection, l’hypothèse de phénomènes allergiques ou de stéréotypies a également été envisagée sans pouvoir être confirmée par les études.

Actuellement, l’étiologie la plus documentée est celle de la neuropathie idiopathique du nerf trijumeau2. Celle-ci semble caractérisée par une inflammation du nerf trijumeau, la douleur liée à cette inflammation étant variable. Dans ce cas, sont observés des mouvements plutôt verticaux, de grande amplitude, associés à d’autres mouvements verticaux saccadés de très petite amplitude. Souvent, des signes cliniques d’irritation nasales (ronflements, éternuements) apparaissent aussi. Les mouvements, parfois présents au repos, sont généralement accentués à l’exercice, en particulier à l’extérieur.

Méthode diagnostique

L’observation attentive des mouvements, ainsi que le recueil des commémoratifs et des conditions d’apparition des signes cliniques sont indispensables pour tenter de déterminer l’origine du syndrome3-5.

L’examen clinique doit être complet, et permettre d’exclure toute pathologie dentaire ou ophtalmologique. Un examen clinique du rachis sera également réalisé pour écarter une éventuelle douleur cervicale ou dorsale.

Examen bucco-dentaire : recherche d’affections douloureuses.

Examen du rachis : idem.

Examen ophtalmologique : idem.

Recherche de processus inflammatoires ou allergiques : bilans sanguins, recherches d’immunoglobuline E (IgE).

Endoscopie : exclusion des pathologies des voies respiratoires supérieures et des poches gutturales.

Radiographie/scanner :


• recherche d’arthrose temporo-hyoïdienne,


• recherche d’affections dentaires (fractures, abcès, parodontites),


• recherche de tumeurs de l’éthmoïde ou de tumeurs cérébrales.

Anesthésie diagnostique de la portion caudale du nerf infra-orbitaire : cette méthode n’est intéressante que face à un headshaking important et constant dans une situation donnée, permettant donc d’évaluer clairement une diminution des signes cliniques. Il s’agit, par ailleurs, d’une technique compliquée à mettre en œuvre, car le site d’injection est difficile à déterminer avec précision. Une anesthésie positive (avec diminution ou disparition des symptômes) orientera le diagnostic vers une douleur faciale dont il faudra déterminer la cause.

Toutefois, une étude a évalué à 98 % la proportion de cas “idiopathiques”, pour lesquels aucune pathologie n’est diagnostiquée, malgré une forte suspicion de douleur faciale. Dans ce cas, l’hypothèse la plus probable est celle d’une névralgie du nerf trijumeau.

Prise en charge

La prise en charge2, 3, 6-8 vise à atténuer la sévérité des mouvements et la gêne associée. Étant donné la proportion de cas pour lesquels aucune étiologie n’est formellement identifiée, il est envisageable de tenter un diagnostic thérapeutique. Toutefois, la démarche nécessitera une forte implication relationnelle auprès des propriétaires qui peuvent être décontenancés par les échecs des prises en charge successives et par l’absence de diagnostic définitif.

Prise en charge de la douleur : l’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) est envisageable si une étiologie douloureuse est suspectée ou mise en évidence. Toutefois, elle ne permet généralement pas de soulager les douleurs d’origine neuropathique.

Prise en charge d’un phénomène allergique :


• immunothérapie : protocole de désensibilisation après dosage des IgE,


• protocole d’éviction des allergènes,


• corticothérapie : protocoles dégressifs en cas de crise aiguë.

Traitement de la neuropathie idiopathique du nerf trijumeau :


• environ 25 % des cas sont améliorés par l’utilisation d’un filet de nez (photo page précédente). En effet, certaines études semblent montrer que les chevaux atteints de headshaking ont un seuil de stimulation du nerf trijumeau plus bas que les individus sains. L’utilisation d’un filet de protection permet de limiter les stimuli (lumière, poussière) ;


• certains traitements médicamenteux ont été testés, avec efficacité sur certains cas, mais celle-ci s’est révélée très aléatoire. Par ailleurs, leur utilisation est déconseillée sur des chevaux susceptibles d’être montés en raison de leurs effets secondaires (léthargie, anorexie). Ils sont bien sûr interdits pour les chevaux de compétition dans le cadre de la lutte antidopage ;

- utilisation de la cryptoheptadine8 : il s’agit d’un antihistaminique antagoniste de la sérotonine, employé en médecine humaine pour moduler les sensations douloureuses d’origine neuropathique. La posologie est 0,3 mg/kg per os, toutes les 12 heures, pendant 2 semaines minimum. L’amélioration est attendue à partir de 10 jours de traitement ;

- utilisation de la carbamazépine : il s’agit d’un neurotrope utilisé en médecine humaine pour son action sur les douleurs d’origine neuropathique et dans les névralgies faciales. Dans une étude7, la carbamazépine a démontré son efficacité dans 88 % des cas. Toutefois, les résultats étaient imprévisibles aux doses prédéfinies, la posologie d’un éventuel traitement reste donc difficile à établir (1 à 4 mg/kg, deux à quatre fois par jour).

Il semble que l’association de ces deux molécules permette une potentialisation de leurs effets7.


• Neuromodulation par stimulation électrique9 : une étude récente a montré l’efficacité d’une stimulation électrique percutanée, sous guidage échographique. Les stimulations doivent être répétées à chaque réapparition des signes cliniques, la durée de rémission augmentant après chaque séance jusqu’à 20 semaines sans symptôme. Aucun effet indésirable n’a été mis en évidence.


• Chirurgie de la portion caudale du nerf infra-orbitaire2 : plusieurs études démontrent une amélioration à long terme d’environ 50 % des chevaux opérés, mais en raison des effets indésirables éventuels graves (allant de l’aggravation du headshaking jusqu’à une déviation définitive du nez), cette procédure est donc à réserver aux chevaux pour lesquels l’euthanasie est envisagée.

Conclusion

Face à cette affection, pour laquelle un diagnostic étiologique définitif est compliqué, la relation avec les propriétaires est fondamentale, afin de pouvoir envisager différents angles de prise en charge et le suivi du cheval au cours des éventuelles, et probables, récidives.

1 Ross S. E., Murray J. K., Roberts V. L. H. Prevalence of headshaking within the equine population in the UK. Equine Vet. J. 2017:1-6.

2 Roberts V. L., McKane S. A., Williams A. et coll. Caudal compression of the infraorbital nerve : a novel surgical technique for treatment of idiopathic headshaking and assessment of its efficacy in 24 horses. Equine Vet. J. 2009;41(2): 165-170.

3 Roberts V. L. How to : manage headshaking, Proceedings of BEVA congress. 2013:127-128.

4 Wilmink S., Warren‐Smith C. M. R., Roberts V. L. H. Computed tomography validation of the technique of diagnostic local analgesia of the caudal part of the infraorbital nerve and caudal nasal nerve used in the investigation of idiopathic headshaking in horses. In : Proceedings of the 52nd British Equine Veterinary Association Congress. Equine Vet. J. 2013:226.

5 Roberts V. L., Perkins J. D., Skärlina E. et coll. Caudal anaesthesia of the infraorbital nerve for diagnosis of idiopathic headshaking and caudal compression of the infraorbital nerve for its treatment in 58 horses. Equine Vet. J. 2013;45(1):107-110.

6 Mills D. S., Taylor K. Field study of the efficacy of three types of nose net for the treatment of headshaking in horses. Vet. Rec. 2003;152:41-44.

7 Newton S. A., Knottenbelt D. C., Eldridge P. R. Headshaking in horses : possible aetiopathogenesis suggested by the results of diagnostic tests and several treatment regimes used in 20 cases. Equine Vet. J. 2000;32(3):208-216.

8 Bell A. J. Headshaking in a 10-year-old thoroughbred mare. Can. Vet. J. 2004;45(2):153-155.

9 Roberts V. L., Patel N. K., Tremaine W. H. Neuromodulation using percutaneous electrical nerve stimulation for the management of trigeminal-mediated headshaking : a safe procedure resulting in medium-term remission in five of seven horses. Equine Vet. J. 2016;48(2): 201-204.

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