Cardiotoxicité de la doxorubicine : quelle surveillance ? - La Semaine Vétérinaire n° 1716 du 22/04/2017
La Semaine Vétérinaire n° 1716 du 22/04/2017

CONFÉRENCE

PRATIQUE CANINE

Formation

Auteur(s) : LAURENT MASSON 

La principale limite à l’utilisation de la doxorubicine (ou adriblastine) en oncologie canine est sa cardiotoxicité chronique. Cette toxicité est cumulative, irréversible et retardée (elle s’installe plusieurs mois voire années après la fin du traitement chez l’homme). Elle s’apparente à une cardiomyopathie dilatée, avec une dilatation et une hypocontractilité du ventricule gauche, associée à des troubles du rythme. Elle conduit à une insuffisance cardiaque réfractaire. La dose empirique à ne pas dépasser chez le chien est de 180 mg/m2, soit six séances de chimiothérapie à la dose standard de 30 mg/m2. L’incidence de la cardiotoxicité chez le chien est relativement faible (< 20 %). Néanmoins, il existe une forte variation dans la sensibilité individuelle, si bien que des anomalies cardiaques peuvent être constatées dès 60 mg/m2 de dose totale.

Suivi de la toxicité

Si la biopsie endomyocardique représente le gold standard pour la mise en évidence de la cardiomyopathie induite par la doxorubicine, des techniques non invasives lui sont préférées en pratique. L’électrocardiographie peut mettre en évidence des troubles du rythme, typiquement ventriculaires et parfois supraventriculaires. Attention, l’administration de doxorubicine peut également induire des dysrythmies traduisant une toxicité aiguë et réversible. L’électrocardiogramme (ECG) doit être réalisé avant la perfusion de doxorubicine. L’échocardiographie bidimensionnelle (BD) et temps-mouvement (TM) permet d’objectiver une dilatation ventriculaire gauche et une altération de la fonction systolique ventriculaire, notamment par la mesure de la fraction de raccourcissement. Malheureusement, lorsque des anomalies sont détectées à l’échocardiographie ou à l’ECG, les lésions myocardiques sont souvent irréversibles. D’autres techniques plus sensibles sont donc en cours d’étude, comme l’évaluation du flux de remplissage ventriculaire gauche (flux transmitral) en Doppler conventionnel ou le dosage de la troponine cardiaque I (cTnI).

Recommandations

Compte tenu du manque de données publiées, il est difficile d’établir des recommandations consensuelles pour le suivi de cette toxicité spécifique chez le chien. Les recommandations qui suivent sont inspirées de celles suivies chez l’homme :

1. L’administration de doxorubicine doit se faire par perfusion lente (sur une heure).

2. La dose totale cumulative administrée ne doit pas excéder 150 à 180 mg/m2, soit cinq à six séances à la dose standard.

3. Une évaluation cardiaque doit être réalisée préalablement à l’initiation du traitement. Cette évaluation comprend la réalisation d’un ECG, une échocardiographie BD et TM – incluant une mesure des dimensions internes du ventricule gauche en diastole et systole (VGd, VGs), une mesure de la fraction de raccourcissement (FR), de la distance E-septum (EPSS), du ratio atrium gauche/aorte (AG/Ao) – et, si possible, une échocardiographie Doppler avec évaluation de la fonction diastolique ventriculaire par mesure du ratio E/A transmitral. Une dysfonction ventriculaire gauche préexistante représente une contre-indication à l’initiation de doxorubicine (notamment une FR inférieure à 20 %). L’intérêt du dosage de la troponine cTnI est discutable.

4. L’évaluation cardiaque doit être répétée a minima au-delà d’une dose cumulée de 90 mg/m2, mais dès la première administration chez les races à risque de cardiomyopathie dilatée (doberman, boxer, races géantes, cocker). Le traitement ne doit pas être administré si des anomalies ECG ou échographiques significatives sont détectées (variation de 15 à 20 % par rapport à l’évaluation basale).

5. L’évaluation cardiaque devrait être répétée 3 mois, puis 6 mois après la dernière dose de doxorubicine, afin de surveiller un éventuel effet toxique retard.

Toute prise de décision relative à la poursuite ou à l’arrêt du traitement doit se faire à travers une analyse bénéfice-risque pour l’animal et la prise en charge de son cancer. Malgré un surcoût, la mitoxantrone peut alors représenter une alternative à la doxorubicine.

Julie Gallay-Lepoutre Diplomate Acvim, praticienne à la clinique Olliolis à Ollioules (Var). Article rédigé d’après une présentation faite lors des journées du Gemi de l’Afvac à Avignon (Vaucluse), en avril 2016.

Formations e-Learning

Nouveau : Découvrez le premier module
e-Learning du PointVétérinaire.fr sur le thème « L’Épanchement thoracique dans tous ses états »

En savoir plus

Boutique

L’ouvrage ECG du chien et du chat - Diagnostic des arythmies s’engage à fournir à l’étudiant débutant ou au spécialiste en cardiologie une approche pratique du diagnostic électrocardiographique, ainsi que des connaissances approfondies, afin de leur permettre un réel apprentissage dans ce domaine qui a intrigué les praticiens pendant plus d’un siècle. L’association des différentes expériences des auteurs donne de la consistance à l’abord de l’interprétation des tracés ECG effectués chez le chien et le chat.

En savoir plus sur cette nouveauté
Découvrir la boutique du Point Vétérinaire

Agenda des formations

Calendrier des formations pour les vétérinaires et auxiliaires vétérinaires

Retrouvez les différentes formations, évènements, congrès qui seront organisés dans les mois à venir. Vous pouvez cibler votre recherche par date, domaine d'activité, ou situation géographique.

En savoir plus


Inscrivez-vous gratuitement à nos Newsletters

Recevez tous les jours nos actualités, comme plus de 170 000 acteurs du monde vétérinaire.

Vidéo : Comment s'inscrire aux lettres d'informations du Point Vétérinaire

Retrouvez-nous sur
Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr