Les bonnes pratiques en vaccinologie - La Semaine Vétérinaire n° 1712 du 25/03/2017
La Semaine Vétérinaire n° 1712 du 25/03/2017

VACCINATION

Auteur(s) : THOMAS BRÉMENT 

À la suite de la publication de nouveaux travaux sur le sujet, Merial organise les rencontres Vaccinologie, un cycle de conférences interactives pour répondre aux questions des praticiens.

Des recommandations récentes en vaccinologie ont été publiées par quatre grands groupes d’experts : l’Advisory Board on Cat Diseases (ABCD), la World Small Animal Veterinary Association (WSAVA), l’American As sociation of Feline Practitioners (AAFP) et l’American Animal Hospital Association (AAHA)1. Elles concernent principalement le classement des valences, le renforcement des protocoles de primovaccination selon les valences et l’adaptation des intervalles de rappel chez l’adulte selon les valences et le mode et/ou le milieu de vie. Merial propose une série de conférences autour de ces mises à jour2, avec un accent mis sur l’interactivité des participants avec les conférenciers, puisqu’ils sont invités à poser leurs questions lors de leur inscription en ligne. Résumé de la rencontre Vaccinologie qui s’est tenue le 9 février à Nantes (Loire-Atlantique)3.

Quels sont les nouveaux protocoles de primovaccination recommandés ?

Les valences vaccinales sont classées en valences core et non core. Notons également qu’elles ont été en partie renommées pour des raisons d’harmonisation internationale. Ainsi, les valences CHP4 chez le chien sont devenues DAP5. Les valences core se définissent comme indispensables pour tout animal : DAP chez le chien, RCP6 chez le chat. Les non core sont celles dont la nécessité varie selon le mode et le milieu de vie, ainsi que lors d’événements ponctuels : leptospirose, toux de chenil, piroplasmose, maladie de Lyme, herpèsvirus, rage et leishmaniose chez le chien, chlamydiose, leucose, rage chez le chat.

L’ambivalence des anticorps maternels a été rappelée. Elle repose sur deux actions antagonistes : la protection maternelle et l’inhibition de la réponse vaccinale. L’intervalle entre le moment où le taux d’anticorps maternels descend en dessous du seuil de protection, mais reste au-dessus du seuil d’interférence vaccinale représente une période critique durant laquelle l’efficacité du vaccin ne peut être garantie. Il varie pour chaque vaccin. De plus, le taux d’anticorps maternels diffère d’un individu à l’autre selon la prise colostrale et d’autres facteurs intrinsèques à chaque individu. Chez le chiot, la période de persistance des anticorps maternels peut aller jusqu’à 15 semaines (notamment pour la parvovirose).

De ces observations découlent les nouvelles recommandations vaccinales. La primovaccination est renforcée selon un protocole 8-12-16 semaines, en fonction des individus, des valences et de la date de première injection. Cela concerne les valences DAP chez le chien et CP7 chez le chat. L’effet “booster” est véritable entre 6 mois et 1 an après la dernière injection de primovaccination et certaines publications considèrent cette injection comme la dernière de primovaccination.

Quid de la vaccination d’un animal malade ?

L’auditoire a interrogé les conférenciers sur la vaccination des animaux malades. Pour les chats FIV ou FeLV positifs8 : elle est recommandée pour les valences core, mais celle FeLV est inutile lors de séropositivité à la leucose. Pour les chats atteints de gingivostomatite chronique : elle est utile afin de protéger contre le calicivirus, mais ne permet pas de diminuer les signes cliniques. En ce qui concerne les animaux immunodéprimés, sous corticothérapie, ou anesthésiés, ces situations sont très peu documentées. Il n’y aurait pas d’effet sur l’efficacité vaccinale d’une injection ponctuelle d’un glucocorticoïde à dose anti-inflammatoire (< 1mg/kg). Il est cependant préférable d’éviter le recours à une valence vivante atténuée en cas de traitement immunosuppresseur. Ainsi, il est nécessaire de respecter un délai de 15 jours avant et après un traitement à la ciclosporine pour vacciner. Bien que l’impact se ferait surtout sur la réponse primaire et non secondaire, il est conseillé de modifier la date de la vaccination, que ce soit une primovaccination ou un rappel. Enfin, le risque lors d’anesthésie est l’inhibition des manifestations cliniques d’une hypersensibilité au vaccin.

Quel est l’intérêt des tests sérologiques ?

Ces tests sont intéressants en théorie pour adapter les intervalles de rappels chez l’adulte, mais cela dépend des valences. En effet, les tests évaluant les taux d’anticorps des valences DAP et RC sont suffisamment fiables, toutefois, du fait des nombreux vaccins commercialisés, il faudrait créer un test spécifique pour chaque vaccin. La situation devient donc complexe en pratique. En revanche, la protection apportée par le vaccin contre la leucose est cellulaire. Le dosage d’anticorps ne sert donc à rien pour cette maladie. Pour la leptospirose, la séroconversion est trop fugace pour justifier l’emploi de la sérologie dans le suivi vaccinal.

Les vaccins peuvent-ils positiver les tests par polymerase chain reaction (PCR) ou sérologiques ?

Les vaccins à souches vivantes peuvent faussement positiver les tests par PCR (DP chez le chien, herpèsvirus et panleucopénie chez le chat). Une solution pour faire la différence entre un vrai et un faux positif serait le recours à une PCR quantitative afin de distinguer les souches sauvages (riches en ADN) et vaccinales (plus pauvres). Les tests sérologiques sont difficiles à interpréter. Ils peuvent entrer en interaction avec les anticorps maternels, vaccinaux et ceux dirigés contre l’agent infectieux (surtout pour les valences DAP et typhus). Cela n’est pas vrai pour la leucose (protection cellulaire).

Quel est l’intervalle des rappels et la durée acceptable des retards à la vaccination ?

Le programme de rappel à la suite de la primovaccination chez le chien adulte varie selon les valences core et non core. Les valences DAP et panleucopénie entraînent, jusqu’à 3 ans, une protection stable, alors que les valences respiratoires (herpèsvirus, calicivirus) le sont peu. En pratique, pour les valences DAP et panleucopénie, les rappels peuvent être effectués avec un intervalle supérieur à 1 an, jusqu’à 3 ans. Pour les valences herpèsvirus et calicivirus, le mode de vie dicte la fréquence des rappels : tous les 3 ans pour une vie en intérieur strict, 1 an lors d’accès à l’extérieur ou de vie en refuge, et au moins 1 an selon les conditions d’élevage. Le délai à respecter entre les injections de primovaccination est compris entre 3 et 5 semaines. Concernant les rappels annuels chez l’adulte, les recommandations sont de ne pas excéder 1 mois. Notons que la date de la première injection de rappel à 1 an ne doit pas être dépassée pour conserver son effet “booster”.

Y a-t-il un effet rappel entre les différents vaccins commercialisés ?

L’utilisation d’un vaccin de marque différente par rapport à l’année précédente pour une injection de rappel est possible, car il existe un effet rappel sur les valences qui se croisent. En revanche, il n’y a aucun bénéfice des valences supplémentaires qui seraient présentes dans le vaccin utilisé pour le rappel et, si le client le souhaite, un protocole de primovaccination peut être refait.

1 Hosie M. J., Addie D. D., Boucraut-Baralon C. et coll. ABCD recommendations for indoor/outdoor cats, rescue shelter cats and breeding catteries. J. Feline Med. Surg. 2015;17(7):583-587.

Day M. J., Horzinek M. C., Schultz R. D. et coll. Guidelines for the vaccination of dogs and cats. Compiled by the vaccination guidelines group of the World Small Animal Veterinary Association (WSAVA). J. Small. Anim. Pract. 2007;48(9):528-541.

Scherk M. A., Ford R. B., Gaskell R. M. et coll. AAFP feline vaccination advisory panel report. J. Feline Med. Surg. 2013;15(9):785-808.

Welborn L. V., DeVries J. G., Ford R. et coll. AAHA canine vaccination guidelines. J. Am. Anim. Hosp. Assoc. 2011;47(5):1-42.

2 Voir aussi La Semaine Vétérinaire n° 1657 du 15/1/16, page 18, et n° 1661 du 12/2/16, pages 44 et 45.

3 Prochaines dates : le 13/4 à Bordeaux, le 4/5 à Montpellier, le 11/5 à Besançon, le 15/5 à Aix-en-Provence, le 14/9 à Compiègne et le 21/9 à Lyon.

4 Maladie de Carré, hépatite de Rubarth, parvovirose.

5 Distemper (maladie de Carré), adénovirus (hépatite de Rubarth) et parvovirus.

6 Rhinotrachéite infectieuse, calicivirose, panleucopénie.

7 Calicivirus, panleucopénie.

8 Porteurs du virus de l’immunodéficience féline ou de la leucose féline.

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