Rapport des abattoirs : des propositions dans le bon sens - La Semaine Vétérinaire n° 1689 du 28/09/2016
La Semaine Vétérinaire n° 1689 du 28/09/2016

POLITIQUE

ACTU

ÉVÉNEMENT

Auteur(s) : PROPOS RECUEILLIS PAR MARINE NEVEUX  

La commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie a rendu son rapport le 20 septembre dernier, avec 65 recommandations. Nos confrères Laurent Lasne (A 96), président du Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire (SNISPV), et Jean-Pierre Kieffer (T 75), président de l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA), reviennent sur ce rapport qui engage aussi la profession vétérinaire.

Les recommandations du rapport vous semblent-elles aller dans le bon sens ? Quels sont les trois points majeurs que vous en retenez ?

Laurent Lasne :De mon point de vue, la recommandation la plus innovante est celle qui consiste à ouvrir davantage les abattoirs à la société civile, après avoir fait de ces établissements des “boîtes noires” pendant plusieurs décennies. Un comité national d’éthique des abattoirs (proposition 1)1 permettrait de faire dialoguer les parties prenantes, y compris sur le sujet sensible des abattages rituels (proposition 23). Dans chaque abattoir, un comité local de suivi réunirait les acteurs locaux : éleveurs, bouchers, associations de protection animale ou de consommateurs, entre autres (proposition 61). Ces comités contribueraient à redonner au vétérinaire inspecteur un rôle de médiateur et d’expert technique, au lieu qu’il figure au centre d’un simple rapport de force quotidien avec l’exploitant de l’abattoir.

Le second point, qui vise à encourager la recherche et le déploiement des meilleures techniques disponibles, fait naturellement l’objet du plus grand nombre de recommandations (propositions 3 à 7, 11 à 20). Mais surtout, la protection animale étant dépendante des opérateurs,ce point concerne également la réduction de la pénibilité et l’amélioration de la formation des salariés d’abattoirs et des sacrificateurs (propositions 27 à 48).

Le dernier point correspond à une revendication constante de notre syndicat. Il consiste en effet à renforcer l’inspection sanitaire en augmentant significativement les effectifs, non seulement dans les abattoirs (proposition 50), mais aussi au sein de la Brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP) et du réseau des référents nationaux abattoirs (proposition 55). Parallèlement, il convient bien entendu de renforcer la formation des agents des services vétérinaires (proposition 51) et les possibilités de sanctions lorsque la situation l’impose (propositions 56 à 58).

Jean-Pierre Kieffer : Je tiens à saluer le travail de la commission d’enquête et à féliciter ses membres pour les propositions présentées à l’Assemblée nationale le 20 septembre. Celles-ci vont dans le bon sens. J’y retrouve les demandes que nous avions formulées lors de l’audition de l’OABA, dès le premier jour des travaux de cette commission.

Parmi les 65 propositions, trois points me semblent particulièrement importants :

1 - Le renforcement de la surveillance au poste d’abattage. Depuis des années, au cours de ses visites d’abattoirs, l’OABA déplore l’absence d’agents des services vétérinaires au poste d’abattage, une mesure pourtant essentielle en matière de protection animale. Si un vétérinaire inspecteur avait été présent à ce poste, les scènes inacceptables filmées par des caméras cachées et diffusées sur Internet n’auraient jamais existé, les opérateurs se sachant encadrés. Cela passe donc par un recrutement important d’agents des services vétérinaires et par des caméras de contrôle. Mais ce système de vidéo ne remplacera pas la présence physique d’un agent pouvant intervenir immédiatement lors du constat de mauvaises pratiques, voire d’infractions. Les enregistrements vidéo des opérations d’abattage, outre les contrôles a posteriori, peuvent contribuer à la formation des opérateurs et à la supervision par les référents nationaux abattoirs (RNA).

2 - Le renforcement de la formation des opérateurs. La formation actuelle, essentiellement théorique, est insuffisante et inadaptée. Elle doit être renforcée par une formation pratique pour acquérir les bons gestes et non ceux appris “sur le tas”. C’est essentiel pour la protection animale, mais aussi pour la valorisation du personnel et sa sécurité. Des discussions sont d’ailleurs en cours avec un abattoir et une fédération professionnelle afin de créer de telles séances pratiques. L’OABA peut apporter son expertise.

3 - Imposer l’étourdissement. La commission a choisi la solution des propositions pragmatiques pour faire évoluer les conditions de l’abattage rituel. Des techniques telles que l’étourdissement réversible ou le soulagement, pratiqué immédiatement après l’égorgement, peuvent permettre de réduire considérablement la douleur et la longue agonie des animaux. Elles sont conciliables avec les prescriptions religieuses, comme l’ont rappelé des responsables des cultes lors de leurs auditions. Mais, pour l’OABA, l’obligation d’une insensibilisation de l’animal avant sa saignée est une priorité. L’égorgement à vif est inacceptable. L’abattage doit être réalisé sur des bases scientifiques pour limiter la souffrance et ne pas être conduit par de simples préceptes religieux.

La profession vétérinaire est remise en avant dans les propositions 50 et 52. Ces préconisations vous paraissent-elles suffisantes ?

L. L. : La commission a pu constater que, face aux diminutions d’effectifs qu’ont connu les services vétérinaires, les missions relatives à la qualité sanitaire de la viande ont été maintenues dans la mesure du possible, au détriment de celles relatives à la protection animale. Il n’est bien entendu pas envisageable d’inverser les priorités. La seule solution est donc d’augmenter les effectifs des vétérinaires et des techniciens en abattoirs (proposition 50), mais aussi ceux des référents nationaux, qui assurent l’harmonisation technique entre abattoirs, et ceux de la BNEVP, qui luttent contre la délinquance d’ampleur nationale ou internationale (proposition 55).

Je suis en revanche surpris par la proposition 52, qui vise à rendre obligatoire la présence permanente d’un agent des services vétérinaires aux postes d’étourdissement et de saignée. D’une part, il s’agirait d’affectations bien peu enviables, d’autre part, cette mesure consommerait plusieurs centaines de postes budgétaires pour un résultat incertain. Elle semble à première vue contradictoire avec la mesure phare du rapport (propositions 62 à 65), qui consiste à pouvoir s’appuyer sur des outils de surveillance vidéo.

D’autres rapports ont déjà été rendus ces dernières années sur le sujet des abattoirs ou de la viande en France et en Europe, comme celui de la sénatrice Sylvie Goy-Chavent. Êtes-vous plus optimiste sur les mesures qui trouveront enfin une application sur le terrain ?

L. L. :Ce rapport fait suite à des campagnes médiatiques de grande ampleur menées par une association de protection animale, qui ne compte probablement pas en rester là. Le gouvernement et la filière seront donc obligés d’envisager des mesures. Le ministre a déjà pris une initiative exceptionnelle en matière de protection animale, en décidant de rendre public sur Internet l’ensemble des rapports d’inspections réalisées par les services dans les abattoirs français.

Concernant les effectifs des services vétérinaires, ce rapport confirme des études récentes (Cour des comptes, CGAAER2) et à paraître (Sciences Po), qui indiquent toutes que la France consacre des effectifs insuffisants à ses services vétérinaires publics, qui sont de l’ordre de deux à trois fois inférieurs à ceux des autres pays développés, y compris ceux réputés pour être libéraux. Après avoir perdu 1 000 postes entre 2005 et 2014, le ministre Stéphane Le Foll a obtenu l’ouverture de 60 postes en 2015 et en 2016. Nous espérons une accélération pour 2017 car, à ce rythme, il faudra attendre 2032 pour retrouver la capacité opérationnelle de l’année 2004. Avec l’accumulation de ces rapports, nous ne pouvons pas imaginer un instant que le prochain gouvernement, quel qu’il soit, ne maintienne pas la tendance à la hausse !

J.-P. K. : L’excellent rapport d’information conduit en 2013 par la sénatrice Sylvie Goy-Chavent est resté sans suite par volonté politique du gouvernement (on y trouvait déjà la proposition de renforcement des contrôles au poste d’abattage). Des propositions de loi sur l’abattage sont restées dans les tiroirs. Faut-il craindre la même issue ? Le travail de la commission d’enquête doit désormais se poursuivre au parlement avec la discussion de la proposition de loi n° 3983 destinée à éviter toute souffrance aux animaux lors de leur abattage, présentée à l’Assemblée nationale, le 20 juillet dernier, par deux députés vétérinaires, Jacques Lamblin et Geneviève Gaillard. Il n’est plus possible de faire l’économie d’un débat parlementaire sur l’abattage, pour l’adoption de nouvelles règles. Espérons que ce débat sur la protection des animaux ne sera pas pollué par des prises de position de candidats à l’élection présidentielle de 2017, comme ce fut le cas en 2012...

1 Les propositions auxquelles il est fait référence tout au long de l’entretien figurent entre parenthèses.

2 Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, bit.ly/2cxTX57.

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