Actualités sur Staphylococcus pseudintermedius résistant à la méticilline - La Semaine Vétérinaire n° 1634 du 12/06/2015
La Semaine Vétérinaire n° 1634 du 12/06/2015

ANTIBIORÉSISTANCE

Pratique canine

L’ACTU

Auteur(s) : Thomas Brement

La forte prévalence des MRSP chez le chien en France doit inciter le vétérinaire à raisonner sa prescription d’antibiotiques et à respecter des règles d’hygiène de haut niveau pour limiter l’émergence de nouvelles résistances et la dissémination des souches résistantes.

Staphylococcus pseudintermedius est l’espèce majoritaire de staphylocoques à coagulase positive commensale de la peau et des muqueuses des carnivores domestiques, en particulier du chien, chez qui elle représente au moins 80 % de la flore bactérienne staphylococcique, rappelle notre confrère Jean-Yves Madec, de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), à l’occasion du dernier congrès du Gedac1, en mars dernier. Le portage est généralement sain, mais S. pseudintermedius est retrouvé comme germe opportuniste lors d’infections courantes (pyodermites, otites, etc.). Identifiée chez Staphylococcus aureus dans les années 1960 chez l’homme, l’émergence de résistances à la méticilline chez S. pseudintermedius date de 2006, mais de nombreuses données sont désormais disponibles.

Une résistance acquise

Cette résistance est chromosomique, portée par le gène mecA, transmis par acquisition ponctuelle de gènes externes, indépendamment des échanges plasmidiques. La propagation se fait ensuite par division bactérienne selon un processus d’expansion clonale. En 2011, un variant du gène, mecC, a été découvert mais n’est pas associé pour le moment à une résistance majeure à la méticilline. Le portage du gène mecA confère une résistance des bactéries à toutes les ß-lactamines.

15 à 20 % de prévalence chez le chien

Deux clones principaux circulent dans le monde et la colonisation de Staphylococcus pseudintermedius résistant à la méticilline (MRSP) est plus importante chez le chien que chez le chat. Certains pays comme le Japon comptabilisent jusqu’à 30 % de portage chez certains chiens contre une prévalence de 15 à 20 % en France. En Europe, le clone dominant est le ST71. Il existe deux autres clones atypiques associés à une résistance moindre aux antibiotiques, dont l’évolution devra être suivie dans les années à venir.

De multiples facteurs de suspicion

La détection de MRSP repose sur l’identification de l’espèce, la mise en évidence d’une résistance à de multiples antibiotiques (notamment à la pénicilline et à la céfovécine) et l’épidémiologie. Si les MRSP sont plus résistantes à d’autres antibiotiques, il convient de noter que les Staphylococcus pseudintermedius sensibles à la méticilline (MSSP) peuvent également présenter des profils multirésistants. Marie-Christine Cadiergues, diplomate ECVD2 et maître de conférences à l’école vétérinaire de Toulouse, souligne que le praticien doit se montrer particulièrement vigilant dans les circonstances épidémiologiques suivantes : entourage humain avec colonisation ou infection par une souche résistante avérée, environnement urbain, membre de l’entourage travaillant ou ayant fait un séjour récent et/ou prolongé en milieu hospitalier ou médicalisé, traitements antibactériens répétés de courte durée, congénère porteur ou infecté, hospitalisation prolongée de l’animal. Les éléments cliniques qui font suspecter une infection à germe multirésistant sont les suivants : un animal avec des plaies cicatrisant difficilement, une infection à staphylocoque avérée (pyodermite, otite, infection urinaire, pneumonie, etc.) ne répondant pas à une antibiothérapie de première intention bien conduite, une infection bactérienne nosocomiale ou contractée par un patient à risque.

Une implication dans les infections nosocomiales

Une maladie nosocomiale se définit selon des critères précis en médecine humaine, mais la notion reste floue en médecine vétérinaire, explique Jean-Yves Madec. Les MRSP persistent souvent dans des structures d’élevage ou hospitalières, du fait notamment de leur capacité à former des biofilms. En France, un cas a été identifié dans une clinique vétérinaire du sud de la France touchée par une série d’infections postopératoires entre 2007 et 20093, liée à une souche de MRSP atypique. L’adaptation de l’antibiothérapie aux résultats de l’antibiogramme et le renforcement des mesures hygiéniques ont permis de résoudre la situation. Le traitement s’est révélé plus long que les délais habituellement observés mais depuis 2010, aucune récidive n’a été observée.

MRSP versus MRSA

Comme pour S. aureus, la transmission homme-animal est possible et touche principalement les personnes en contact avec les animaux, à savoir les vétérinaires, le personnel animalier et les propriétaires. Les méthodes pour identifier les MRSP chez l’homme ne font pas partie des analyses de routine dans les laboratoires et seules des techniques moléculaires sont fiables à ce jour. Notons que la présence de Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (MRSA) chez le chien provient souvent de l’homme, alors que celle de MRSP chez l’homme provient surtout du chien.

Un antibiogramme indispensable

La prise en charge repose sur l’usage intensif de topiques antiseptiques, associé dans certains cas à une antibiothérapie systémique s’appuyant sur les résultats de l’antibiogramme. La présence de bactéries de type cocci dans une otite chronique n’est pas normale, le relais par des bacilles ou des coccobacilles étant la règle générale, souligne Marie-Christine Cadiergues. Les antibiotiques généralement utilisés sont les quinolones, l’association triméthoprime-sulfamides, les tétracyclines. Les topiques utilisables sont la chlorhexidine (si possible à 4 %) et l’eau de Javel (diluer 5 ml dans 3,8 l). Le miel est un recours possible également, du fait de son activité sur les souches résistantes à la méticilline et de son action cicatrisante.

L’information essentielle des propriétaires

L’information des propriétaires sur les souches bactériennes en jeu et les conséquences sur la santé humaine et animale est essentielle. En effet, il existe une confusion fréquente entre S. pseudintermedius (chez le chien) et S. aureus (chez l’homme), et les enjeux sanitaires sont méconnus ou mal compris. Un document écrit4 peut permettre une prise d’information précise, progressive et transmissible entre les membres du foyer.

  • 1 Groupe d’étude en dermatologie des animaux de compagnie de l’Afvac.

  • 2 European College of Veterinary Dermatology.

  • 3 Haenni M. et coll. Hospital-associated meticillin-resistant Staphylococcus pseudintermedius in a French veterinary hospital. J. Global Antimicrob. Resist. 2013;1:225-227.

  • 4 Exemple (en anglais) : http://bit.ly/1IpYXPz.

LES MRSP CHEZ LE CHIEN EN FRANCE EN CHIFFRES

• Les deux tiers des maladies associées à Staphylococcus pseudintermedius résistant à la méticilline (MRSP) sont les otites (24 %), les affections de la peau et des muqueuses (22 %) et les maladies urinaires et rénales (20 %).

• 32 % des antibiogrammes concernent des souches de staphylocoques à coagulase positive, parmi lesquelles S. pseudintermedius est surreprésenté (rapport de 9/1 avec S. aureus).

• Les résistances multiples sont importantes pour les maladies de peau et les otites : 71 et 61 % pour la pénicilline G, 20 et 12 % pour la céfovécine, 46 et 42 % pour les tétracyclines, 27 et 20 % pour la doxycycline, 21 et 18 % pour l’enrofloxacine, 16 et 14 % pour la marbofloxacine, et 33 et 27 % pour la pradofloxacine.

Source : Resapath 2013, à partir de 6 000 antibiogrammes.

UNE CHIENNE DEVENUE EMBLÈME

La lutte contre Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (MRSA) est bien implantée en Grande-Bretagne, où une association (Bella Moss Foundation1) a été créée en 2007 pour apporter aux vétérinaires et aux propriétaires des informations sur les maladies nosocomiales dues à des staphylocoques multirésistants. Elle porte le nom de la première chienne morte de MRSA, infection qu’elle a contractée à la suite d’une chirurgie du ligament croisé.

1 www.thebellamossfoundation.com.

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